HISTOIRE D'ARMENIE.
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dans le désert, ayant Tiridate avec lui. Carin fut
taillé en pièces avec son escorte, et le reste de
son armée fut mis en fuite. Tiridate, dont le
cheval était blessé, ne put courir avec les
fuyards ; prenant alors ses armes et les harnais
de son cheval, i l traversa à la nage la grande et
profonde largeur de l'Euphrate, pour rejoindre
les troupes au milieu desquelles se trouvait Lici-
nius. En ce temps-là, Numérien fut tué en Thrace,
et Dioctétien lui succéda sur le trône (i). Pour ce
qui est des faits arrivés de son temps, Agathange
te les expose
( 2 ) .
CHAPITRE LXXX.
Exposé rapide de la naissance et de la vie de Gré'
goire et de sesfils^d'après la lettre de l'ét'éfjue
Ardithéos
(3),
en réponse à Marc
y
solitaire (VÀ-
hrodjan.
Un homme d'entre les Perses, non point sorti
d'une origine commune et vulgaire, nommé Pour-
tar, quittant le pays, vint dans la province de
Cappadoce (Kamir) et émigra à Césarée. Ayant
pris parmi les croyants une femme appelée So–
phie, sœur d'un riche habitant du nom d'Eu-
thale, Pourtar se mit en route avec elle pour re–
tourner en Perse; mais son beau-frère Euthale,
l'ayant rejoint, l'empêche [de continuer son
voyage].
Notre Illuminateur venait alors de naître, et
Sophie s'offrit comme nourrice de l'enfant dans
cette circonstance. C'était au moment de la terri–
ble catastrophe, et Euthale, prenant sa sœur et
son mari avec l'enfant, retourne en Cappadoce.
Tout ceci fut l'effet de la Providence de Dieu,
comme je le crois, touchant la voie de notre salut.
Sinon, comment élever un jeune enfant de la
race de Pahlav, dans l'empire des Romains, et le
consacrer à la foi du Christ?
Dès que le jeune homme fut en âge de puberté,
un homme pieux du nom de David lui donna
pour femme sa fille Marie. Les deux époux, ayant
bat. Tel est du moins le récit des historiens romains
(
Vopiscus,
Carus, Carin.
—
Eutrope, IX, 18-19 ). La
confusion qu'on remarque dans la narration de Firmilien,
rapportée par Moïse de Khorène, s'explique maintenant
sans difficulté.
(1)
Vopiscus,
Numëricn, Carin.
—
Eutrope, IX, 19
et suiv.
(2)
Cf. notre Collection, 1.1, p*. 109 et suiv.
(3)
Cf. Agathange (t.
I
de notre Collection, p. 181 ),
qui le nomme
Ardites.
Le texte grec ( § 154) le nomme
Mpno;. — Cf. le P. Karékin,
Hist. de la litl. arm.,
p. 81;
en arm.
eu deux fils en trois ans, se séparèrent d'un com–
mun accord. Marie, avec le plus jeune, se retira
dans un couvent, et s'y fit religieuse. Ce fils
( 1 ) ,
parvenu à l'âge de puberté, s'attache aux pas
d'un solitaire appelé Nicomaque, qui l'envoie
dans le désert. L'aîné
( 2 )
reste près de ses maî–
tres; puis, ayant adopté la vie séculière, il se
maria. Cependant leur père Grégoire se rend au–
près de Tiridate pour acquitter la dette de son
père, ou plus exactement pour se livrer à l'œuvre
de son apostolat dans son pays, à l'œuvre de son
sacerdoce
(3)
et de son martyre.
Mais qui en vérité furent les plus admirables,
le père ou les fils ? Car Grégoire ne demanda point
ses enfants lorsqu'il se rendit auprès de Tiridate,
et les fils n'allèrent point vers leur père, et cela
peut-être par crainte des persécutions. Mais, à l'é–
poque du sacerdoce de leur père et de sa gloire,
ils ne s'en enorgueillirent pas. C'est pourquoi
Grégoire ne resta pas longtemps à Césarée, mais,
étant retourne promptement dans la ville de Sé-
baste, il se mita recueillir toutes les matières de
son enseignement. Si même il eût prolongé plus
longtemps son séjour à Césarée, ses fils n'auraient
rien fait de ce qu'il craignait, car ils étaient seu–
lement préoccupés de ce qui ne passe et ne finit
point. Ils ne recherchèrent pas les honneurs, et
les honneurs vinrent les trouver, comme te l'ap–
prend Agathange
(4).
CHAPITRE LXXXI.
ÏÏoii la race îles Mamigoniens est-elle issue ?
Ardaschir fils deSassan étant mort, la couronne
de Perse échut à son fils Sapor (Schabouh). Sous
ce prince, arrive en Arménie l'auteur de la race
des Mamigoniens venus des contrées du nord et
de Test d'un pays noble, illustre, le premier de
toutes les contrées septentrionales, je veux dire, le
pays des Djèn
(5)
où se conserve cette tradition.
Dans l'année de lamort d'Ardaschir,un certain
Arpog Djenpagour
(6),
—
ce qui dans leur langue
(1)
Ce jeune homme s'appelait Rhesdaguès, nomque
les Occidentaux ont transcrit sous la forme Aristacès.
(2)
Le fils aîné de Grégoire et de Marie s'appelait
Verthanès.
(3)
Deux mss. donnent la variante :
de son grand sa–
cerdoce.
(4)
Cf. notre Collection, t. I, p. 183 et suiv.
(5)
Le nom et la description du pays des Djèn, don–
nés par Moïse dans ce passage et dans sa Géographie
(
Saint-Martin,
Mèm. sur l'Arm.,
t. H, p.
376-377),
donnent à penser qu'il s'agit de la Chine.
(6)
Nom composé de l'ethnique
Djèn
et de
pagour
Fonds A.R.A.M