HISTOIRE
contre les Perses. Une bataille fut livrée où les
deux armées furent défaites, car, des deux côtés,
un grand nombre de guerriers succombèrent,
sans qu'aucun des deux camps voulût reculer.
A la fin, on fit une paix qui dura peu d'années (i).
Revenu de la Perse, Constance, après une longue
maladie, mourut à Mopsueste (a), ville de la Ci–
licie, ayant régné vingt-trois ans. Sous son règne,
apparut la croix lumineuse au temps du bien–
heureux Cyrille
(3).
CHAPITRE X I I I .
Comment Diran va au-devant de Julien et lui
donne des otages.
En ce temps-là, l'impie Julien régna sur les
Grecs. I l renia Dieu, adora les idoles et suscita
des persécutions et des troubles contre l'Église.
Il s'efforça de toute manière d'éteindre la foi
chrétienne; ce n'était pas par la
violence
qu'il
entraînait les peuples, mais il cherchait par toutes
sortes de ruses à leur faire adorer les démons
(
dev)
(4).
Quand la justice [divine] l'arma contre
les Perses, il traversa la Cilicie et arriva en Mé–
sopotamie. L'armée perse qui gardait le pays,
coupant les amarres du pont de bateaux établi
sur l'Euphrate, défendait le passage. Notre roi
Diran, s'étant avancé à la rencontre de Julien, fond
sur l'armée perse, la met en fuite, et, par un
(1)
Ammien Marcellin, 1. xxi, c. 6, 7, 13,16.
(2)
Ce fut à Mopsucrène dans les gorges du Taurus,
entre Tarse et les portes de Cilicie, que Constance II
mourut le 3 novembre 361 (Ammien Marcellin, 1. xxi,
ch. 13-15).
(3)
Julien ayant permis aux Juifs de rebâtir le temple
de Jérusalem, ceux-ci s'empressèrent de déployer un
grand zèle dans cette entreprise. Mais une tempête ef–
froyable détruisit les travaux commencés. Les Juifs ne
perdaientpas courage et reprenaient sans cesse les travaux,
lorsqu'enfin une tempête plus terrible encore, mêlée d'o–
rage et de tonnerres, les força à cesser tout à coup. Alors
apparurent des croix lumineuses dans le ciel et sur les
membres des spectateurs de ce phénomène, ce qui frappa,
d'étonnement les Juifs, les païens et l'empereur; Beaucoup
deJuifs se convertirent. SaintGrégoire deNaziance
(
Orat.
4),
Saint Jean Chrysostome
(
de S. Babyla;
et
contr.jud.
et gentil.),
Saint Àmbroise (
Ép.
40,
t. II, 952), et sur–
tout AmmienMarcellin (l.xxm, c. 1) rapportent ce fait qui
peut paraître merveilleux, mais qui est attesté aussi bien
par les chrétiens que par les païens. — Cf. Basnage,
Hist. des Juifs,
1.
vin, c. 5.
Gibbon,
Hist. de la dè-
cad.,
t. IV, p. 405-421. — Lebeau,
Hist. duBas
-
Emp.,
(
éd. Saint-Martin), t. m, p. 43 et suiv Warburton,
Disc, sur Julien,
etc., etc.
(4)
Cf. Libanius,
Or.
10. —
Saint Grég. Naz.,
Or.
3. —
Saint Jean Chrysost.,
de S. Babyla, etcontr. jud. et
cent.,
t. II, p. 575.
D'ARMÉNIE.
139
service signalé, il fait passer l'impie Julien avec
toute sa cavalerie, et revient comblé d'hon–
neurs (i).
Diran demande à l'empereur de nepas le suivre
en Perse, parce qu'il était incapable de monter à
cheval, et Julien consent, mais il demande des
troupes et des otages ( 2 ) . Diran pour épargner
son second fils Arsace, lui donne le troisième,
Tiridate, avec sa femme et ses enfants, ainsi que
Dirith fils d'Ardaschès, son fils aîné, qui était
mort. Dès que ces otages furent donnés à Julien,
il les envoya aussitôt à Byzance. Ensuite Julien
renvoie Diran dans notre pays et lui donne son
image peinte sur des tableaux avec celles de plu–
sieurs démons, lui enjoignant de les exposer dans
les églises, du côté de l'Orient, en disant que
tous les peuples tributaires des Romains en agis–
sent ainsi. Diran reçoit ces images et les emporte,
sans penser que, trompés de la sorte, ils adorent
l'image des démons.
CHAPITRE XIV .
Martyre de saint Iousig et de Daniel.
Arrivé dans le canton de Dzop, Diran veut
placer dans son église royale l'image [de l'empe–
reur], Saint Iousig, arrachant cette image des
mains du roi, la jette à terre, et, la foulant aux
pieds, la brise en criant à l'imposture. Diran
prend une résolution subite, car il redoutait Ju–
lien et il attendait la mort pour avoir profané
l'image impériale. Exaspéré encore davantage
à cause de la haine qu'il nourrissait contre Iousig
qui le réprimandait continuellement sur sa cou–
pable conduite, Diran le fait battre longtemps avec
un nerf de bœuf, jusqu'à ce au'il rendit le dernier
soupir sous les coups
(3).
(1)
Sozomène raconte (1. vi, c. 1) que Julien invita le
roi d'Arménie qu'il appelle
Arsace,
par une lettre, à se
joindre à lui pour marcher contre les Perses. —Cf. Fa-
i
bricius, t. VIII, p. 82. — AmmienMarcellin ne dit pres–
que rien de l'alliance du roi d'Arménie avec Julien ( liv.
XXIII, c. 3.)
(2)
Cf. Ammien Marcellin, 1. xxm, c. 2. — C'est par
erreur que Moïse de Khorène et les autres auteurs ar–
méniens rapportent les événements qui suivent au règne
de Diran père d'Arsace. La chose est impossible, puis–
que Diran avait cessé de régner en 337, c'est-a -dire
vingt-cinq ans avantl'époque dont il s'agit (Lebeau,
Hist.
du Bas-Emp.,
t. III, p. 42, note 1 ; éd. Saint-Martin).
(3)
Faustus de Byzance (1. m, c. 13) raconte d'une
manière un peu différente la mort de Iousig. Selon cet
écrivain, Diran et les satrapes ne supportaient qu'avec
peine les reproches qu'Iousig leur adressait à propos du
dérèglement de leur conduite. Un jour que le roi se pré-
Fonds A.R.A.M