HISTOIRE D'ARMÉNIE.
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en Arménie. Ensuite Tra]an passe en Perse, fait
exécuter ses volontés et retourne par la Syrie.
Majan se porte au-devant de Trajan pour tra–
hir ses propres frères : « Sache, dit-il, ô roi ! que
si tu ne chasses pas Ardavazt et Diran, si tu ne
confies pas l'armée arménienne à Zarèh, les tributs
ne rentreront pas facilement [dans ton trésor] ».
Majan agissait ainsi pour se venger deSempad, qui
les avait élevés à la puissance. 11 méditait aussi la
perte de Diran, afin de devenir grand-prétre et
commandant de l'armée d'occident. Trajan, mé–
prisant cette dénonciation, renvoie Majan tout
confus. Ardavazt et Diran, ayant eu connaissance
de cette machination, lui tendirent des embû–
ches dans une partie de chasse, le tuèrent et allè–
rent l'enterrer dans le bourg des idoles (Pakaran),
comme grand-prêtre. Après ce temps-là, Ardas–
chès acquitta ponctuellement jusqu'à sa mort le
tribut à Trajan, et ensuite à l'empereur Adrien.
CHAPITRE LVI .
Comment Ardaschès accrut la population de notre
,
pays et en fixa les limites.
Après tant de hauts faits, tant de sages institu–
tions, Ardaschès fit tracer les limites des bourgs
et des champs. I l augmenta la population de notre
pays en y amenant beaucoup d'étrangers, qu'il
établit dans les montagnes, dans les vallées et dans
les plaines. I l fit fabriquer ainsi les marques des
limites : il commanda de faire des cubes de pierre,
d'y creuser un trou rond dans le milieu et de les
enfouir dans le sol. Puis il fit placer sur ces
pierres des bornes à quatre faces, dépassant un
peu le niveau de la terre. Ardaschir, fils de Sas-
san (i), jaloux de toutes ces [innovations], or–
donne de faire la même chose en Perse, sous son
nom, afin que l'on ne se souvienne plus de celui
d'Ardaschès ( 2 ) .
On dit qu'au temps d'Ardaschès on ne trouvait
dans toute l'Arménie aucun terrain inculte, ni
dans
\
es
montagnes, ni dans les plaines, tant était
grande la prospérité du pays.
(1)
Ardaschir, fondateur de la dynastie sassanidc, ré–
gna de l'an 223 à l'an 238 de notre ère.
(2)
Pour mettre d'accord ce récit avec celui qui est
contenu dans le ch. 7 7 , où il est dit qu'Ardaschir fit
remplacer les bornes dressées par Ardaschès en Armé–
nie et qui portaient son nom, il faut admettre qu'Ardas–
chir avait fait renouveler le bornage dans les deux états,
espérant que cette invention lui serait attribuée et que
les bornes qu'il avait fait placer feraient oublier celles
dressées en premier lieu par Ardaschès.
CHAPITRE LVI I .
De la satrapie des Amadouni»
Sous Ardaschès, la race des Amadouni arriva,
dit-on, du pays des Arik orientaux. Ils sont d'o–
rigine juive et sont issus d'un certain Manoué.
Le fils de ce dernier était d'une taille gigantesque
et athlétique, et s'appelait Samson, parce qu'il est
d'usage chez les Juifs d'imposer les noms de leurs
aïeux aux enfants qui donnent des espérances.
A présent encore on remarque la même chose
chez les hommes de la race des Amadouni. qui
sont robustes, bien faits, vigoureux et gracieux
en toutes choses. Ceux-ci furent amenés par Arsace,
premier roi parthe, et s'étaient élevés de grade
en grade aux dignités dans le pays des Arik, aux
contrées d'Ahmadan (1). Quelle fut la cause de
leur migration dans notre [pays] ; je l'ignore !
Honorés et gratifiés par Ardaschès de villages et
de domaines, ils sont appelés Amadouni, comme
étant étrangers; cependant certains Perses les
nomment encore Manouan, du nom de leur an-
.
cêtre.
CHAPITRE LV I H .
De la maison des Arouèghian. — D'où cette
race est issue.
Sous Ardaschès, les Arouèghian, de la nation
des Alains, alliés de Satinig et venus avec elle,
furent élevés au rang de satrapie en Arménie,
comme parents de la grande reine. Au temps de
Chosroès, père de Tiridate, ils s'allièrent avec une
branche illustre des Pasils, qui s'était fixée en
Arménie.
CHAPITRE L I X .
Connaissance des arts, introduite sous Ardaschès.
Comme beaucoup de faits ont été accomplis
sous Ardaschès, nous les avons partagés en plu–
sieurs chapitres, de peur qu'une longue narra–
tion ne fatiguât les lecteurs. Ce dernier chapitre
est consacré au récit de tous les autres faits ar–
rivés du temps d'Ardaschès ; car quoique, d'après
tout ce que nous avons rappelé dans les précé-
(1)
On croit généralement que Hamadàn fut élevée sur
les ruines de l'ancienne Ecbatane, en Médie. —» Cf. la
description très-détaillée de cette ville célèbre dans le
Dictionnaire géographique de la Perse,
extrait du
Modjem el-Bouldan
de Yakout, traduit et publié par
M. Barbier de Meynard, p. 597 et suiv.
Fonds A.R.A.M