MOÏSE DE KHORENE.
dents chapitres, des institutions, des sages con–
tâmes qui avaient été établies par Vagharschag et
les premiers autres rois, ces souverains n'avaient
aucune idée des beaux-arts et des sciences. Oc–
cupes, à des courses et à des incursions, ils négli–
geaient ces sciences ou ils les ignoraient ; j'entends
parler de la succession des semaines, des mois et
des années, choses qu'ils ignoraient, bien qu'elles
fussent en usage chez les autres peuples. 11 n'y
avait ni navigation sur les lacs de notre pays, ni
traversées sur lesfleuves[au moyen de ponts (x)]
t
ni instruments de pêche. L'agriculture même
n'était pas pratiquée en tous lieux, maïs sur quel–
ques points seulement. Comme c'est la coutume
des habitants des contrées duNord, certaines gens
se nourrissaient de chairs crues et d'autres ali–
ments analogues. Tout cela fut réglé à l'époque
d'Ardaschès.
CHAPITRE LX.
Mort (VArdaschès.
Ce que raconte Ariston de Pella
( 2 )
touchant
la mort d'Ardaschès est vraiment digne d'intérêt.
En ce temps-là les Juifs se révoltèrent contre
Adrien, empereur des Romains, firent la
guerre contre l'éparque Rufus, sous la conduite
d'un certain brigand appelé
Barcocébas
(
Par-
koba), c'est-à-dire Fils de l'Étoile. Malfaiteur,
assassin, cet homme se vantait de son nom
avec orgueil, comme s'il eût été pour les Juifs
un sauveur descendu des cieux, afin de dé–
livrer les opprimés et les captifs.
11
poussait si
activement la guerre que, à cette vue, les Sy- |
riens, les habitants de la Mésopotamie et toute
la Perse, s'affranchirent du tribut des Romains,
car Barcocébas avait appris qu'Adrien était
atteint de la lèpre. Cependant notre Ardaschès
resta fidèle à l'empereur.
Sur ces entrefaites, Adrien arriva en Pales–
tine et défit les révoltés, en les assiégeant dans
une .petite ville
(3)
près de Jérusalem. En con–
séquence, i l ordonna à tous les Juifs de s'éloi–
gner de leur pays, de telle sorte qu'ils n'aperce-
(1)
L'interpolation qui est entre [ ] n'existe que dans
certains mss.
(2)
Cf. notre Collection,
1.1,
p.
391,
§ 14.
Nous
avons donné une courte notice sur Ariston de Pella,
dans les extraits de Moïse de Khorène, publiés
à
la fin
de ce volume, et le texte grec d'un fragment de
VHist.
ecclésiastique
d'Eusèbe qui a trait à la révolte de Barco–
cébas.
(3)
Bilhthera , pîôÔYipa.
Cf. Eusèbe,
Hist. eccl.,
IV,
6.
vront pas même de loin Jérusalem. Adrien
rebâtit cette ville, détruite par Vespasien et par
lui-même, et il la nomma iElia (Eghia) de son
propre nom, car on appelait Adrien le Soleil
(
Arékagn)
(1).
I l y établit des païens et des chré–
tiens , dont l'évêque était un certain Marc, Dans
le même temps, [Adrien] envoya de grandes
forces
en Assyrie, et ordonna à notre Ardaschès
d'aller en Perse avec les nobles de sa garde
( 2 ) .
Celui qui nous a transmis cette histoire était at–
taché à sa personne en qualité de secrétaire (3).
I l rencontra Ardaschès en Médie, dans- un en–
droit appelé Sohount. H est dit qu'Ardaschès
tomba malade à Marant, dans le bourg de Pa-
gouraguerd. Là se trouvait un certain Apégho,
chef de la maison des Apéghian, homme
actif,
astucieux et adulateur. Ardaschès, sur sa de–
mande, l'envoie à Ériza, canton d'Égéghiatz
(4),
an temple d'Artémis pour demander à la déesse
la guérison et une longue vie. L'envoyé n'était
pas encore de retour, qu'Ardaschès était mort.
L'historien raconte en détail le nombre de per–
sonnes qui périrent à la mort d'Ardaschès, ses
femmes bien années, ses concubines et ses es–
claves dévoués , quelles pompes magnifiques on
déploya pour rendre honneur à ses dépouilles
mortelles, selon la coutume des villes, et non à
la manière des barbares. La civière était d'or, le
trône et le lit d'étoffe fine, le manteau qui enve–
loppait le corps, de drap d'or. Une couronne
était posée sur la tête d'Ardaschès; son épée d'or
était devant lui. Autour du trône se tenaient ses
fils et toute la foule des parents et des proches.
Près d'eux étaient les généraux, les chefs des sa–
trapies, les classes des nobles, les corps
1
de trou–
pes armées de toutes* pièces, comme si elles
allaient marcher au combat* En avant, les trom–
pettes d'airain retentissantes ; derrière le cortège,
des jeunesfillesvêtues de noir, des femmes éplo-
rées, et enfin la foule du peuple. Ce fut ainsi
qu'Ardaschès ait porté et enseveli. Autour de son
tombeau eurent lien bien des morts volontaires,
comme nous l'avons dit plus haut. Ainsi finit oe
prince chéri de tout notre pays, après un règne
de quarante et un ans.
• (1
Le nom d'Hadrien était
JElius,
AUioç, que Moïse
a confondu avec "HXco;, « soleil ». — Cf. Eusèbe,
Hist.
eccl.,
IV,
6,
et les notes de Valois.
(2)
Le mot
Zioukosdad,
qui ne se rencontre que dans
Moïse de Khorène, n'a pas de signification bien précise.
(3)
Ariston de. Pella était secrétaire de Marc, évoque
de Jérusalem.
(4)
Cf. notre Collection, t. I , p.
125-126.
Fonds A.R.A.M