MOÏSE DE KHORÈNE.
CHAPITRE XLV I I .
Règne d'Ardaschès qui comble de largesses ses
partisans,
Erouant étant mort, Sempad ne cessait de re–
chercher ses trésors; ayant trouvé la couronne
du roi Sanadroug, i l la pose sur la téte d'Ardas–
chès, le proclame roi de toute l'Arménie, la
vingt-neuvième année de Darius roi de Perse.
Ardaschès, ayant reconquis son royaume, fait
des présents aux troupes des Mèdes et des Perses
et les renvoie chez elles. I l confère au brave et
illustre Arkam le second rang qu'il lui avait pro–
mis, la couronne de perles, deux pendants d'o–
reilles, le brodequin de pourpre à un pied seu–
lement , plus le droit de se servir d'une cuiller et
d'une fourchette d'or et de boire dans une coupe
d'or ( i ) . Ardaschès accorde, sans en rien retran–
cher, lesmêmes honneurs à son gouverneur Sem–
pad, sauf les pendants d'oreille et le brodequin
de pourpre. Enfin i l lui donne en outre la dignité
héréditaire de
thakatir,
de commandant de la
cavalerie et de général de l'armée de l'Occident,
avec le commandement de toutes les troupes ar–
méniennes , l'inspection de tous les fonctionnaires
de notre pays et la surintendance de toute la
maison royale. Quant à Nersès, (ils de Kisag, fils
de la gouvernante d'Ardaschès, i l lui donne, à
lui et à sa race, le nom de Timakhsian
(2),
en mé–
moire des exploits de son père qui, ainsi que
nous l'avons dit, avait eu la moitié de la figure
emportée, en voulant défendre Ardaschès.
On raconte aussi, qu'en ces jours-là, Ardas-
(1)
Indjidji a donné la description des vêtements et
des insignes du grand officier qui occupait le second
rang
à
la cour d'Arménie
(
Antiq. de VArm.,
t.
I I ,
p.
284
).
Procope parle également du costume que por–
taient les satrapes à l'époque de Justinien, qui recons–
titua l'administration du pays en plaçant
à
la tête du
gouvernement de la Haute Arménie un maître de la mi–
lice, «TpaTTrYÔ;, et, comme chefs des autres contrées com–
prises entre l'Euphrale et Amid, cinq satrapes, «ratpà-
Ttat, qui jouissaient de l'hérédité et recevaient de l'em–
pereur l'investiture. Ce costume se composait d'un
manteau de laine, non de brebis, mais provenant d'un
coquillage de mer. appelé vulgairement 7uwa qui la
produit (Cf. Pline,
Hist. nat.,
IX,
14,
15),
et d'un vête–
ment de pourpre avec des broderies d'or. Le manteau
était agrafé avec un ornement d'or portant une pierre
précieuse enchâssée et
à
laquelle étaient suspendues des
chaînettes d'or avec trois saphirs (Pline,
XXXVII, 9,41);
une tunique de soie ornée de galons d'or, nommes vul–
gairement itXouptua; enfin des brodequins de pourpre
montant jusqu'au genou, privilège spécial des empereurs
romains et des rois de Perse.
(2)
Trois mss. écrivent ce nom
Timaghisian,
qui do-
vrait se traduire par « Balafré. »
chès érigea une satrapie pour les fils de Dour,
qui étaient quinze garçons, et il les appela
Drouni du nom de leur père, non point
à
cause
de ses prouesses, mais seulement parée que leur
père faisait des rapports à Sempad sur la maison
du roi. Dour était attaché
à
la cour d'Erouant
et fut rois à mort par ordre de ce prince, pour
crime de trahison.
CHAPITRE XLVI I I .
Meurtre d'Erouaz, — Construction d'une autr
ville appeléeaussi Pakaran, -—Ardaschès tribu–
taire des Romains.
Après cela, Ardaschès ordonne
à
Sempad d'al–
ler
à
la forteresse de Pakaran, [située] près de la
ville d'Erouant, sur le fleuve Akhourian, et de
mettre à mort Erouaz, frère d'Erouant. Sempad,
s'étant emparé de sa personne, lui fit attacher
une meule au cou et jeter dans un tourbillon du
fleuve ; puis i l mit
à
sa place, pour veiller
à
Pa–
karan
( 1 ) ,
un officier d'Ardaschès, disciple d'un
mage interprète des songes, appelé pour cette
raison Mokbaschdè
( 2 ) .
Sempad s'empare ensuite
des trésors d'Erouaz, de ses esclaves an nombre
de cinq cents, ainsi que des objets les plus pré–
cieux des trésors des temples, qu'il apporte à
Ardaschès. Ardaschès donne à Sempad les escla–
ves d'Erouaz ; quant aux trésors, auxquels il ajonte
encore, i l les fait porter
à
Darius, roi des Perses,
comme marque de sa reconnaissance, comme
à un père et à un bienfaiteur.
Sempad emmène alors les esclaves d'Erouaz
pris à Pakaran, et les transporte sur le revers
du Massis, en donnant à cet endroit le même
nom, Pakaran. I l va ensuite en Perse pour offrir
à Darius les présents, sans trop s'inquiéter des
forces romaines. Au moment du départ de Sem–
pad pour la Perse, les collecteurs de l'empereur
arrivent en Arménie avec une arm'ée nombreuse.
Ardaschès, à force de prières et en payant un
double tribut, les apaise. Ces faits nous sont at–
testés par Olympius (Oughioub)
(3),
prêtre d'Ani,
auteur d'une Histoire des Temples, ainsi quebeau-
(1)
Selon plusieurs msc, « près des autels ». On sait
que
Pakaran
veut dire « lieu des autels ».
(2)
Mot composé de
mok
«
mage » et de
bascp>donia
9
«
serviteur ».
(3)
Cet historien, auquel Moïse s'est souvent référé
pour écrire son livre, ne nous est pas connu autrement
que par cette mention. Olympius était grand prêtre
d'Aramazd à Ani. (Moïse de Khorène,
Hist.
d'Arm., liv.
I I , ch.
12,14, 63.
Agathange, dans le t. I de notre
Collection, p.
586.)
Fonds A.R.A.M