H I STO I RE D'ARMÉNIE.
chotz. Ce fut ce dernier qui, plus tard, provint
son beau-frère Ardavazt, qui, à son tour, avertit le
roi que Grégoire était fils d'Anag, puis qui parla
des enfants de Grégoire, faits qu'il avait appris
pendant son séjour à Césarée.
Le brave Tiridate livra, en peu de temps, beau–
coup de combats d'abord en Arménie, puis en
Perse, et c'est à lui que l'on devait surtout la
victoire. Une fois, surpassant même cet Elébanan
du Vieux-Testament, il lève la lance pour proté–
ger autant de blessés ( i ) ; une autre fois les braves
Perses éprouvèrent toute la force du géant et de
sa massive armure : son cheval, couvert de bles–
sures, tomba sous une grêle de flèches, et l'ani–
mal en s'abattant jeta le roi par terre; mais celui-
ci, se relevant aussitôt, et combattant à pied,
étendait morts sur le sol beaucoup d'ennemis;
puis, saisissant le cheval d'un d'entre eux, il saute •
bravement dessus. Une autrefois encore, marchant
de son plein gré à pied, Tiridate fait reculer à
coup d'épée des troupes d'éléphants.
Telles sont les prouesses accomplies par Tiri–
date pendant son séjour en Perse et en Assyrie.
Il passe ensuite à Ctésiphon.
CHAPITRE L X X X I I I .
Tiridate épouse Aschhhèn, et Constantin, Maxi-
mina. — Comment arrive la conversion de
Constantin.
Tiridate, arrivé dans notre pays, envoie le g é –
néral Sempad, père de Pakarad, demander pour
lui en mariage la jeune Aschkhèn, fille d'Asch-
khatar. Cette princesse était d'une taille aussi
élevée que le roi. Dertad la fait inscrire au
rang des Arsacides, lui fait revêtir la pourpre,
ceindre le diadème, pour l'élever à la dignité d'é–
pouse royale. De leur union naquit un fils, Chos–
roès, dont la taille n'égale point celle de ses pa–
rents.
Dans le même temps, à Nicomédie, eut lieu
également le mariage de Maximina, fille de Dio–
ctétien, avec le césar Constantin, fils de Cons–
tance empereur de Rome. Constantin n'était pas
né de la fille de Maximien ( 2 ) , mais de la cour–
tisane Hélène (3). Ce Constantin fait amitié, lors
(1) 11
Jteg.
XXIII, 24. — I
Paralip.,
XI , 12. —
Éléhanan ou Éléazar défendit avec sa lance trois cents
blessés *. «
Ipse levavit hastam suam super trécentos
vulneratos una vice, »#
(2)
Constance avait épousé Théodora, fille d'Eutropia
et d'un premier mari qu'elle avait eu avant Maximien.
(3)
L'opinion des anciens auteurs et de quelques Pères
de l'Église qui considèrent Hélène, mère de Constantin le
de son mariage, avec notre roi Tiridate. Cons–
tance étant mort quelques années plus tard,
Dioclétien envoie pour lui succéder son fils Cons–
tantin qu'il avait adopté.
Constantin, avant son règne et lorsqu'il n'était
que césar, vaincu dans une bataille et s'abandon-
nantau sommeil à force de tristesse, vit en songe une
croix d'étoiles dans le ciel, avec une inscription
à l'entour qui disait : « Triomphe avec elle ! »
Constantin, arborant aussitôt ce signe
( 1 )
en tête
de son armée, remporta la victoire; mais, entraîné
dans la suite par sa femme Maximina, fille de Dio–
clétien, il suscita des persécutions contre l'Église,
et fit un grand nombre de martyrs. Constantin,
bientôt attaqué de la lèpre sur tout le corps, en
punition de son orgueil, ne pouvait obtenir sa
guérison ni des devins
(1),
ni des médecins Mar-
ses (3). C'est pourquoi il s'adressa à Tiridate
.
pour lui demander des devins perses et indiens,
qui,ne parvinrent pas à le guérir. Quelques prê–
tres païens, excités par les démons, lui conseil–
lèrent d'immoler dans un bassin beaucoup de
jeunes enfants et de se baigner dans leur sang
encore chaud, pour recouvrer la santé (4). Cons–
tantin, entendant les vagissements des enfants, les
Grand, comme la concubine de Constance Chlore, n'est
nullement fondée. On peut lire dans Lebeau
(
Hist. du
Bas-Emp.,
1.1,
p. 25 et suiv., éd. Saint Martin ) un
chapitre fort .curieux (IV) où le savant historien a dé–
montré avec beaucoup d'habileté qu'Hélène avait bien
été une épouse légitime et non une concubine, d'autant
plus qu'elle fut répudiée par Constance, lors du second
mariage qu'il contracta avec Théodora, formalité qui
eut été inutile si Hélène n'eût pas été une femme légi–
time."
(1)
Le texte arménien emploie le mot latin
signum
qui
est transcrit sous la forme
siknon,
et ne se trouve em–
ployé que cette seule fois par Moïse, qui ignorait sans
doute l'existence du mot
labarum.
(2)
Le mot
arioghagan
me paraît altéré ; peut-être
faut-il lire
ariaghan,
adjectif dérivé de
ari,
au pluriel
arik,
qui veut dire « les Perses », ou bien supposer que
ce mot est tout simplement une transcription du latin
hariolus
ou
ariolus
«
devin ».
(3)
I l n'y a aucune incertitude sur la valeur du mot
marisghian
qui correspond à l'adjectif
marsicus
dérivé
de
Marsi,
Mâpaoï. Les Màrses habitaient le Latium sur
le lac Fucin et étaient connus comme magiciens et ha–
biles dans l'art de fasciner les serpents. 11 est souvent
question de ce peuple dans les écrivains latins et no–
tamment dans Pline ( VII, 2, 2.); César (
Bell, civ.,
1,
15);
Florus, (III, 18), etc.
(4)
Lebeau
(
Hist. du Bas-Empire,
t. I, p. 384, éd.
Saint-Martin ) nie que Constantin ait jamais été attaqué
de la lèpre, et en effet saint Cyrille (
lib. VII, contr.
Julian.),
en réfutant Julien qui avait dit, en parlant de
Constantin, que le baptême ne guérissait pas de la
lèpre, ne dit pas un mot de la prétendue maladie de
l'empereur.
Fonds A.R.A.M