HISTOIRE D'ARMÉNIE.
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monta sur le trône avec le secours de ce dernier.
Non-seulement Chosroès ne fit aucune action d'é–
clat comme son père, mais encore il ne chercha
point
à
reconquérir les contrées soustraites à son
autorité, et ne prit pas les armes après l'expédi–
tion de l'armée grecque. Laissant au contraire le
roi des Perses agir comme il le voulait, il signa la
paix avec lui, content de régner sur les États qui
lui restent et peu soucieux [de s'élever] à de nobles
conceptions. Chosrocs était de petite taille ( i ) ,
non pas aussi petit qu'Alexandre de Macédoine
qui n'avait que trois coudées,
et
qui avait néan–
moins un esprit très-actif. 11 n'avait en lui ni va–
leur, ni pensée généreuse, et il s'adonnait tout
entier à la chasse aux oiseaux et aux autres chas–
ses. C'est ce qui fait qu'il plante près du fleuve
Azad (libre) ( 2 ) une foret qui porte encore à pré–
sent son nom (3).
Chosroès transporte sa cour sur un point élevé
de la forêt et s'y bâtit un palais entouré d'om–
brage, appelé en langue perse Tovin, qui se tra–
duit par « colline » (4). Car, en ce temps-là, Ares
(
Mars) faisait route avec le soleil, et les vents souf–
flaient un air embrasé, corrompu et fétide; ne
pouvant supporter [ce fléau], les habitants d'Ar–
daschad consentirent volontiers à émigrer (5).
CHAPITRE I X .
Lespeuples du nordfont une irruption dans notre
pays, au temps de Chosroès. — Exploits de
Vahan Amadouni,
Du temps de Chosroès, les habitan ts du nord
du Caucase, s'étant ligués, connaissant sa fai–
blesse et son inertie, et surtout excités par les
Cl) Cf. plus haut, ch. 6.
(2)
Cette rivière formait un des affluents de l'Araxe
et arrosait la province d'Ararat. Les Grecs lui donnaient
le nom d''EXeûôepo; « libre », qui a la même signification
en arménien.
(3)
Faustus de Byzance (I. m, c. 8) donne en effet à
cette forêt le nom de
Khosrovakert,
«
plantée par Chos–
roès » ; il ajoute que cette forêt se trouvait partagée en
deux parties par une grande route et qu'elle était en–
tourée de palissades.
(4)
Tovin ou Tevin, appelé Aoygioç ( Procope,
Bell,
pers.,
II, 24) et Tifiiov ( Const. Porphyrog.,
de A dm.
imp.,
p. 153), ville située au nord d'Ardaschad, sur le
Medzamor, fut fondée en 350. (Indjidji,
Arm. anc.,
p. 463.
—
Saint-Martin,
Mém. sur VArm.,
t. I, p. 119,120), —
Cf. Faustus de Byzance, 1. m, c. 8, p. 216 du t. I de
notre Collection.
(5)
I l ne semble pas que la ville d'Ardaschad ait été
complètement abandonnée par ses habitants, comme
Moïse semble l'affirmer ; on doit croire qu'une partie
seulement se transporta à Tovin.
sourdes menées de Sanadroug (1) qui agissait se–
crètement pour Sapor, roi de Perse, accoururent
en foule pour envahir notre pays, au nombre
d'environ vingt mille. L'armée orientale et occi–
dentale des Arméniens, sous les ordres du général
Pakarad et de Vahan chef des Amadouni, s'op–
pose [à leur marche] ; car nos troupes du midi
étaient auprès du roi Chosroès dans le pays de
Dzop. Mihran avait été tué ( 2 ) ; les ennemis
avaient mis en pièces et dispersé notre armée du
nord, et, arrivés aux portes de Vagharschabad,
ils investissaient la place. Tout à coup, l'armée
orientale et occidentale, tombant sur eux, les re–
pousse sur le rocher d'Oschagan, sans leur laisser
lancer leurs flèches selon leur coutume. D'intré–
pides cavaliers les poursuivent et les repoussent
dans des lieux rocailleux et difficiles (3).
A la fin, les ennemis se préparent malgré eux
à la défense. Le chef des gens armés de lances,
géant
d'une taille immense, armé de toutes pièces,
couvert d'un feutre épais, fait preuve de sa vail–
lance au milieu de tous. Les braves Arméniens ,
qui ne perdent aucun de ses mouvements, fondi–
rent sur lui sans pouvoir le blesser, car les coups
de lance s'amortissaient sur sa cuirasse de feutre.
Alors le valeureux Vahan Amadouni, en regardant
l'église métropolitaine (4)? s'écrie : « Aide-moi,
ô Dieu ! toi qui as dirigé la pierre de la fronde
de David au front de l'orgueilleux Goliath ; di –
rig aussi ma lance sur l'œil de mon terrible en–
nemi. » Vahan ne pria pas en vain, car il renversa
de cheval le géant redoutable, ce qui amena la
fuite des ennemis et décida la victoire de l'armée
arménienne (5). Revenu au pays de Dzop, Pa-
(1)
Faustus de Byzance ( 1.
111,
c, 7) prétend que les
hordes du nord, dont il donne la nomenclature, étaient
commandées par Sanésan ( le même que Sanadroug) roi
des Massagètes. — Cf. plus haut, ch. 6.
(2)
Selon les annales de Géorgie rédigées par Vakh-
tang, le roi Mihran mourut de maladie, et laissa la
couronne à son fds Bakar (Brosset,
Hist. de la Géorgie,
t. I,p. 131, 132).
(3)
Faustus de Byzance (1. m, c. 7 ) dit que, dans ce
combat, celui qui commandait les Arméniens était Vat-
ché fils d'Ardavazt, de la maison des Mamigonicns. Ce
général mit en déroute les ennemis dans un lieu appelé
Tzlou-kloukh
(
tête de taureau), et le roi le récom–
pensa de ce service en lui donnant en propriété le champ
de bataille où il avait vaincu les ennemis (1. m, c. 8).
(4) 11
est fait allusion ici à la métropole patriarcale
d'Edchmiadzin, à Vagharschabad. Le texte arménien em–
ploie l'adjectif grec
Gathoughigué
«
catholique »,ccqui
est le synonyme de « métropolitaine ».
(5)
Faustus de Byzance (1. m, c. 7) parle également
de celte seconde affaire qui eut un heureux résultat pour
les armes arméniennes. Le roi Sanésan (Sanadroug de
Moïse de Khorène) hit tué. Faustus donne les noms des
Fonds A.R.A.M