DE KHORENE.
entrouverte, représente les deux lèvres ; et ce site
si splendide semble regarder fixement le sommet
où se dresse le séjour du monarque, séjour vrai–
ment somptueux et royal !
Toutes ces constructions d'Erouant, Tigrane le
Grand les donne plus tard à la famille des Gam-
saragan comme alliée à la race des Arsacides
par le sang et l'amitié, ainsi que nous le dirons
en son lieu.
On raconte qu'Erouant, selon la magie, avait le
mauvais œil; c'est pourquoi, chaque matin, les
chambellans du palais avaient l'habitude déplacer
des pierres très-dures en face d'Erouant, et qu'elles
se fendaient [sous l'influence] de la malignité de
son regard. Mais, ou ceci est faux ou fabuleux, ou
bien cela veut dire qu'il avait la puissance dia–
bolique de nuire, par l'influence du mauvais œil,
à tous ceux auxquels il en voulait.
CHAPITRE XL I I I .
Sempad, aidé par les satrapes perses, cherche à
mettre Ardaschès sur le trône.
Le jeune Ardaschès ayant grandi, Sempad son
gouverneur avait fait beaucoup d'actions de va- j
leur et d'éclat. Les satrapes des Arik, satisfaits
de lui, supplient le roi de lui accorder en présent
|
tout ce qu'il demandera. Le roi, accueillant leur
demande, dit aux satrapes : « Voyez ce que désire
cet homme valeureux !»— « Ta magnanimité est
immortelle! [répondent-ils] ; Sempad ne demande
qu'une chose, c'est que tu rétablisses sur son
trône et ton sang et ton allié, Ardaschès, fils de
Sanadroug, banni de son propre royaume. » Le
roi des rois, cédant à leurs prières, donne à Sem–
pad une partie de ses troupes de l'Assyrie et celles
de l'Adherbadagan, pour replacer Ardaschès sur
le trône de ses pères (i).
CHAPITRE XL IV .
Erouant, ayant appris l'arrivée cCArdaschès, lève
des troupes pour se préparer au combat.
Erouant était dans la province d'Oudi (a) quand
(1)
Ardaschès I I I fut rétabli sur le trône de son père
Sanadroug par Vologèse I
e r
,
et régna sur toute l'Armé–
nie. C'est cetArdaschès que les Grecs nomment
Exédarès
ou
Axidarès.
Il fut plusieurs fois rétabli et chassé par
les Romains, et eut pour compétiteur le Parthe Partha-
masiris que Trajan renversa de son trône. Ardaschès III
régna de l'an 78 à l'an 120 de notre ère.
(2)
La province d'Oudi est appelée
Otène
par les Grecs
et lesLatins. (Pline,
Hist. liât.,
vi, 16,2; xu, 28,2. — Et.
de Byzance,tf<7
Urb., verb.
'{
îrrjvrç.) C'est par erreur que '
il apprit que le roi de Perse a rassemblé une
puissante armée, sous les ordres de Sempad, pour
marcher contre lui et replacer le jeune Ardaschès
sur son trône. Dès qu'Erouant eut connaissance
de cette nouvelle, il laissa plusieurs satrapes à la
garde du royaume, se transporta lui-même au plus
vite dans sa ville, pour appeler autour de lui les
armées d'Arménie et dTbcrie, celles des provinces
de Césarée et enfin celles de la Mésopotamie, â
force de prières et de présents. On était au
printemps; aussi toutes les troupes furent-elles
promptement rassemblées. Parmi elles, Arkam,
chef de la race de Mouratzan, de la descendance
d'Astyage, commandait un corps de fantassins (i).
Erouant lui avait restitué le second rang que Ti–
grane avait enlevé à sa famille pour le donner à
son beau-frère Mithridate. Cependant,
à
lamort
de Mithridate, cette dignité n'avait été confiée à
personne jusqu'aumoment où Erouant la rendit
à Arkam. Erouant ne fit pas seulement â ce prince
des présents, mais il en donna aussi â tous les
satrapes et combla tous les soldats de riches
cadeaux.
CHAPITRE XLV .
Réussite de l'entreprise d'Ardaschès, dès son en–
trée dans le pays.
Sempad et le jeune Ardaschès se hâtèrent d'ar–
river sur les frontières d'Oudi. Les garnisons de
ces contrées et les satrapes qu'Erouant y avait
laissés vinrent au-devant d'eux. A cette nouvelle,
les autres satrapes d'Arménie, découragés, son–
gèrent à se détacher d'Erouant, d'autant plus
qu'ils ne voyaient pas les Romains accourir à son
secours. Cependant Erouant répandait de plus en
plus ses largesses et distribuait à tout le monde
ses propres trésors. Malgré cela, plus il se mon–
trait généreux, plus il devenait odieux, car tout
le monde savait qu'il ne donnait rien par libéra–
lité, mais qu'il prodiguait tout par crainte. D'ail–
leurs il s'attirait moins l'amitié de ceux à qui il
donnait beaucoup que l'inimitié de ceux qu'il ne
comblait pas suffisamment de ses largesses.
les anciennes éditions de Ptolémée (1. v, c. 13, § 9 ) donnent
ce nom sous une forme altérée MwTr,vrj ou Ta>-rr,vq ; mais
les meilleurs mss. portent tous la véritable leçon, qui
est
'
G
TVJV
V).
—
Cf. sur la province d'Oudi, Indjidji,
Arm.
anc.,
p.
334.
(1)
Cf. Moïse de Khorène,
Hist. d'Jn».
, 1 .
I I , ch.
7.
S I .
Fonds A.R.A.M