lamentations de leurs mères, mû par un senti–
ment de pitié et d'humanité, préféra leur salut à
sa propre conservation. Alors il reçut de Dieu sa
récompense, car, dans
un songe,
l'ordre lui vint
des apôtres de se purifier et de se laver dans la
piscine de vie par les mains de Sylvestre, évéque
de Rome, qui, fuyant ses persécutions, s'était re–
tiré sur lemont Soraete. Instruit par ce pontife,
l'empereur crut en Dieu, fit disparaître de
devant
lui tous ses compétiteurs, comme te l'apprend
Agathange en peu de mots (i).
CHAPITRE LXXXIV.
Les Selgouni exterminés par Mamkoun, de (a
race de Djèn.
Pendant que Sapor, roi des Perses, se reposait
[
des fatigues] de la guerre, Tiridate se rendit à
,
Rome pour trouver saint Constantin ( 2 ) . Sapor,
profitant du moment, ourdit des trames contre
notre pays, force tout le nord à faire des incur–
sions en Arménie etfixel'instant où il doit y ar–
river lui-même, sur un autre point avec les
Arik. Entraîné par ses paroles,
Seloug,
chef de
la race des Selgouni, tue son propre gendre, le
vieil Oda de la maison des Amadouni, qui avait
élevé Khosrovitoukhd, sœur du roi. Presqu'aus-
sitôt Tiridate le Grand, arrivé d'occident, ins–
truit de ces faits, et que Sapor n'est pas arrivé
à temps , marche contre les révoltés du nord. Le
chef'des Selgouni s'était fortifié dans son château
d'Oghagan (3) et s'était assuré le concours des ha-
(1)
Cf. notre Collection, t.
1,
p. 185;
ad cale, ffist.
Agathangeli.
(2)
Sans entrer ici dans le détail des raisons qui ont
fait révoquer en doute le voyage de Tiridate à Rome,
nous nous bornerons à faire observerquecet événement
est complètement passé sous silence par les historiens
occidentaux, et que c'est seulement dans les écrits des
Arméniens, et notamment dans les hagiographes, qu'il
est question de ce voyage, dont les résultats auraient
été immenses, si l'on s'en rapporte au dire d'Agathange,
de Zénob de Glag et de Moïse de Khorène. Un critique
d'un grand talent, le marquis de Serpos, auteur du
Compendio
storico concernente la
nazione
armena,
a longuement discuté cette question, et il a cherché à
établir l'authenticité du voyage de Tiridate et de saint
Grégoire à Rome (t. I, p. 200-217 ). Mais les preuves
alléguées par le savant écrivain italien sont très-peu
concluantes et n'atténuent en rien les doutes émis par
les frèresWhiston sur cet événement capital, qui n'eut
certainement point échappé aux historiens de l'Occident,
si, comme le prétendent les écrivains arméniens, Tiri–
date fût venu en personne à Rome avec saint Grégoire,
pour conclure une
alliance
religieuse avec l'empereur
et le pape.
(3)
Cette forteresse est souvent citée dans
l'Histoire
de Daron
de Zénob de Glag et de Jean Mamigonien
[
bitants de lamontagne de Sîm. Il opposait au roi
I de la résistance et soulevait le pays, et, près de
la montagne. il ne laissait aucun repos a u po–
pulations. Le roi, s'adressant àtoutesles maisons
satrapales du royaume d'Arménie, dit : « Celui
qui m'amènera le chef des Selgouni, je lui don–
nerai en perpétuelle souveraineté les villages, les
domaines, et toute la puissance de la race des
Selgouni. » La proposition est acceptée par Mam–
koun le Djèn.
Tandis que le roi se portait par les contrées
des Aghouank contre les révoltés du nord,
Mamkoun s'en alla avec toute sa suite dans le
pays de Daron, comme s'il eût été en rébellion
contre le roi. Aussitôt après son départ, il envoie
secrètement des
hommes
à pied avertir le chef de
la race des Selgouni que le roi est allé dans le pays
des Aghouank : « Le danger est grand, dit-il,
pour 2e roi Tiridate ; c'est pourquoi il s'est porté
dans les contrées des Aghouank, afin-de com–
battre tous les habitants de la base de la monta–
gne. L'occasion est donc favorable pour nous de
comploter et d'exécuter ce que nous voudrons.
J'ai résolu de me liguer avec toi, en raison des
injures que j'ai éprouvées de la part du roi. »
Ravi de ces propositions, le chef de la race des
Selgouni reçoit son serment d'alliance, mais
il ne le laisse pas dans la place avant de voir
comment il gardera la foi du serment et des con–
ventions. Cependant Mamkoun, qui s'efforce en
toute chose de prouver sa sincérité au rebelle,
parvint à lui inspirer toute confiance comme un
fidèle auxiliaire. Si bien que Seloug permet à
Mamkoun d'entrer dans la forteresse et d'en sortir
librement.
Après toutes ces assurances de sincérité, Mam–
koun décide un jour le chef de la race des Sel–
gouni de sortir du château pour aller chasser les
bêtes fauves. Pendant la chasse, Mamkoun, ajus–
tant son arc, transperce au milieu des épaules le
dos du rebelle qu'il étend à terre. Il court aussitôt
vers la porte de la citadelle avec les siens, oc–
cupe la place, et charge de fers tous ceux qui s'y
trouvent. Mamkoun se décide ensuite à extermi–
ner la race des Selgouni ; mais deux d'entre eux
se réfugient dans le pays de Dzop (1). Mamkoun
se hâte de prévenir le roi [des événements]. Tirî-
(
Cf. notre Collection, t. I, p. 355 et
passim).
Elle était
située dans la province de Douroupéran (Indjidji,
Arm.
anc.,
p. 107 ). Le plus souvent, le nom d'Oghagan est
écrit
Oghgan.
(1)
Canton de la Quatrième-Arménie ( Indjidji,
Arm.
anc.,
p. 47 ) qui était appelée Sophène ou Sophanène
par les Grecs
Fonds A.R.A.M