HISTOIRE
péter ici les contes relatifs au songe du désir, à la
colonne de feu qui sortait de Sassan et entourait
le troupeau, à la clarté de la lune, à ces prédic–
tions des interprètes des songes qui sont des as–
trologues , et ainsi de suite. Nous tairons le pro–
jet luxurieux d'Ardaschir suivi de meurtre, et
cette passion insensée de la fille d'un mage pour
un bouc, et tout le reste. Nous laisserons encore
de côté la chèvre allaitant le nouveau-né à l'ombre
des ailes d'un aigle, le présage du corbeau, la
garde du lion merveilleux et le service du loup,
l'acharnement de la lutte, et tout ce qui respire
l'allégorie. Nous ne raconterons que ce qui est
certain et tout ce qui est de l'histoire véritable.
CHAPITRE LXXI .
Première invasion de Chosroès en Assyric
y
en vue
de secourir Ardavan.
Après la mort d'Ardavan, Ardaschir, fils de Sas–
san, s'étant emparé du trône (i), deux branches
des Pahlav, appelées Aspahabed etSourèn Pahlav,
jalouses delà branche régnante, sortie de leur
race et à laquelle appartenait Ardasches, consen–
tirent, d'un commun accord, à voir régner Ar–
daschir, fils de Sassan. Cependant la maison de
Garèn Pahlav, gardant la fidélité à leur frère et
parent, s'opposèrent à main armée à Ardaschir
fils de Sassan. Aussitôt que Chosroès roi d'Arménie
eut été informé de ces troubles, i l se porta au se–
cours d'Ardavan, pour le sauver s'il était possible.
A peine fut-il entré en Assyrie qu'il apprit la
triste nouvelle de la mort d'Ardavan, l'alliance
de toutes les troupes des Perses et des satrapes,
et même de sa race, celle des Parthes et des \
Pahlav, excepté la branche de Garèn, qui s'étaient
tous ligues contre lui. Après leur avoir envoyé
des députés, i l retourne dans notre pays, le cœur
rempli de tristesse et d'indignation. I l donne aus–
sitôt avis de ces événements à Philippe, empe–
reur des Romains, en sollicitant son assistance.
CHAPITRE LXXII.
Chosroès, secourupar Philippe^ tombe sur Ardas–
chir et lui livre bataille.
L'empire de Philippe étant agité par de grands
troubles, ce prince ne put envoyer au secours de
Chosroès les légions romaines, mais i l l'aida par
ses édits, en ordonnant à toutes les provinces de
(1)
Cf. Malcolm,
Bht. de Perse
(
trad. franc.), t. I ,
ch.
6,
p.
128
et suiv.
D'ARMENIE.
I i 7
venir lui prêter assistance. L'édit une fois connu,
on arrive au secours de Chosroès du fond de l'E–
gypte et des déserts jusqu'aux rivages du Pont.
Chosroès, suivi de cette multitude, se porte au-
devant d'Ardaschir, lui livre bataille, met en fuite
son armée et lui enlève l'Assyrie et les autres
parties de ses États ( i ) .
Chosroès convie alors de nouveau tous ses pa–
rents de race Parthe et Pahlav, et toutes les trou–
pes du pays des Kouschans, pour qu'ils accourent
tirer vengeance d'Ardaschir, promettant de faire
roi le plus digne d'entre eux, pour éviter que
le trône ne leur échappât. Mais les branches As–
pahabed et Sourèn refusent [de se rendre à son
appel] et Chosroès retourne dans notre pays,
moins satisfait de sa victoire, qu'affligé de l'a–
bandon de ses alliés. Alors quelques-uns des en–
voyés de Chosroès vinrent le rejoindre ; ils étaient
allés chez une race plus illustre, résidant dans le
centre du pays, à Pahl même, et qui lui donnè–
rent cette nouvelle : « Ton parent Vehsadjan
Pahlav, avec sa branche de Garèn Pahlav, n'a pas
obéi à Ardaschir5 i l répond à ton appel et vient
à toi. »
CHAPITRE LXXI I I .
Chosroès marche contre Ardaschir, sans le secou
des Romains.
Chosroès fut ravi d'apprendre l'arrivée de ses
parents,mais sa joie fut de courte durée, car tout
à coup i l apprend la fâcheuse nouvelle qu'Ardas–
chir lui-même, à la tête de ses troupes ralliées,
s
;
est mis en marche et a taillé en pièces toute la
race des Garèn Pahlav, exterminant tous les en–
fants mâles, depuis les jeunes gens jusqu'aux en–
fants à la mamelle, à l'exception d'un seul qui
fut sauvé par un ami fidèle de sa maison, nomme
Pourz, lequel s'enfuit dans le pays des Kouschans
et confia l'enfant à ses parents. Ardaschirfittous
ses efforts pour s'emparer de l'enfant, mais i l ne
put l'obtenir de ses parents confédérés, et jura,
malgré lui, de ne lui faire aucun mal. C'est pour–
quoi les Perses ont composé mille fables sur cet
enfant qui, disent-ils, était gardé par des ani–
maux (a). Cet enfant est Bérozamad , ancêtre de
l'illustre race des Gamsaragan, dont nous parle–
rons en son lieu.
Nous allons raconter maintenant ce qui arriva
(1)
Deux mss. donnent la variante :
et les autres villes
qui étaient des résidences royales.
(2)
Ceci estune allusion à ce que Moïse a dit plus haut
touchant les légendes des Perses, ch. 70.
1
Fonds A.R.A.M