HISTOIRE
veut pas s'éloigner du pays. Saint Grégoire ne
consent pas non plus à se rendre au concile,
craignant d'y recevoir de trop grands honneurs
à cause de son grand renom de confesseur. En
effet, on le réclamait avec de vives instances et
une grande insistance. Alors [Tiridate et Gré–
goire] envoient à leur place Rhesdaguès
(
i ) ,
avec
leur profession de foi, très-sincère à tous deux.
Rhesdaguès, pendant sa route, rencontre le grand
Léonce (a) au moment où il baptisait Grégoire,
père de Grégoire le théologien. À peine Grégoire
fut-il sorti de l'eau qu'il fut environné d'une écla–
tante lumière, invisible à toute la multitude, mais
vue seulement de Léonce qui baptisait, de notre
Rhesdaguès, d'Euthaïe d'Edesse, de Jacques de
Medzpin
(3)
et de Jean, évêque de Perse, qui se
rendaient au concile par le même chemin.
CHAPITRE XC .
Retour de Rhesdaguès de Nicée. —Conversion de
ses parents. — Edifices élevés à Kami.
Rhesdaguès, étant parti avec le grand Léonce,
arrive à la ville de Nicée, où se rassemblèrent
trois cent-dix-huit Pères pour anéantir la doc–
trine des Ariens qu'ils anathématisèrent et exclu–
rent de la communion de l'Église ; puis l'empe–
reur les déporta dans les mines (4). Rhesdaguès,
revenu ensuite avec une profession de foi ortho–
doxe et les vingt chapitres canoniques du con–
cile , rencontre dans la ville de Vagharschabad
son père et le roi. Saint Grégoire, au comble de
l'allégresse, ajoute encore quelques courts articles
à ceux du concile pour mieux veiller dans la suite
à la garde de son troupeau (5).
(1)
Rhesdaguès, appelé Aristacès par les Occidentaux,
était fils de saint Grégoire et assista en effet au concile
de Nicée ; son nom est inscrit parmi les signataires des
actes du concile.
(2)
Léonce, évêque de Césarée enCappadoce. —Cf. Aga–
thange, p. 172 du t. I de notre Collection, et Zénob de
Glag, id., p. 337.
<
(3)
Saint Jacques de Nisibe, fils de la tante paternelle
de saint Grégoire et par conséquent cousin de l'illumi-
nateur.
(4)
Les écrits d'Arius et notamment sa
Thalie
furent
condamnés à être brûlés et la peine de mort fnt pronon–
cée contre ceint qui en seraient trouvés détenteurs.
Arius fut relégué à Nicée en lllyrie avec Secundus et
Theonas qui avaient encourul'anathème. — Fleury,
Hist.
ecclés.,\.
II, c. 13.
(5)
Les Arméniens ont, dans leur office, tout le symbole
du concile de Nicée, avec les additions de saint Grégoire.
En ce qui concerne les canons ajoutés à ceux du concile,
on ne sait rien de précis à cet égard. On croit généra–
lement qu'ils furent établis par saint Sahag, et ce sont
IIISTOK. ARMÉNIENS. — T. I I .
D'ARMÉNIE.
429
Dans
le
même temps, leur parent Gamsar est
baptisé avec tous les siens de la main de Grégoire
le Grand. Le roi en recevant [Gamsar dans ses
bras], au sortir de l'immersion, lui donne en pro–
priété le grand bourg d'Ardaschès, à présent ap–
pelé Traskhanaguerd (1), et de plus le canton de
Schirag, comme à son parent et fidèle allié. Mais
Gamsar, sept jours à peine après son baptême ,
meurt. Le roi Tiridate, pour consoler le chef des
fils de Gamsar, Arschavir, le confirme dans les
charges de son père, et donne son nom à sa
race ( 2 ) , en l'élevant au rang des satrapies. I l
ajouta à cette faveur d'autres concessions, telles
que la ville d'Erouant et son canton jusqu'à
l'extrémité de la grande vallée (3), pour effacer
de son esprit le souvenir de son pays originaire
appelé Pahlav , et pour qu'il conservât fidèle–
ment la foi. Arschavir, qui aimait passionnément
cette contrée, l'appela de son nom Arscharouni,
car auparavant ce pays s'appelait Éraskhadzor.
Nous avons exposé plus haut les causes de la
venue de ces deux races : celle des Parthes et
celles
des Pahlav (4).
Vers ce temps-là, Tiridate achève la construc–
tion d e l à forteresse de Karn i , avec des pierres
très-dures et taillées au marteau, cimentées en–
semble par du fer et du plomb. I l élève encore
une résidence d'été, ornée de colonnes et de ma–
gnifiques bas-reliefs, pour sa sœur Khosrovi-
toukhd, et il y fait graver une inscription grecque
en souvenir d'elle (5).
Saint Grégoire, retourné sur la montagne (6), ne
se fit plus voir à personne jusqu'à sa mort.
ceux-là qui se trouvent dans la Collection des ca–
nons.
(1)
Localité dont la position est inconnue, bien que
son nom soit cité par plusieurs historiens (Indjidji,
Arm. aiic
9
p. 518). Le catholicos Jean YI était né dans
cet endroit.
(2)
Cf. sur l'union du nom d'Arscharouni avec celui
de Gamsaragan, Faustusde Byzance, p. 221, dans le 1.1
de notre Collection.
(3)
La vallée de l'Araxe, appelée Eraskhadzor.
(4)
Cf. plus haut, 1. I, ch. 2, 3 ; II, 28, 68, 73, 74, 80.
(5)
Karni, fondée, dit la tradition, par Kégham (Moïse
deKhorène,
Hist. d'Arm.,
1.1,
c. 12), est aujourd'hui un
petit village situé auprès d'Érivan. Chardin découvrit sur
les ruines d'une tour démantelée d'anciennes inscriptions.
Les gens du pays donnent à ce monument le nom de
Takhd Dertad, ce
qui veut dire en turc « trône de
Tiridate ». —Cf. Indjidji,
Arm. mod.,
page 254, 256.
(6)
Cf. plus bas, ch. 91.
Fonds A.R.A.M