134
» .
MOÏSE DE
nos écrits. Mais, autant que nos forces et les do–
cuments le permettent, nous avons raconté exac–
tement tous les faits depuis Alexandre le Grand
jusqu'à la mort de saint Tiridate, c'est-à-dire les
faits [accomplis ] dans les temps anciens et recu–
lés. I l ne faut donc pas nous reprendre et nous
blâmer. Quant à ce qui s'est passé de notre temps
ou même un peu avant, je te dirai avec certitude,
dans un troisième livre, ce qui est arrivé depuis
saint Tiridate jusqu'au
moment où
la race des
Arsacides fut précipitée du trône, et la postérité
de saint Grégoire [expulsée] du sacerdoce. Nous
employons un langage simple dans cette histoire,
afin que personne ne se laisse surprendre par un
style pompeux, mais que chacun, appréciant la
vérité de nos paroles, lise souvent et avec plaisir
l'histoire de notre patrie.
CHAPITRE I I .
Evénements arrivés, après la mort de Tiridate^ au
grand Vsrtàanés et à trois satrapies.
A l'époque de la mort de Tiridate, Verthanès
le Grand se trouvait à l'église de Saint-Jean bâtie
par son père dans [le canton] de Daron. Les
montagnards, excités par les satrapes (z), lui ten- .
dirent des embûches et voulaient le faire périr.
Alors ils se trouvent [tout à coup] enchaînés par 1
des mains invisibles, comme autrefois du temps
d'Elisée, ou plutôt comme à l'époque du Christ
notre Dieu les Juifs furent terrifiés. Verthanès s'en
alla sain et sauf dans le canton d'Égéghiatz, su
bourg de Thil où se trouvait la sépulture de son
frère Rhesdaguès. I l pleura sur le pays des Ar –
méniens livré à l'anarchie, car les satrapies, armées
les unes contre les autres, s'entre-détruisaient
[
mutuellement]. Ainsi les trois maisons des Pez-
nouni, des Manavazian et des Ouortoni, anéanties
l'une par l'autre, disparurent totalement (2).
(1)
Il est question dans ce passage desfilsdes prêtres
païens, rassemblés en ce lieu, au nombre d'environ
deuxmille, et qui voulurent attenter aux jours de Ver–
thanès, à l'instigation de la reine, femme de Chosroès II,
ainsi que le rapporte Faustus de Byzance dans son His–
toire (1. III, ch. 3). — Cf. notre Collection, t. I, page
211-212.
(2)
La destruction totale des deux maisons des Ma–
navazian et des Ouortoni fut amenée à la suite de leurs
querelles particulières et des guerres incessantes que
les membres de ces deux familles sefirententre eux.
Le roi Chosroès et Verthanès se décidèrent à mettre
fin à ces massacres, en donnant l'ordre à Vatché fils
d'Ardavazt, chef de la maison des Mamigoniens, d'ex–
terminer entièrement les deux familles. Cet ordre fut
ponctuellement exécuté, et les biens de ces deux sa–
trapies furent donnés à l'Église ( Faustus de Byzance
KHORÈNE.
CHAPITRE I I I .
Saint Grigoris mis à mort par les barbare
Le bienheureux Tiridate déployait un grand
zèle et une grande constance en
faveur
de la
foi
et de la morale, surtout à l'égard de ceux qui
habitaient les contrées les plus éloignées [du
centre] de son empire. C'est pourquoi les inten–
dants des contrées du nord-est, les chefs de la
ville lointaine de Phaïdagaran (1), étant venus
trouver le roi, lui disent : « Si tu veux pousser
ces contrées dans le chemin de la foi, envoie-
leur un évéque de la race de saint Grégoire.
C'est ce qu'ils désirent ardemment ; etnous
sommes
persuadés qu'ils le respecteront à l'égal du nom
illustre de Grégoire et qu'ils se conformeront
ponctuellement à ses ordres. » Le bienheureux
Tiridate, accueillant leur demande, leur donne
pour évéque le jeune Grigoris, fils aîné de Ver–
thanès. Cependant, à cause de sa jeunesse, Tiri–
date hésitait ; mais,
connaissant
la grandeur de
son esprit et réfléchissant que Salomon régna dès
l'âge de douze ans sur Israël (2) , il envoie en
toute confiance Grigoris avec Sanadroug (3), issu
de la race arsacide qui est aussi la sienne.
Aussitôt arrivé, Grigoris montra le bon exemple
et fit preuve dans sa conduite de la vertu de ses
pères. Supérieur à eux par son innocence, il était
égal au roi par son austérité. Ayant appris la
mort de Tiridate, des embûches furent tendues
au saint par Sanadroug et par d'autres hommes
faux et perfides du pays d'Aghouank ; les barbares
assassinèrent [Grigoris] en le faisant fouler aux
1.
III, ch. 4. —Notre Collection, t. I, p. 212). — Plus
tard lesPeznouni fuient également exterminés parl'ordre
de Chosroès, parce que Tadapé, chef de la satrapie, qui
avait reçu la misson du roi de se porter à la rencontre
des Perses qui venaient envahir le pays, trahit son
maître et vint à la tête des armées ennemies attaquer
le roi d'Arménie. Les troupes de Chosroès furent bat–
tues. Tadapé fut fait prisonnier et lapidé. Sa famille rat
exterminée sans exception, et les biens du traître furent
confisqués au profit dufisc.— Cf. Faustus de Byzance,
1.
III, ch. 8.
Notre Coïlect, t. I, p. 216-217.
(1)
Ville principale de la province du même nom si–
tuée dans le canton de Vartanaguerd. Elle porte aujour–
d'hui le nom de Baylakan. (Indjidji,
Arm. anc.,
p. 326.
Saint-Martin,
Mém. sur VArm.,
t. I, p. 154-1550
(2)
Cf. III
Rois,
III, 12, de la version arménienne ;
mais cette indication manque dans la Vulgate.
(3)
Sanadroug est appelé Sanesàn par Faustus de
Byzance ( III, 6 ) qui dit que ce prince était en effet un
arsacide, qui occupait le trône des Massagètes. et qui
était parent des rois d'Arménie. — Cf. notre Collection,
t. I, p. 214.
Fonds A.R.A.M