HISTOIRE
de Mouratzan, d'incendier le palais d'Arkam,
d'enlever Mantou sa concubine, femme remar–
quable par sa beauté et son port majestueux, et
de la conduire dans la couche d'Ardaschès. Deux
ans après, Ardaschès se rapprocha de nouveau
d'Arkam, et ordonna de lui rendre ses biens, à
l'exception de sa concubine.
Cependant Ardavazt, non content d'avoir dé –
pouillé la race d'Arkam du second rang, s'empare
aussi de Nakhdjavan et de tous les villages au
nord de l'Araxe, et y construit, comme dans ses
propres domaines, des palais et des forteresses. Le
fils d'Arkam, irrité de cette usurpation, résiste à
Ardavazt les armes à la main; mais le fils du roi
le vainquit, et extermina toute la famille d'Ar–
kam avec leur pè r e , ainsi que tous les princi–
paux de la race de Mouratzan. I l s'empara en–
suite des villages et de toutes leurs possessions. I l
n'y eut que quelques individus inconnus de cette
famille qui échappèrent au massacre et se réfu–
gièrent à la Porte Royale. Cet Arkam est celui
que la fable nomme Arkavan, et voilà la cause de
la guerre qu'il soutint avec Ardavazt.
CHAPITRE L I I .
De Sempad. — Ce qu'il fit dans le pays des
Alains. — ha ville d'Ardaz est peuplée de
colons.
I l m'est doux de parler encore du brave Sem–
pad, car vraiment la fable n'est pas trop éloignée
de la vérité» Sa taille n'était surpassée que par sa
valeur et par sa vertu ( i). Sa beauté était rehaus–
sée par de beaux cheveux blonds, et i l avait dans
les yeux une légère tache de sang, comme la
paille
( 2 )
qui se voit sur l'or ou au milieu d'une
perle. Très-léger de sa personne et agile de corps,
il était prudent en toutes choses; aussi i l était
plus heureux dans les batailles que les autres
guerriers. Après tant de hauts faits, il va , par
ordre d'Ardaschès, avec une armée, porter se–
cours au frère de Satinig, dans le pays des
Alains; car, à la mort du père de Satinig,
un usurpateur s'était établi en maître dans
le pays et avait chassé le frère de la [reine
d'Arménie]. Sempad renverse le tyran, r e –
place sur le trône le frère de Satinig, ruine les
(1)
Ce passage est assez obscur, et parait avoir été
corrompu par les copistes.
(2)
Le mot
tragoudikon
qui est grec et qui signifie
«
dragon » a le sens de « paille ou défaut ». On dit vul–
gairement en français : « Il a un dragon dans l'œil, »
en parlant de quelqu'un qui a une tache ou un défaut
dans l'œil.
D'ARMÉNIE.
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terres de ses ennemis et les emmène tous prison–
niers à Ardaschad. Ardaschès fit transférer en–
suite les captifs dans la partie sud-est du Massis,
appelé le canton de Schavàrschagan (i),tout en
conservant le nom primitif d'Ardaz, parce que le
pays d'où étaient venus les prisonniers s'appelle
Ardaz encore à présent. '
CHAP ITRE L U I .
Ruine des Caspiens (Gasp). — Les fils dArdas–
chès se brouillent d'abord avec Sempad
,
puis
les uns avec les autres.
Après la mort du dernier Arschag, roi des Per–
ses, notre Ardaschès place sur le trône de Perse
son homonyme Ardaschès, fils d'Arschag. Cepen–
dant le nouveau roi ne put se faire accepter, ni
des habitants de lamontagne, appelée dans leur
langue le canton de Badijahar, c'est-à-dire la
montagne des laines (Keghmantz), ni de ceux du
littoral, ni de ceux des pays éloignés; même, à
cette occasion, le pays des Caspiens
( 2 )
se révolta
contre notre roi. C'est pourquoi Ardaschès envoie
contre eux Sempad, à la tête de toutes les troupes
arméniennes; le roi lui-même les accompagne
durant sept jours. Sempad s'avance et fait ren–
trer dans le devoir tous les révoltés; il ravage le
pays des Caspiens, il ramène en Arménie encore
plus de captifs qu'il n'en avait tire d'Ardaz. Au
nombre de ces captifs se trouve leur roi, nommé
Zartmanos. E n récompense de tous ses services;
Ardaschès donne à Sempad un apanage de la
couronne, situé dans les villages de Koghtèn,
ainsi que les sources du chameau ( Oughd ou
Aghounk) (3), et lui abandonne en outre tout le
butin. Cependant Ardavazt, jaloux de Sempad,
voulait le faire mourir; mais, le projet découvert,
son père en fut fort indigné.
Sempad s'en alla en Assyrie et quitta volontai–
rement le commandement des troupes armé–
niennes que lui enviait Ardavazt. I l s'établit par
l'ordre d'Ardaschès à Dmorik, appelé aujourd'hui
Gortik
(4),
et colonise à Algui
(5)
la masse des
(1)
Cf. Indjidji,
Arm. anc,
p. 201.
(2)
Cf. Indjidji,
Arm. anc,
p. 319. — Faustus de
Byzance, liv. V, ch. 14, dans le 1.1, de notre Collection,
p. 288.
(3)
Indjidji,
Arm. anc.,
p. 214.
(4)
Dans la province de Gordjaïk ou des Kurdes (Saint-
1
Martin,
Mèm.,
t. I, p. 176 ) était compris le canton de
Gortik, la
Cortœa
de Ptolémée, où s'élevait la forteresse
de Dmoris ( Indjidji,
Arm. anc.,
p. 146 ).
Cf. Faustus
de Byzance, liv. V, ch. 10, p. 288 du t. I, de notre Col–
lection.
(5)
Ville de la province de Mog, sur laquelle nous
Fonds A.R.A.M