HISTOIRE
date, au comble de la joie, lui expédie aussitôt
des lettres lui concédant les domaines des Sel-
gonni ( i ) , et rétablit satrape à la place du re–
belle, en appelant cette satrapie de son nom,
Mamkounian. Quant aux Selgouni qui restent, i l
ordonne qu'il ne leur soit fait aucun mal.
CHAPITRE LXXXV.
Prouesses de Tiridate pendant la guerre des
Aghouanh, — Il coupepar le milieu [du corps]
le roi des Passils.
Le roi Tiridate, descendu avec tous les Armé–
niens dans la plaine des Karkaratzi, rencontre
les révoltés du nord
( 2 )
et leur livre bataille. Pen-
dant que les deux armées sont aux prises, Tiri–
date fend la masse des ennemis et s'avance comme
un géant. Je ne saurais dire l'agilité de son bras,
et le nombre incroyable de blessés qu'il étendit à
terre. Comme des poissons amenés par l'hame–
çon du pêcheur habile et jetés sur le sol, ils bon–
dissaient sur la terre. A cette vue, le roi des
Passils s'approche du roi, et, tirant de dessous
l'armure. de son cheval une lanière faite de nerfs,
il la lance violemment par—derrière le roi, et le
saisit de l'épaule gauche jusqu'à l'aisselle droite,
car Tiridate avait le bras levé pour frapper quel–
qu'un avec le glaive. D'ailleurs, i l était revêtu
d'une armure que les traits ne pouvaient entamer.
[
Le roi des Passils] ne pouvant ébranler le géant
avec ses mains, s'attaqua à la poitrine du che–
val. Le géant ne s'efforce pas tant de piquer sa
monture que de saisir la lanière avec la main
gauche, et i l s'en dégage par un mouvement vio–
lent , en tirant à lui son ennemi qu'il frappe adroi–
tement de son glaive à deux tranchants et' le
fend par le milieu du corps. Dumême coup, il abat
la tête du cheval [du roi]
(3).
Toutes les troupes, voyant leur vaillant roi
coupé en deux par un bras si terrible, pren–
nent la fuite. Tiridate, se mettant à leur pour–
suite , les chasse jusque dans le pays des Huns.
Quoique les troupes de Tiridate aient été forte–
ment décimées et qu'un grand nombre de chefs
(
t) Trois mss. ajoutent :
qu'il lui avait promis.
(2) 11
s'agit
ici de ces peuples du nord du Caucase
dont Moïse de Khorène a donné
le
dénombrement dans
sa
Géographie (Saint-Martin,
Mèm. sur VArm.,
t.
I l ,
p. 354-357 ) et qui étaient désignés sous le nom géné–
rique
de
Scythes et de Sarmate ; par les écrivains grecs
et latins.
(3)
Josèphe (
Bell. Jud.,
1.
VII, ch. 7, § 4 ) mentionne
le même
fait
qui eut lieu dans
la
guerre que Tiridate
soutint contre les Alains. —
Cf.
aussi Zénob de Glag,
Hist. de Daron,
dans notre Collection, 1.1, p-. 354.
D'ARMÉNIE.
125
aient perdu la vie, entre autres le généralissime
des Arméniens, Ardavazt Mantagouni ; cependant
Tiridate, selon la coutume de ses pères, prend
des otages et s'en retourne
(1).
Tiridate, en cette
occurrence, convoquant tout le nord, lève beau–
coup de troupes, les rassemble et se dirige sur
la Perse contre Sapor, fils d'Ardaschir. I l choisit
parmi les siens quatre chefs de corps : IVIihran,
gouverneur des Ibères
( 2 ) ,
qui avait toute sa
confiance, parce qu'il était chrétien ; Pacarad, chef
de la cavalerie; Manadjihr, satrape delà race des
Reschdouni, et Yahan, satrape des Amadouni.
Mais il est utile de parler maintenant de la con–
version de Mihran et du pays des Ibères.
CHAPITRE LXXXVI.
De là bienheureuse Nouné. —— Comment elle fut
cause de la conversion des Ibères ( Virk)
(3).
Une femme appelée Nouné
(4),
l'une des com–
pagnes dispersées des saintes Hripsimiennes (5), ar–
rive en fuyant en Ibérie,
à
Medzkhitha
(6),
ville
(1)
Zénob de Glag (Cf. notre Collection, t. I, p. 352 et
suiv. ) dit que cette bataille fut livrée, non pas dans la
plaine des Karkaratzi, mais dans le canton de Daron. Se–
lon le père Indjidji, il y aurait eu deux grandes batailles,
la première, celle dont parle Zénob, livrée dans la pro–
vince d'Oudi et qui fut perdue par les ennemis, et la
seconde racontée par Moïse et qui eut lieu dans la pro–
vince de Daron.
(2)
Mihran, appelé Mirian, roi de Géorgie, fils de Sa–
por 1
er
,
roi sassanide de Perse, régna, selon Wakhtang,
de l'an 205 à
l
'
an 342 (Brosset,
Hist. de la Géorgie,
1.1,
p. 83 ). Ce prince lutta longtemps contre Tiridate, au
dire de l'historien géorgien, mais il n'est point ques–
tion de cette rivalité dans les annales arméniennes.
Quoiqu'il en soit de celte assertion, Mihran, après avoir
embrassé le christianisme, fut sinon le vassal, du moins
Pallié de Tiridate, dont il partageait les croyances re–
ligieuses.
(3)
Les annales de la Géorgie contiennent un récit
très-circonstancié des causes qui amenèrent la conver–
sion du roi Mihran et des Ibères au christianisme. C'est
dans les monuments littéraires et religieux de la Géor–
gie que cet-événement est raconté dans tous ses détails
(
Brosset,
Hist. de la Géorgie,
1.
1,
p. 90 et suiv. ).
Les écrivains ecclésiastiques occidentaux ne parlent
qu'en termes très-brefs du changement opéré dans les
croyances religieuses des Géorgiens ; ils ne nomment
même pas sainte Nino (Rufin, liv. 10, ch. 10. — So-
crate, liv. I, ch. 20. — Sozomène, liv. II, ch. 7. —
Théodoret, liv. I, ch. 24).
(4)
Le nom de Nouné, en géorgien
Aino,
parait être
la transcription du mot latin
nonna
«
religieuse ». —
Cf. Pl. Iosélian,
Abrégé de VHist. ecclés. de la Géorgie
(
en russe),
T
éd., Saint-Pétersb., 1843; p. 8, n° 13. —
Brosset,
Hist. de la Géorgie, 1.
1,
p. 90, note 1.
(5)
Cf. notre Collection, t. I,p. 149.
(6)
Cette ville nommée
Mestleta,
M«ffr/.»5ra. par Ptolé-
Fonds A.R.A.M