108
MOÏSE DE KHORÈNE.
captifs. Sempad, déjà vieux, s'était marié en As–
syrie, dans ces contrées, et, comme i l aimait beau*
coup sa femme, il se fixa dans son pays.
Cependant Ardavazt, après le départ de Sem–
pad , obtint de son père, comme i l le désirait, le
commandement de toute l'armée. Mais bientôt
éclate contre Ardavazt la jalousie de ses frères, à
l'instigation de leurs femmes. Alors Ardaschès
choisit pour ministre Vroïr, homme prudent et
poète, lui confie l'administration de toutes les
affaires de la cour, et institue Majan, grand-prêtre
du Dieu Aramazd à Ani. I l partage ses troupes en
quatre
corps
,
laisse l'armée d'orient à Arda–
vazt , confie celle d'occident à Diran, celle du
sud à Sempad et celle du nord à Zarèh. Zarèh était
un homme orgueilleux, habile à chasser les bêtes
fauves, mais inhabile et lâche dans les combats.
Khartzam, r.oi des Ibères ( i ) , ayant appris les
choses de bonne source, soulève le pays, charge
Zarèh de chaînes et lejette en prison sur le Cau–
case. Ardaschès et Diran avec Sempad fondent sur
Khartzam, et délivrent leur frère de ses lourdes
chaînes et de sa prison.
CHAPITRE *LIV.
Guerre contre Varmée de Donatien dans la Pasène.
Des complications étantsurvenues en Occident,
Ardaschès se fie à ces bruits, se révolte, résiste
n'avons pas d'autres renseignements que cette simple
mention de Moïse de Klicrêne.
(1) 11
est question de cette guerre que les Ibères
firent aux Arméniens, dans
YHist. de la Géorgie
(
Ed.
Brosset, 1.1, p. 69-70, et notes); seulement le nom du
roi Khartzam que donne Moïse de Khorène ne peut pas
s'appliquer à celui de Kurlham , premier roi d'Armaz»
qui était mort depuis longtemps. La guerre dont il est
question ici eut lieu sous les règnes d'Azorc et d'Armazel,
et il est fort difficile d'admettre une ressemblance quel–
conque entre les noms d'Armazel et de Khartzam. Tou–
tefois le récit de Wakhtang
(
ëorg.,
1.1,
p. 70)
ne permet pas de douter que les événements dont il parle
ne soient bien les mêmes que ceux dont il est ques–
tion dans l'Histoire de Moïse. Quelques années après,
ITbérie ayant réparé les désastres causés par les
Arméniens, les Ibères s'unirent aux Osses pour marcher
contre l'Arménie. Les troupes arméniennes et les deux
fils du roi, avec Soumbat (Sempad), combattaient alors
contre les Perses. Les Ibères ayant multiplié leurs
attaques, le roi Artachan (Ardaschès) confia à son fils
Zarèn (Zarèh) une armée pour combattre les Ibères.
On en vint aux mains dans le Djawakheth, et Zarèn fut
vaincu et fait prisonnier. On l'enferma dans le fort de
Darial ; mais il fut rendu en échange d'une portion de
territoire qui leur avait été enlevée. L'historien géorgien
parle ensuite d'une campagne qui eut lieu trois ans après
celle-ci et qui fut suivie d'une paix entre les deux pays.
(
Brosset,
Hist. de la Géorg.
t
t. I, p. 70-71.)
aux
}\
omainê et refuse
d'acquitter le
tribut?
L'empereur (César) Domitien, indigné, envoie une
armée contre Ardaschès. Arrivées près de Césarée,
les [troupes romaines] attaquent impétueusement
Diran et les troupes de l'occident jusqu'à l'im–
mense vallée de Pasène. Ardavazt. accouru avec
ses troupes d'orient et du nord, avec tous les fils
du roi, combat vaillamment, et court les plus
grands dangers. Vers la fin du combat, Sempad
le rejoint avec les troupes du sud, et, faisant une
diversion, i l dégage les fils dn r o i , et remporte
une victoire complète qui met fin au combat.
Sempad, quoique avancé en âge, dirige et orga–
nise la guerre avec toute la vigueur d'un jeune
homme, et, par unepoursuite acharnée, il repousse
les troupes romaines jusqne sur les terres de Cé–
sarée.
Les chantres de ces événements, en les tradui–
sant sous une forme légendaire, disent qu'un cer–
tain Domed, c'est-à-dire l'empereur Domitien,
s'était rendu à cette expédition. Mais i l n'y était
pas personnellement; seulement ses ordres, ses
troupes, sont groupés ici sous son nom ( i ) . La for–
tune semble favoriser Ardaschès; car sur ces en–
trefaites Domitien meurt à Rome, et Nerva, qui
lui succède, ne règne pas plus d'un an. Encou–
ragées de plus en plus par ces événements, les
troupes des Arméniens et des Perses firent des
incursions jusqu'en Grèce. A leur exemple, lès
Egyptiens et les peuples des contrées de la Pales–
tine refusent, eux aussi, d'acquitter le tribut aux
Romains.
CHAPITRE LV.
Trojan; sesfaits et gestes. — Majanmeurt de la
main de ses frères.
Vers ce temps-là, Trajan devint empereur des
Romains, et, ayant pacifié tout l'Occident, i l Tint
fondre sur l'Egypte et sur les habitants de la Pa–
lestine. Les ayant soumis [à son autorité], i l
marche en Orient contre les Perses. Cependant
Ardaschès se hâte d'accourir au-devant de Tra–
jan avec de riches présents, et, prenant sur lui [la
responsabilité de] la faute commise, i l se présente,
avec tous les tributs des années précédentes, à
l'empereur qui lui pardonne et le laisse retourner
( 1)
Il y a dans tout ce récit de Moïse une grande con–
fusion, et il n'est pas admissible qu'il soit ici question •
de l'empereur Domitien que l'historien arménien aura
confondu avec Cnéius
Domit'ms
Corbulon, qui, à ce
que raconte Tacite
(
Annal.
,
XIII,
411,
incendia Ardas-
chad et remporta de grands triomphes en Arménie, sous
le règne de Néron.
Fonds A.R.A.M