HISTOIRE D'ARMÉNIE.
435
pieds de leurs chevaux (i) dans la plaine de Va-
dnian
( 2 ) ,
près de la mer Caspienne. Les diacres,
ayant enlevé son corps, le portèrent dans la pe–
tite Siounie, et l'ensevelirent dans le bourg d'A-
maras
(3).
Sanadroug, ayant pris la couronne,
•
occupa la ville de Phaïdagaran, et, soutenu par
les peuplades étrangères, il prétendait commander
à
toute l'Arménie.
CHAPITRE IV.
Lepteschkh Pagour se sépare de la confédération
des Arméniens. — Les satrapes s'entendent
pour donner le royaume à Chosroes.
Ainsi que nous le trouvons consigné dans les
histoires divines, le peuple hébreu, après les
J u –
ges, au temps de l'anarchie et de la confusion,
était sans roi et chacun agissait selon sa conve–
nance. 11 en fut de même dans notre pays :
à
la
mort
du
bienheureux Tiridate, le grand pteschkh
Pagour, qui est appelé pteschkh d'Aghtznik
(4),
•
voyant Sanadroug régner
à
Phaïdagaran, conçut
le projet d'imiter son exemple. Comme i l ne
pouvait pas prendre le titre
de
roi, parce qu'il
n'était pas arsacide, i l ne voulut pas
du
moins
être un vassal. Séparé de la confédération des
Arméniens, i l
fit
alliance avec Hormisdas (Or-
mizt) roi des Perses. Alors les satrapes armé–
niens, réfléchissant, s'assemblèrent auprès du
grand Verthanès, et envoyèrent deux princes
des plus honorables, Mar, prince de Dzop
(5),
et
Kak, prince de Haschdiank
(6),
à
la ville capitale,
près de l'empereur Constance, fils de Constantin,
avec des présents et une lettre ainsi conçue :
CHAPITRE V.
Copie de la lettre des Arméniens.
«
Verthanès, chef des évéques, les évêques
qui sont avec lui et tous les satrapes de la Grande
(1)
Ce récit diffère de celui de Faustus, qui dit que
Grîgoris fut attaché à
la
queue d'un cheval fougueux
que
l
'
on lança
sur
le littoral de la mer (III, 6).
(2)
Cl. Indjidji,
Arm. anc.,
p. 318.
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. III, ch. 6,
p.
214
du
l '
r
vol. de notre Collection. —Moïse de Gaghangaïdoutz,
Hist. des Aghouank, i.
I , ch. 14, 21. — Ce fut dans
ce
lieu que le corps de Grigoris fut découvert en 489,
à l
'
époque du règne de Vatchiagan, roi des Aghouank.
(4)
Cf. Faustus de Byzance, 1. III, c. 9, p. 217 et suiv.
du 1
er
vol. de notre Collection.
(5)
Ce prince est également cité par Faustus
(
pp. cit.,
loc. cit.).
(0)
Faustus donne à ce personnage le nom de Tad.
Arménie,
à
Constance notre seigneur, empereur
(
césar) souverain, salut !
«
Souviens-toi du pacte d'alliance de ton père
Constantin avec notre roi Tiridate, et n'aban–
donne pas ton pays au pouvoir des Perses ; aide-
nous par tes armes
à
placer sur le trône Chosroes
fils de Tiridate. Dieu t'a établi maître souverain,
non-seulement de l'Europe, mais encore de
toutes les contrées méditerranéennes, et la terreur
[
qu'inspire] ta puissance s'est répandue jus–
qu'aux extrémités de la terre. Nous demandons
à
Dieu que tu étendes de plus en plus ta domina–
tion. Sois en santé ! »
Constance, accueillant [leur requête], envoie
Antiochus, son préfet du palais, avec une nom–
breuse armée, et [porteur de] la pourpre et d'une
couronne, avec une lettre ainsi conçue :
Lettre de Constance.
«
Constance Auguste, empereur souverain, au
grand Verthanès et
à
tous ses compatriotes, salut!
«
Je vous ai envoyé des troupes pour vous
seconder, et l'ordre d'établir pour votre roi Chos–
roes, fils de votre roi Tiridate, afin que vous or–
ganisiez une sage administration et que vous nous
serviezfidèlement.Soyez en santé. »
CHAPITRE VI .
Arrivée d'Antiochus
( 1 ) .
—
Ses actes.
Antiochus, étant arrivé, mit Chosroes
( 2 )
sur le
trône et rétablit dans le commandement des ar–
mées les quatre généraux que Tiridate, de son
vivant, avait nommés
à
la place d'Ardavazt Man-
tagouni, son gouverneur, qui était seul généralis–
sime de toute l'Arménie. Le premier, Pakarad,
commandant de la cavalerie, était chef de l'armée
de l'ouest; le second, Mihran, gouverneur des
Ibères et pteschkh des Koukaratzi
(3),
comman–
dait l'armée du nord ; le troisième, Vahan, chef
des Amadouni, commandait l'armée de l'est; le
quatrième, Manadjihr, chefdes Reschdouni, com–
mandait l'armée du midi. Antiochus leur par–
tagea ainsi le commandement des troupes : il en–
voya Manadjihr, avec l'armée du midi et [les
(1)
Un Antiochus est cité dans
le
Code Thêodosien
(
lib. III, de inf. his qux sub tyr.),
comme étant, en
326,
préfet des
Veilles
à
Rome
,
pra2/feetus
VigUium. —
Cf. Lebeau,
Hist. du Bas-Emp.,
éd. Saint-Martin, 1.1,
p.
407,
note 3.
(2)
Chosroes II le Petit régna de 316 à 325.
(3)
Voy.
plus haut,
liv. II,
ch.
86.
Fonds A.R.A.M