après la destruction de la race de Garèn Pahlav,
dont Chosroès roi d'Arménie poursuivit ardem–
ment la vengeance. Quoique Philippe fût mort et
que l'empire romain fût agité par des révolu–
tions, quoique les empereurs Décius, Gallus et
Valérien s'arrachassent l'un à l'antre une puis–
sance éphémère, et qu'ils ne vinssent point àu
secours de Chosroès, ce prince, avec ses troupes,
ses fidèles partisans et les nations du nord,
triompha d'Ardaschir et le poursuivit jusque dans
l'Inde.
CHAPITRE LXXIV.
Arrivée
cVAnag
et conception de saint Grégoire.
Mis en fuite par Chosroès, Ardaschir, pour–
suivi jusquedans l'Inde, fait degrandes promesses
à ses satrapes si l'un d'eux le délivre de Chos -
roès, soit par le poison, soit secrètement par le
poignard. U offrait [en récompense] de grands
présents : « C'est surtout à vous, ô Parthes ! dit-
il, qu'il pourrait être facile, sous le prétexte de
l'amitié, de surprendre facilement Chosroès. » 11
les engage à le tromper en se prévalant du titre
de parents et promet de leur rendre l'ancien pa–
trimoine de leur maison de Pahlav, la cité royale
de Pahl, et tout le pays des Kouschans. Il leur
promettait encore le titre et l'éclat de la royauté,
même
la moitié du pays des Arik, avec le titre de
second sous son autorité. Anag, de la race de
Sourcn Pahlav, s'engage à tuer Chosroès. Sous
le prétexte d'émigrer, il s'enfuit d'auprès d'Ar-
!
daschès, et les Perses font le simulacre de le pour–
suivre et de le rejeter en fugitif en Assyrie, en
l'entraînant sur les frontières de l'Adherbadagan,
chez les Gortouk. A cette nouvelle, Chosroès le
Grand, qui était alors dans la province d'Oudi,
supposant que cette émigration était comme celle
des Garéniens, envoie un détachement au secours
d'Anag. L'ayant rencontré, on le conduisit, par
ordre du roi, dans le canton d'Ardaz, dans une
plaine où furent découverts [dans la suite] les
restes du saint et grand apôtre Thaddée.
Je vais relater ici une narration de l'admirable
vieillard (i) qui disait : « Je tiens des anciens la
coutume de recueillir de père en fils le souvenir
des traditions, —comme celles d'Olympiodore,
au sujet de Daron et de la montagne appelée
Sim. — Or, il advint qu'Anag, s'arrêtant dans
(1)
On ignore quel est le vieillard auquel Moïse fait
allusion dans ce passage. Quelques critiques supposent
qu'il est question de Sahag le Parthe, descendant de
la plaine d'Ardaz,fixesa résidence près du tom–
beau du saint apôtre, placé à l'endroit le plus
retiré de la tente»
Là,
dit-on, la mère du saint et
grand illuminateur le conçut. C'est pourquoi,
ayant obtenu aussi la grâce du saint apôtre [Thad–
dée], celui qui reçut la vie près de son tombeau
acheva son œuvre de spirituelle culture. »
Deux ans après son arrivée en Arménie, la troi–
sième année, Anag tue Chosroès qui avait régné
quarante-huit ans. Anag meurt avec tous les
siens ; mais la Providence divine ne conserve que
celui qui, par la volonté de Dieu et les grâces de
l'apôtre, est formé, disons-nous, ou plutôt est
illuminé dans le seinde sa mère, et reçoit ainsi les
grâces de son apostolat. Quant aux antres évé-
i ements, Agathange te les fait connaître (i).
CHAPITRE
LXXV.
De Firmilien, évéque de Cesarec en Cappadoce
T
et des histoires [qu'il a composées],
Firmilien (Fermélianos), évéque de Césarée en
Cappadoce, d'un amour admirable pour l'étude,
alla, dans sa jeunesse, prendre les leçons d'Ori—
gène. Il composa plusieurs discours (a) : l'un est
l'Histoire des persécutions dirigées contre l'Église,
sous Maximien [Hercule] et [Trajan] Dèce, et qui
se continuèrent encore sous Dioclétien. 11 raconta
aussi les actes des rois. Dans cette histoire, il dit
que le seizième évéque, qui occupait alors le
siège d'Alexandrie, Pierre, souffrit le martyre la
neuvième année de la persécution (3). I l parle
également de plusieurs martyrs envoyés au sup–
plice, dans notre pays, par Chosroès, et d'autres
encore immolés par d'autresprinces ; mais, connue
il ne raconte pas les choses avec une exactitude
saint Grégoire rilluminateur, et qui fut, avec Mesrob,
le maître de notre auteur.
(1)
Cf. notre Collection, t. I , p. 117, ou Agathange-
retrace brièvement les faits relatifs à l'arrivée d'Anag
en Arménie, à l'assassinat de Chosroès et à la destruc–
tion de toute la famille du meurtrier, dont un seut
membre, saint Grégoire rilluminateur, fut sauvé du
massacre. Les faits relatifs à l'émigration d'Anag et à
l'assassinat de Chosroès ont été également racontés par
Wakhtang dans les
Annales de la Géorgie
(
éd. Bros-
set, t. I, p. ,80 et suiv. ), avec des détails plus circons–
tanciés. Nous y renvoyons le lecteur.
•(2)
Eusèbe, saint Basile et Zénob de Glag parlent de
cet écrivain célèbre qui avait composé en effet plusieurs
ouvrages, dont il ne reste plus qu'une lettre à saint Cy-
prien et les fragments que nous a transmis Moïse. —
Cf. notre Collection, 1.1, p. 394 et suiv., § 16.
(3)
Ce prélat eut la tète tranchée par le glaive. (Eu–
sèbe,
Hist.
ecci.yhv. VII, ch. 32, liv. VIII, ch. 13, liv.
IX, ch. 6.)
Fonds A.R.A.M