HISTOIRE
rigoureuse, qu'il ne mentionne ni ies noms des
martyrs, ni le lieu de leur supplice, nous n'avons
pas cru nécessaire de reproduire ses récits. Nous
passons' aussi sous silence ce qu'il dit d'Anton in
[
Caracalla], fils de Sévère , qui combattit contre
Vagharsch, roi des Perses, en Mésopotamie, et
mourut entre Edesse et Kharres, tandis que notre
[
roi] Chosroes ne prit parti pour aucun d'eux ( i ) .
Mais pour ce qui concerne les événements arrivés
depuis la mort de Chosroes jusqu'au règne de T i –
ridate, dans les temps d'anarchie, nous les tenons
pour certains et nous les reproduisons en abrégé.
Ce qui a trait au règne de Tiridate et aux temps
postérieurs n'est erroné ni par négligence ni par
ignorance, aucune faute volontaire ne s'y re–
marque; tout se trouve raconté d'après les do–
cuments tirés des archives des Grecs. Pour tout le
reste, nous te le raconterons fidèlement d'après
les relations d'hommes savants, instruits des
choses du passé, philologues et véridiques.
CHAPITRE L X X V I .
Invasion d
1
Ardaschir dans notre [pays]. Sa vic–
toire sur Vempereur Tacite.
L e même historien dit que, après le meurtre
de Chosroes, les satrapes arméniens, d'un con–
sentement unanime, amenèrent dans leur intérêt
commun les troupes grecques qui étaient en
Phrygie, pour résister aux Perses et garder le
pays, et ils en informèrent sans retard l'empe–
reur Valérien. Cependant, comme quelques
troupes, en franchissant le Danube (Tanoup), en–
levèrent beaucoup de prisonniers dans plusieurs
cantons et saccagèrent les îles Cyclades, Valérien
n'arriva pas à temps pour défendre notre pays ( 2 ) .
I l vécut trop peu de temps, et l'empire passa aux
mains de Claude, puis à celles d'Aurélien, car
ces princes se succédèrent promptement. Pendant
quelques mois, les frères Quintus
(3),
Tacite et
Florien occupèrent l'empire (4). C'est pourquoi
Ardaschir envahit tout à son aise notre pays, met
en fuite l'armée grecque, et fait prisonniers ou
(1)
Cf. Dion Cassius,
Excerpt., apud Xiphil.
,
lib.
LXXIX. —Eutrope,
Epitom.,\iv.
VIII, ch. 20.
Spar-
tien ,
Caracalla
,
VI . — Sextus Rufus,
Breviarium,
XXI.
(2)
Cf. Zosime,
Hist. rom.,
liv. I . — Trébellius Pol-
latn,
Valérien.
Eutrope, IX, 7.
(3)
Quintille était frère de Claude et non pas de Ta–
cite et de Florien. (Eutrope, IX, 12.)
(4)
Cf. Zosime,
op.
cit., liv. I. —Trébellius Pollion,
Claude.
FI. Vopiscus,
Aurêlicn, Tacite, Florien. —
Eutrope, IX, 11-16.
>'ARMÉNIE.
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anéantit une grande partie [des habitants] de l'Ar–
ménie. Obligés de s'enfuir, les satrapes d'Ar–
ménie, avec la race des Arsacides(Arschagouni),
se réfugient en Grèce. Un de ces derniers était
Ardavazt Mantagouni, qui, ayant enlevé Tiridate,
fils de Chosroes, le conduisit à la porte de l'em–
pereur. En conséquence, Tacite se vit dans l'o–
bligation de marcher contre Ardaschir dans les
contrées du Pont, et envoya son frère Florien
avec une autre armée (1) dans la Cilicie. Ardas–
chir rejoignit Tacite et le mit en fuite. L'empe–
reur fut tué parles siens à Djanik, dans le Pont,
qui est la Chaldie
( 2 ) .
Son frère Florien périt de
la même manière, quatre-vingt-huit jours après,
à Tarse
(3).
CHAPITRE L X X V H .
Paix entre les Perses et les Grecs. — Ardaschir,
pendant les années d?anarchie, couvre de mo–
numents l'Arménie.
Probus qui régnait sur les Grecs (4), ayant
conclu la paix avec Ardaschir, div isa notre pays,
et en fixa les limites en faisant creuser des fos–
sés. Ardaschir soumet la caste satrapale, rappelle
les émigrés, réduit ceux qui s'étaient fortifiés, à
l'exception d'un satrape nommé Oda, de la mai–
son des Amadouni, gendre de celle des Selgouni
et père adoptif de Khosrovitoukhd, fille de Chos–
roes. Oda se tient caché sur le rocher d'Ani, comme
dans une tanière.
Ardaschir, organisant notre pays d'une ma–
nière admirable, le replace au premier rang. Les
Arsacides, qui avaient perdu la couronne et leurs
domaines de l'Ararat, sont rétablis dans leurs pos–
sessions , avec leurs revenus et leurs apanages,
comme auparavant. Ardaschir donne de plus
larges attributions aux fonctions des temples, et
ordonne que le feu d'Ormizd brûle continuelle–
ment sur l'autel de Pakaran. Quant aux statues
élevées par Valarsace (Vagharschag) en l'honneur
de ses ancêtres, et à celles du Soleil et de la Lune
érigées à Armavir, qui avaient été transportées
(1)
Deux rnss. disent : « avec une grande armée. »
(2)
Djanik
est une localité du Pont oriental, men–
tionnée par Procope
(
Bell. Pers.,},
15,
II, 29. —
Bell.
Goth.,
IV, 1 ) et d'autres auteurs qui écrivent ce nain
TÇàvot, TÇawix^ . lâvvoi et Saùvot ( Strabon ,
Géogr.,
liv. XII, ch. 3, § 18 ). — Cf. sur la Chaldie, notre Col–
lection, t. I, p. 44, noie 1, col. 1.
• (3)
Zosime, liv. I. — Vopiscus,
Probus. —
Eutrope
IX, 17.
(4)
Cf. Zosime, liv. I . — Vopiscus,
Tacite, Florien.
—•
Eutrope, IX, 1G.
Fonds A.R.A.M