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MOÏSE DE
veut dire « l'honneur du royaume, » — avait deux
frères de lait appelés Peghtokh et Mamkoun, qui
étaient de grands satrapes. Comme Peghtokh
parlait sans cesse mal de Mamkoun, le roi des
Djèn, Arpog, donna ordre de tuer Mamkoun.
Celui-ci, ayant appris ce projet, ne se rendit pas
à l'appel du roi, mais i l
s
'
enfuit avec tout ce qu'il
possédait, auprès du roi des Perses, Ardaschir.
Arpog envoie des députés pour le réclamer, mais
Ardaschir refuse de le leur livrer, et le roi des
Djèn s'apprête
à
lui déclarer la guerre. Ardaschir
étant mort subitement, Sapor monte sur le trône.
Quoique Sapor ne livre pas Mamkoun entre les
mayas de son suzerain, i l ne le laisse pas [résider]
sur les terres des Arik, et i l l'envoie avec tons les
siens, comme étranger, auprès de ses commis–
saires en Arménie, et i l dépnte vers le roi des
Djèn, pour lui dire : « Ne trouve pas mauvais
que je n'aie pu livrer entre tes mains Mamkoun,
car mon père lui avait juré assistance par la lu–
mière du soleil. Toutefois, afin de te délivrer de
tes inquiétndes, je l'ai chassé de mes États et [re–
légué]
à
l'extrémité de la terre
à
l'occident, peine
comparable pour lui
à
la mort. Qu'il n'y ait donc
pas de guerre entre toi et moi. » Comme de tous les
habitants de la surface de la terre, la nation la
plus pacifique est, dit-on, celle des Djèn, elle
consent
à
faire la paix; ce qui prouve que cette
nation aime surtout la paix et la tranquillité.
Ce pays est encore merveilleux par l'abondance
de toutes sortes de fruits ; i l est riche en plantes
magnifiques, i l abonde en safran, en paons et en
soie. On y trouve une foule d'antilopes, de mons–
tres, et d'animaux appelés daims. La nourriture
la plus commune se compose d'aliments très-re–
cherchés chez nous et réservés
à
un petit nombre
de gens, comme le faisan et le cygne, et autres
mets semblables. Les perles et les pierres pré–
cieuses sont, dit-on, en si grand nombre chez les
grands qu'ils n'en savent pas le nombre; des vê–
tements qui seraient magnifiques chez nous et
portés par peu de gens, sont dans ce pays le cos-
qui est une altération du mot
faghfour
que l'on trouve
dans les historiens arabes, persans et turcs. D'Herhelot
dit que
c
'
était le titre et
le
surnom des rois de la Chine.
Le titre
faghfour
est la traduction en langue tourano-
arienne du terme
thiéh-tsé,
«
fils du ciel, » qualification
qui, dès la haute antiquité,
a
été donnée aux souverains
chinois, mais qu'ils ne prenaient pas eux-mêmes ( Ma*
çoudî,
Prairies d'or, t.
I , p. 306 ; éd. de MM. Barbier
de Meynard et Pavet de Courteille ). —
Cf.
aussi la note
1
du ch. 138 du Livre de Marco Polo, éd. de M. Pau-
thier,
ce savant
a
éclairci complètement la significa–
tion du mot
faghfour.
(
Le livre de Marco Polo,
1"
partie, p. 452-453.)
KHORÈNE.
tume ordinaire. Voilà ce qui concerne le pays des
Djèn ( i ) .
Cependant Mamkoun, venu contre son gré
dans notre pays, s'y trouve
à
l'arrivée de Tiri–
date. Au lieu de retourner [en Perse] avec l'armée
des Perses, i l s'en va, arec tous ses bagages, au-
devant du r o i , en lui offrant de grands présents.
Tiridate l'accueille, mais il ne le prit pas avec lui
dans son expédition contre les Perses, et i lfixe
à
lui et
à
ses gens une résidence et des subsides, en
le
faisant
changer de localité tous les ans.
CHAPITRE LXXXI I .
Prouesses de Tiridate pendant son règne et avant
sa conversion.
Comme il n'y a pas de véritable histoire sans
chronologie, nous avons scrupuleusement exa–
miné et reconnu que Tiridate monta sur le trône
la troisième année de Dioclétien (a), et qu'il ar–
riva ici avec une nombreuse armée. Parvenu à
Césarée, un grand nombre de satrapes se por–
tèrent
à
sa rencontre. Étant venu dans notre pays,
il trouve Oda qui avait élevé sa sœur Khosrovi-
toukhd, et conservé ses trésors dans une forte–
resse, avec une grande sollicitude. Oda était un
homme juste, d'une grande
constance
et d'une
sagesse exemplaire. Quoiqu'il ne connût pas la
vérité au sujet de Dieu, cependant i l était per–
suadé de la fausseté des idoles. Son élève Khosro-
vitoukhd était une jeune fille très-modeste,
comme le sont les religieuses ; et sa bouche n'é–
tait pas comme celle des autres femmes, sans au–
cune retenue.
Tiridate élève Oda
à
la dignité de chef su–
prême des
affaires
en Arménie et lecomble d'hon–
neurs par reconnaissance. I l favorise encore da–
vantage son frère de lait (3) Ardavazt Mantagouni
qui était la cause de son salut et de son avène–
ment au trône de ses pères. C'est pourquoi T i r i –
date lui confie le commandement en chef des
troupes arméniennes, et,
à
cause de l u i , i l créa
son beau-frère Dadjad prince du canton d'A–
il) Cf. la
Géographie
de Moïse
de
Khorène, dans
Saint-Martin,
Mém. sur FArm.,
t.
II, p. 376-377.
(2)
Samuel d'Ani (éd. Mai et Zohrab, p. 40,
ad cale.
Busebii Chron.)
dit que quelques auteurs prétendent
que Tiridate monta sur le trône la première année de
l'avénement de Dioclétien, et que d'autres au con–
traire font remonter son élévation à la puissance souve–
raine à l'an neuvième.
(3)
En arménien
taïegorli
«
fils de la nourrice». —
Cependant Moïse de Khorène (
Hist. oVArm.,
liv. III,
ch. 6) dit qu'Ardavazt était « le gouverneur
»,
iaïcug,
de Tiridate.
Fonds A.R.A.M