d'abord à Pakaran et ensuite à Ardaschad ( i ) ,
Ardaschir les abat ; il contraint par un édit notre
pays à lui payer le tribut, et impose partout
[
l'autorité de] son nom.
Les termes de pierre qui avaient été plantés
sur le sol, par ordre d'Ardaschès, furent renou–
velés par Ardaschir qui leur donna son nom et
les appela « termes ardaschiriens (a). » Ardaschir !
administra,
comme
une de ses provinces propres,
notre pays qui fut soumis à des gouverneurs
perses pendant vingt-six ans. Après lui, son fils
appelé Sapor (Schabouh), nom qui signifie « fils
du roi », régna jusqu'à l'avénement de Tiridate,
durant une année.
CHAPITRE LXXV I I I .
Ardaschir extermine la race des Mantagouni.
Ardaschir avait su qu'un des satrapes armé–
niens s'était enfui avec un des fils de Chosroès, et
l'avait mis en sûreté (3). Ayant découvert qui
était ce satrape, il s'assura que c'était Ardavazt,
de la race des Mantagouni, et il ordonna d'exter–
miner toute cette famille (4). En effet, quand les
Arméniens désertèrent la cause d'Ardaschir, les
Mantagouni l'avaient également abandonnée,
conjointement avec les autres races satrapales.
Ensuite, quand Ardaschir les eut réduites a l'o–
béissance, les Mantagouni revinrent et furent
massacrés. Cependant, une des sœurs d'Ardavazt,
jeune fille d'une grande beauté, fut enlevée par
Dadjad (5), de la race d'Achotz, de la lignée de
Couchar, descendant de Haîg (6). Ce Dadjad s'en- i
fuit avec elle dans la ville de Césarée où il la re–
tint en lieu sûr et l'épousa à cause de sa rare
beauté.
CHAPITRE LXX1X .
Prouesses de Tiridate pendant les années d'anar–
chie en Arménie.
L'historien rapporte ensuite les hauts faits de
(1)
Cf. plus haut, liv. II, ch. 8, 12, 49.
(2)
Cf. plus haut, liv. II, ch. 56.
(3)
Deux inss. ajoutent : « à la porte de l'empereur. »
(4)
Cf. plus haut, liv. II, ch. 8.
(5)
Ce Dadjad, qui était devenu violemment le beau-
frère d'Ardavazt Mantagouni, fut créé, par Tiridate le
Grand, prince du canton d'Achotz. Dadjad avertit plus
tard son beau-frère, qui prévint le roi que son serviteur
Grégoire, celui qui plus tard fut surnommé l'Illumina-
teur, était fils d'Anag, assassin de son père. —Cf. pl us
bas, liv. I I , ch. 82.
(6)
Cf. plus haut, liv. II, ch. 8.
!
Tiridate (Dertad). Encore jeune homme, il aimait
à monter à cheval, ce qu'il savait très-bien; il
maniait les armes avec dextérité et apprenait
avec ardeur les autres exercices guerriers. Selon
l'oracle de la Pythie dans le Péloponnèse, Tiridate
surpassait dans les combats Cléostrate le Rho-
dien ( i ) , auquel il suffisait de saisir son ennemi
par le cou pour le vaincre ; Géras l'Argien
( 2 ) ,
qui arrachait le sabot d'un bœuf. E n effet, Tiri–
date saisit d'une seule main deux buifies par la.
corne, l'arracha et l'enleva en la tordant. Ayant
voulu conduire un char aux courses du grand
hippodrome, Tiridate fut renversé par l'adresse
de son rival et tomba à terre ; mais, saisissant le
char, il l'arrêta au grand étonnement de tous.
Lors de la guerre de Probus contre les Goths, i l
y eut une grande famine ; les soldat?, ne trouvant
plus de vivres, se mutinèrent et égorgèrent Pro–
bus. Ils fondirent en même temps sur tous les
autres princes; mais Tiridate , seul contre tous,
ne laissa entrer personne dans le palais de Lîci-
nius, près de qui il était.
Alors Carus occupa le trône avec ses fils Carin
et Numérien (3). Ayant rassemblé ses troupes,
Carus livra bataille au roi des Perses et rentra
vainqueur à Rome. Mais Ardaschir, appelant à
son aide beaucoup de peuplades, s'appuyant
aussi sur le désert de l'Arabie (Dadjgastan), atta–
qua de nouveau lès Romains des deux côtés de
l'Euphrate, et fit mourir Carus à Rinon
(4).
H en
fut de même de Carin qui marcha sur Gornag (5)
(1)
Eusèbe,
Chron. grec.,
p. 42 ; 333 : KXeoorpaToç
'
Poôioç, 5ç xpaxnXiÇwv àneXàaêocvev. — Chron. ( éd. Au-
cher ), 1.1, p. 301 ; 01. 147.
(2)
Eusèbe,
Chron. gr.,
p. 42; 330 : Kspâ; Apysio;, 8;
xi)Xàç aTCÉfTca (Joàç. — Chron. (éd. Aucher), t. I, p. 298 ;
01. 120.
(3)
Vopiscus,
Carus.
Eutrope, IX, 18 et suiv.
(4)
Cf. Vopiscus, dont le récit est très-différent. Le
texte de Moïse de Khorène est ici fort défectueux, car,
quelques lignes plus bas, il est question d'un personnage
appelé
Gornag
sur lequel nous allons revenir dans la
note suivante.
(5)
Samuel d'Ani raconte, dans sa Chronographie, que
«
Gornag, général de l'armée du grand Chosroès, père
de Tiridate, passe pour avoir vécu cent soixante ans
et avoir conservé jusqu'à sa dernière heure les yeux,
les oreilles, les cheveux, les dents et la force corpo–
relle delà jeunesse. » 11 tua l'empereur Carus avec son
fils Carin, dans un combat livré aux Perses qu'il com–
mandait. Ce récit est de pure invention. Ce qui ardonné
lieu à la légende de Gornag est une mauvaise inter–
prétation que les Arméniens ont faîte du mot
gornag
qui n'est autre chose que la transcription du grec Kop-
vaxif); ou Kapvâvoç, mot estropié par les copistes pour
xepawôç « la foudre ». L'histoire nous apprend en effet
que Carus fut tué par la foudre, lorsqu'il asseyait son
camp sur le Tigre, et que Carin mourut dans un com-
Fonds A.R.A.M