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MOÏSE DE KHORÈNE.
Après le martyre [du saint], Diran fut maudit
par le vieux prêtre Daniel ( i ) , ancien disciple et
vicaire de saint Grégoire ; mais il le fit étrangler.
Les disciples emportèrent son corps et Penseveli-
rent dans la solitude appelée le Jardin des Frênes
(
Hatziatz Trakhd) (a). Le corps de saint Iousig
fut transporté près de [celui de] son père au vil–
lage de T
)
i
or tan. I l avait passé six ans dans l'épis-
copat
(3).
CHAPITRE XV.
Comment Zora, avec l'armée arménienne, quitte
le parti de Julien, et est exterminé avec toute
sa race,
La nouvelle de la mort de saint Iousig et les
murmures de tous les satrapes parvinrent à Zora,
chef des Reschdouni, commandant l'année armé–
nienne du midi, à la place de Manadjihr, envoyé
par Tordre de Diran, avec ses troupes, à la suite
de Julien. En apprenant cette nouvelle, Zora dit
à
ses soldats : « Nous n'obéirons pas à un prince
qui jette le scandale parmi les adorateurs du
Christ et massacre ses saints, et nous ne marche–
rons pas avec ce roi impie. »
L'armée, impressionnée par l'effet de ces pa–
roles , revient sur ses pas. [Zora] se fortifie à De–
nt
oris
(4)
jusqu'à ce que les autres satrapes se
décident à prendre un parti. Cependant les
courriers de Julien arrivent avant lui auprès de
Diran, avec la lettre suivante :
Lettre de Julien à Diran
(5).
«
Julien autocrate, descendant dTnachus, fils
sentait à la porte de l'église, Iousig lui en défendit l'en–
trée. Diran iit traîner le saint hors du sanctuaire, le
fit
battre à coups de bâton et le laissa pour mort sur la
place. Les disciples du patriarche transportèrent le blessé
à Thortan où il expira quelques jours après. Le récit de
Moïse parait être cependant plus conforme à la vérité que
celui de Faustus, car il est d'accord avec les légendes
arméniennes.
(1)
Ce Daniel était un Syrien, qui était surintendant
principal du canton de Daron, dans la province d'Égé-
ghiatz (Faustus de Byzance, 1. :u, c. 15).
(2)
Cf. Faustus de Byzance, 1. m.
c.
14. —
Le jardin
des frênes était situé dans
la
province de Douroupéran
(
Indjidji,
Arm. anc,
p. 96).
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. m,
c.
12.
' (4)
Cf. Indjidji,
Arm. anc.,
p. 146.
(5)
Cf. la lettre de Julien à Arsacefilsde Diran, roi
d'Arménie (Muratori,
c,
p. 334. —Fabricius,
Sibl. grœc.,X.
VII, p. 82),
où
il appelle ce prince 'Apjie-
vfwv fiYoupAvo; (Cf. aussi Sozomène, 1. vi, c l ) , qui est
l
'
équivalent
du
titre
kordzagal
«
procurateur », que
nous lisons dans Moïse de Khorène.
d'Aramazd et destiné à l'immortalité, à Diran
notre procurateur ( i ) , salut! Les troupes que
tu nous as envoyées ont suivi leur chef qui a
déserté nos rangs. Nous pouvions les poursuivre
avec nos innombrables légions et les arrêter;
mais
ne
us avons souffert [leur désertion] pour
deux motifs : d'abord, pour que les Perses ne
disent pas de nous que c'est par la violence
et non de leur plein gré qu'il a réuni des trou–
pes ; ensuite, pour éprouver ta loyauté. Or,
si
Zora n'a pas agi ainsi d'après tes recommanda–
tions , tu l'extermineras avec sa race, pour ne pas
lui laisser un seul descendant ; si c'est le contraire,
je jure par le dieu Mars (Ares) (a) qui nous a
donné l'empire, par Minerve (Athéné ) qui nous
a donné la victoire, qu'à notre retour, nous irons,
avec des forces invincibles, exterminer et toi et
tor.
pays. »
Diran, effrayé de cette nouvelle, envoie mander
Zora par le premier eunuque de ses femmes,
appelé Haïr
(3),
avec un serment [de ne lui faire
aucun mal.] Les soldats de Zora, voyant tous les
satrapes garder le silence, se dispersent chacun
dans sa maison, avec cette impatience habituelle
chez notre nation. Zora, seul, abandonné, va,
malgré lui, trouver le roi qui s'empare de sa for–
teresse d'Aghthamar
(4)
et extermine toute sa
race. Un seul enfant fut sauvé, c'était le fils de
Mehentag frère de Zora
(5) ,
que les nourrices
enlevèrent. Le roi mit à la place de Zora, Sagha-
mont, seigneur d'Antzid
(6).
(1)
Cf. la note précédente où le mot
kordzagal
est
expliqué.
(2)
Le texte porte
Bas
qui est une altération due aux
copistes; il est évident qu'il est question ici du dieu
Mars envers lequel Julien avait une grande dévotion
qui s'affaiblit dans
la
suite par suite de présages fu–
nestes ( AmmienMarcelUn, 1. xxiv, c. 6). La veille du
jour où Julien fut mortellement blessé par un javelot
qui lui traversa le foie,
il
avait vu pendant un sacrifice
une étoilefilantequ'il crut être une menace du dieu
Mars qu'il avait offensé, en jurant par Jupiter de ne plus
offrir
d
'
holocaustes à son dieu favori (Ammien-MarcelHn,
1.
xxv, c.
2.)
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. m,
c.
18.
(4)
L'île
d
'
Aghthamar est située dans le lac
de Van
(
Indjidji,
Arm. anc.,
p. 172). Cette Ile est aujourd'hui le
siège
d
'
un évéque arménien, naguère encore indépen–
dant, qui habitele couvent construit dans 111e.
(5)
Dadjad,filsde Mehentag, fut sauvé
par
le général
Vasag, et rentra plus tard en possession des domaines
de sa famille ( Faustus de Byz., 1. ni, c. 18).
(6)
Andzid, Andzith ou Handzith, l'Anzithène des Grecs,
faisait partie de la Quatrième-Arménie (Indjidji,
Arm.
anc,
p. 43.—Saint-Martin,
Mém. sur t'Arm.,
1.1.
p. 93).
Fonds A.R.A.M