capitale du pays. Cette femme, par [le mérite de]
sa vie austère, avait reçu du ciel le don de gué–
rir, et déjà elle avait guéri beaucoup de per–
sonnes, notamment la femme de Mihran, gouver–
neur des Ibères (i). Mihran lui demanda : « Par
quelle vertu fais-tu ces prodiges? » et il reçut la
connaissance de l'Évangile du Christ. L'ayant
écoutée avec plaisir, il en parla avec beaucoup
d'éloges à ses satrapes. Dans le même temps, la
renommée des miracles opérés en Arménie par–
vint jusqu'au roi et à ses satrapes, ainsi que les
aventures des compagnes de la bienheureuse
JVouné. Grandement émerveillé de ces faits, il les
rapporta à Nouné qui les lui confirma jusqu'aux
moindres détails. A cette époque, Mihran, étant
allé à la chasse, s'égara dans les passages difficiles
des montagnes
( 2 ) ,
sans que ses yeux fussent obs–
curcis , mais le temps était brumeux, comme lors–
qu'il est dit : « Et il appelle de sa voix le brouil–
lard
(3)
»,
ou bien selon l'autre : « I l change le
jour en une nuit sombre
(4).
»
Mihran fut surpris
par un semblable brouillard qui fut pour lui la
cause de la lumière éternelle. Tout effrayé, il se
rappela ce qu'il avait entendu dire de Tiridate :
qu'ayant voulu aller à la
chasse
,
les châtiments
de Dieu s'appesantirent sur lui. Mihran crut que
les mêmes malheurs allaient l'accabler, et, saisi
d'une grande terreur, il se mit à prier, pour que
le brouillard se dissipât et qu'il pût s'en revenir
en paix, promettant d'adorer le Dieu de Nouné.
Ayant obtenu [ce qu'il demandait], il accomplit
sa promesse (5).
La bienheureuse Nouné, ayant obtenu des
hommes fidèles, les envoie à saint Grégoire, pour
lui demander ce qu'il lui ordonne de faire désor–
mais , car déjà l'Ibérie a reçu avec joie l'annonce
de l'Évangile. Elle reçoit l'ordre de briser les
idoles, comme il le faisait lui-même, de dresser
le précieux signe de la croix, jusqu'au jour où le
Seigneur donnera un pasteur au pays pour le
«
née
ifiéogr.,
liv. V, c. 11,§ 3) et
Mechistha,
Mext<r6â,
par Agathias ( liv. II, p. 60 ), est située à peu de dis–
tance de Tiflis, au nord. Elle fut la capitale de la Géor–
gie jusqu'en 469, et continua d'être la résidence des pa–
triarches d'Ibérie. La cathédrale, qui renferme les tom–
beaux des rois, a été décrite par
M.
Brosset dans ses
Rapports sur un voyage en Géorgie et en Arménie,
Ranp. 1 et 2.
(1)
Brosset,
Histoire de la Géorgie,
t. I, p. 110.
(2)
La chronique géorgienne dit que c'était la mon–
tagne de Thkhoth ( Wakhoucht,
Géogr. de la Géorgie
(
éd. Brosset, p. 217). —Cf. Brosset,
Hist: de la Géor–
gie,
t. I, p. 113 et suiv.
(3)
Job,
XXXVIII, 31.
(4)
Amas,
V, 8.
(5)
Brosset,
Hist. de la Géorgie,
1.
1,
p. 114, 115.
1
conduire. Aussitôt Nouné se met à renverser
l'idole du Dieu du tonnerre, Aramazd, qui était
dressée en dehors de la ville et dont elle était sé–
parée par le fleuve auxflotsimpétueux
( 1 ) .
Les
habitants avaient coutume, à la pointe du jour,
d'adorer, duhaut de leurs toits, cette idole qui se
trouvait en face d'eux. Si quelqu'un voulait offrir
des sacrifices, il traversait le fleuve et allait sa–
crifier au temple même. Les satrapes de la ville
se soulevèrent, disant : « Qu'adorerons-nousdonc
à
la place des idoles ?» — « Le signe de la croix
du Christ, » leur fut-il répondu. Ils élevèrent ce
signe sur une riante colline à l'orient de la ville,
qui en était séparée par une petite rivière (a).
Tous les habitants, dès la pointe du jour, comme
c'était la coutume, l'adorèrent, chacun sur le
toit de sa maison. Mais, quand ils eurent monté
sur la colline et qu'ils virent un tronc d'arbre
grossièrement taillé, la plupart le méprisèrent,
disant que leur forêt était remplie de bois sem–
blable, et s'en retournèrent. Mais Dieu misé–
ricordieux , comprenant leur erreur, envoya du
•.
ciel une colonne de nuages; la montagne fut
remplie des parfums les plus suaves, et des quan–
tités de voix harmonieuses firent entendre les
plus doux accords. Une lumière apparut, por–
tant l'image et la forme de la croix de bois, et
planant au-dessus d'elle au milieu [d'une auréole]
de douze étoiles. Tous se convertirent et ado–
rèrent. Depuis ce moment, toutes. les guérisons
s'opéraient par elle
(3).
La bienheureuse Nouné s'en alla prêcher la foi
dans les autres provinces de llbérie, avec son sin–
cère langage, parcourant le payssans faste ni éclat,
étrangère au monde et à tout ce qui en dépend,
ou, pour parler plus vrai, attachée à la croix, pré–
parant sa vie à l'exercice de la mort, confessant
avec saparole le Verbe de Dieu et
digne
par son
zèle d'être couronnée d'une couronne de martyr
(
de sang). Aussi, nous osons l'appeler une apôtre,
car elle prêcha l'Évangile depuis le pays de
Gghardch
(4)
jusqu'à la porte des Alains et des
Caspiens (Gasp) et jusqu'au pays des Massagètes
(
Maskhouth), comme te l'apprend Agathange (5).
(1)
Le Cour ou Cyrus.
(2)
L'Araxe.
(3)
Brosset,
Hist. de la Géorgie,
t. I, p.
122
et suiv.
(4)
Le Klardjéthi des Géorgiens, qui est Un des can–
tons de la province de Koukarkh. —Cf. Wakhoucht,
Géogr, de la Géorgie,
p. 73.
(5)
Il n'est nullement fait mention de sainte îSino dans
l'Histoire d'Agathange, mais quelques critiques suppo–
sent que Moïse veut sans doute faire allusion à la
Lettre d'alliance signée entre Constantin et Sylvestre,
Tiridate etGrégoire, qui est jointe par quelques éditeurs à
Fonds A.R.A.M