HISTOIRE
Mais revenons
à
l'histoire de Tiridate lors de son
invasion en Perse.
CHAPITRE LXXXVI I .
Défaite de Sapor.— Il se soumet forcément à
Constantin le Grand. —Tiridate s*empare d'Ec-
batane. — Arrivée de ses parents. — A ce mo–
ment a lieu t invention du bois du salut.
Quoique victorieux, Tiridate, affaibli par les
pertes de son armée et la mort d'un grand
nombre de satrapes, craignait de se mesurer avec
ses seules forces contre Sapor, jusqu'à l'arrivée de
la formidable armée des Romains qui vint fondre
sur l'Assyrie. Sapor fut mis en fuite et les Ro–
mains saccagèrent tout le pays, car Tiridate, avec
tous les siens et toutes les troupes alliées, fait une
incursion pendant une année entière dans les
contrées septentrionales de l'empire des Perses.
Alors Gainsar, fils aîné de Bérozamad, vint
trouver son parent Tiridate. Ce Bérozamad est
cet enfant qui, lors de l'extermination de la race
de Garèn Pahlav par Ardaschir, fut enlevé et
sauvé par Pourz ( i ) . Parvenu à l'adolescence, i l
est élevé à la dignité de son père et placé à la tête
des troupes d'Ardaschir pour combattre contre
ces nations féroces, mais dans le but perfide de
le jeter aux mains des barbares. Bérozamad, qui
était devenu un guerrier intrépide, mène admira–
blement la guerre et triomphe de Vezerg
( 2 )
sur–
nommé khakhan, qui lui donne sa fille en ma–
riage. Bérozamad prend encore d'autres femmes
alliées d'Ardaschir, et, en ayant eu beaucoup d'en–
fants, il se fortifie et tient toutes les contrées sous
sa domination. Bien que Bérozamad fut tenu en
grande estime par Ardaschir, i l ne consent pas à
le voir, et, à la mort de ce prince, i l refuse de re–
connaître son fils Sapor. Bérozamad le défait même
dons plusieurs batailles, lorsqu'il est empoisonné
par les confidents de Sapor, et meurt.
Vers ce temps-là vivait un autre Vezerg kha–
khan, ennemi personnel de Gamsar, fils de Béro–
zamad. Gamsar, se voyant placé dans une posi-
l'Histoire d'Agathange (voy. éd. de Conslantinople,
1824,
p.
33).
Cependant il est plus naturel de croire que
Moïse de Khorène s'en réfère ici àun passaged'Agathange
où il est dit que saint Grégoire, soit par lui-même, soit
par ses disciples, « répandit la culture évangélique de–
puis Satala jusqu'au pays des Chaldik,
et depuis Ga-
ghardeh, près des confins des Massagètes
jusqu'au
pays des Caspiens. »— Cf. Agathange, dans notre Col–
lection,
1.
1,
p.
180,
§ 153.
(1)
Cf. pins haut, ch.
70
et
72
du livre I I .
(2)
Vezerg
ou
Vezroug
(
comme l'écrit Elisée ) est un
mot persan,
vezurg
ou
Vûzihrc,
qui veut dire « grand ».
D'ARMÉNIE.
127
tion difficile entre deux rois puissants et jaloux,
surtout parce que ses propres frères ne prenaient
pas son parti, Vient trouver, avec toute sa maison
et ses biens, notre roi Tiridate, tandis que ses
frères vont rejoindre Sapor. Ce Gamsar se signale
dans les combats, à côté de son père, par une va–
leur intrépide et terrible. Mais, pendant qu'il dé–
ploie tout son courage, i l est frappé à la tête
d'un couj) de sabre qui lui enlève un morceau de
l'os du crâne. Cependant i l guérit; mais le som–
met de sa tête perd de son contour, et à cause
de cela i l fut appelé Gamsar
(1).
Tiridate, maître de la seconde Ecbatane aux
sept murs d'enceinte, y laisse des gouverneurs
nommés par l u i , et retourne en Arménie, emme–
nant avec lui Gamsar et tous les siens. Sapor sup–
plia Constantin son vainqueur de lui accorder
son amitié et de signer ensemble une paix per–
pétuelle. Ce qu'ayant fait, Constantin envoie Hé–
lène sa mère à Jérusalem à la recherche de la
croix vénérable. Hélène découvre le bois du sa–
int avec les cinq clous
( 2 ) .
CHAPITRE LXXXVI I I .
Licinius dans les fers. —La cour quitte Rome, et
Constantinople est fondée.
Lorsque Dieu eut fait disparaître de devant
Constantin tous ses compétiteurs , l'empereur
éleva à de grands honneurs Licinius, lui donna en
mariage sa sœur de père, et lui conféra la pourpre
et le diadème de césar, en lui donnant le second
rang et l'empire de tout l'Orient. Mais voici que
la parole divine aux Hébreux, « que la transfor–
mation du vice est chose impossible (3) », s'ac–
complit; car s'il est impossible au léopard de
changer ses taches mouchetées, et à l'Éthiopien
son teint basané , de même aussi i l est impossible
de changer le caractère de l'impie. En effet, à
l'occasion de la foi [chrétienne], Licinius dévoila
sa perfidie, et ensuite i l se montra rebelle envers
son bienfaiteur. Licinius suscita une nouvelle
persécution contre l'Eglise, conspira secrètement
contre Constantin, et tourmenta de toutes les
(1)
Nom composé des mots persans
kani
ou
kem
«
brisé » et
sar
«
tête. »
(2)
Eusèbe,
Vie de Constantin,
1.
III, c.
25
et suiv.
Théodoret, I ,
17, 18. —
Sozomène, I I ,
1. —
Paulin,
Epist.,
31. —
Saint Jérôme,
Episl.,
58. —
Cf. aussi
notre Collection, t. I , p.
319,
où la découverte de, la
croix est attribuée à Patrocinia, par Léroubna.
(3)
Urémie,
XIII,
23.
Fonds A.R.A.M