HISTOIRE D'ARMÉNIE.
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coup d'autres faits qui nous restent à raconter et
qui sont confirmés par le témoignage des livres
des Perses et par les chants historiques des Ar–
méniens.
CHAPITRE X L I X .
Construction de la ville dArdaschad.
Les entreprises du dernier Ardaschès te sont la
plupart révélées parles chantshistoriques qui se ré –
citent dans leKoghtèn : la construction delà ville,
l'alliance avec les Alains, sa race et sa postérité, l'a–
mour de Satinigpour les descendants des dragons,
c'est-à-dire d'Astyage, comme dit la fable, qui
occupent tout le pied du Massis (i); sa guerre
contre eux, la ruine de leur puissance, leur
meurtre et l'incendie de leurs domaines ( 2 ) , la
jalousie des fils d'Ardaschès et la guerre suscitée
par leurs
îemmes.
Tous ces faits, comme nous
l'avons dit, te sont tous racontés dans les chants
historiques, mais nous les rappellerons en peu de
mots et nous donnerons l'interprétation vraie
de l'allégorie.
Ardaschès, ayant été au confluent de l'Araxe
et du Medzamor, trouve l'endroit à son gré et y
élève une ville qui, de son nom, est appelée Ar –
daschad (3). L'Araxe lui fournit les bois de pins;
aussi la ville s'élève rapidement et sans beaucoup
de peine. Ardaschès y construit un temple dans
lequel il transporte de Pakaran la statue d'Arté-
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is et toutes les idoles de son père; mais, la sta-
(1)
Cf. plus haut, liv. I, ch. 30.
(2)
C'est une allusion à l'invasion de Corbulon en
Arménie, et à l'incendie d'Ardaschad. — Voyez plu* bas,
ch. 54.
(3)
Ardaschad ou
Artaxata,
comme la nommaient les
Grecs et les Latins, était la capitale de l'Arménie. Cette
place, fondée par Annibal, alors qu'il était réfugié à la
cour du roi Artaxias, et dont il donna le nomà la ville
élevée sur ses plans et par ses soins, fut restaurée par
Tigrane après l'incendie, et prit dès lors le nom. de
Ne-
ronia. Le
désaccord qui existe entre le récit de Moïse,
relativement à la fondation d'Ardaschad, et ceux d'écri–
vains antérieurs à Ardaschès I I , comme Strabon et
Pline, ou contemporains, comme Tacite, Florus, Plu-
tarque et Juvénal, fait supposer que 1° Ardaschad fut
fondée par Ardaschès I ou Artaxias, et restaurée par
Ardaschès II qui lui rendit son nom d'Ardaschad, d'au–
tant plus que celui de Neroriia était tombé en oubli ;
2
° la position d'Ardaschad, selon Moïse, étant différente
de celle que lui assigne Strabon, il peut se faire que
l'Ardaschad de Moïse n'est pas la même que celle de
Strabon et que ce nom aura été appliqué par les étran–
gers à la ville de Vagharschabad, appelée anciennement
Ardimet ou Ardimetaschad, et dont les ruines se voient
non loin de la résidence patriarcale d'£dchnuadzin. —
Cf. Indjidji,
Arm. (inc.,
p. 485*497. —
Storia di Mose
Corencse,
p.
iB7-iSS,
note 3.
tue d'Apollon, il la dresse hors de la ville, sur
la route. I l tire de la ville d'Erouant les Juifs
captifs qui avaient été transportés d'Armavir et
les colonise à Ardaschad. Tous les ornements de
la ville d'Erouant, apportés d'Armavir, et ceux
dont il avait lui-même décoré la ville -, il les
transporte à Ardaschad, ajoute encore à l a ma–
gnificence de cette ville et en fait la cité royale.
CHAPITRE L .
Invasion des Alains; leur défaite. -
fait alliance avec eux.
Ardaschès
Vers ce temps-là, les Alains, [alliés] à tous
les montagnards et avec une partie de l'Ibérie,
viennent en troupes compactes se répandre sur
notre pays (1). Ardaschès réunit la masse de ses
troupes et la bataille s'engage sur les frontières
des deux nations composées d'hommes braves et
habiles à tirer l'arc. Celle des Alains fléchit un
peu, traverse le grand fleuve Cyrus (Gour) et s'ar–
rête sur la rive au nord. Ardaschès arrive, campe
au sud et le fleuve [seul] les sépare.
Mais, comme le fils du roi des Alains, fait pri–
sonnier par les troupes arméniennes, était con–
duit auprès d'Ardaschès, le roi des Alains de–
manda la paix en promettant de donner tout ce
qu'on exigerait de lui. I l offrait de signer des trai–
tés perpétuels par serment juré, s'engageant à ce
(1)
Les Alains, nation scyInique, habitaient les steppes
au nord du Caucase. (Pline,
Hist. nat.,
liv. IV. 15.)
Les Alains, qui étaient fort turbulents et sans cesse
préoccupés d'envahir l'Asie pour y commettre des rava–
ges, furent en butte aux représailles des Romains. Arrien
(
adv. Alanos; ad cale. Tacticx)
nous a conservé le récit
d'une campagne contre les Alains, qui fut faite à l'époque
d'Adrien. Les Alains, au dire de Josèphe
{
Bell, jud.,
liv. VII, ch. 7, § 4),
avaient
fait de fréquentes irruptions
dans l'Asie méridionale, et leurs incursions causèrent sou–
vent de grands troubles dans les régions de la Transcau-
casie, même durant le moyen âge. Nous verrons plus
loin ( liv. II, ch. 85 ) , que Moïse de Khorène, en parlant
de la guerre que Tiridate soutint contre les peuplades
scythiques campées de l'autre côté du Caucase au nord,
nomme la nation avec laquelle combattit le roi d'Ar–
ménie, les Pasils. Cette tribu est en effet une de celles
quifiguredans la nomenclature donnée par Moïse dans
sa
Géographie
(
Saint-Martin,
Mdm. sur l'Arm.,
t. II,
p. 354-355), et qu'il nomme la tribu des Parsegh. On
doit supposer, d'après les divers témoignages que l'histoire
nous a laissés, que les Pasils devaient former un groupe
de la grande nation des Alains, nom générique sous le–
quel on avait coutume de désigner, à l'époque dont
nous nous occupons, et mêmeplus tard encore, certaines
tribus scythiques et sarmates répandues dans les steppes
qui s'étendent au nord de la chaîne caucasique.
Fonds A.R.A.M