HISTOIRE D'ARMÉNIE.
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pour les Romains, des impôts encore plus lourds
[
qu'auparavant]. Les procurateurs romains, ayant
restauré magnifiquement la ville d'Edesse, y éta–
blissent des trésoreries pour recevoir les impôts
perçus sur l'Arménie, la Mésopotamie et la Syrie.
Ils rassemblent dans cette ville toutes les archives,'
ouvrent deux écoles, l'une pour la langue du
pays, le syriaque, l'autre pour le grec. Ensuite ils
transportent dans cette ville les archives des im–
pôts et des temples, archives que l'on gardait à
Sinope, ville du Pont (i).
CHAPITRE X X X I X .
Fondation de la ville d'Erouantaschad (i).
Au temps d'Erouant, la cour se transporte hors
de la colline dite d'Armavir. Comme le fleuve
Araxe (Eraskh) était éloigné, l'hiver étant rigou–
reux et le vent glacé du nord si froid qu'il gelait
les eaux du canal, il n'en restait plus assez pour
l'usage de la résidence royale. Erouant, lassé [de
ces inconvénients], et voulant trouver une posi–
tion encore plus forte, transporte sa résidence à
l'Occident, sur un rocher très-élevé près duquel
l'Araxe partage son cours, tandis que de l'autre
côté coule le fleuve Akhourian (3). I l entoure le
rocher d'une enceinte demurailles et,dans celles-ci,
il taille les pierres en beaucoup d'endroits jusqu'à
la base du rocher et au niveau du fleuve, afin que
les eaux de celui-ci s'écoulent par les conduites
creusées, pour qu'on puisse en boire. I l flanque
de hautes murailles la forteresse située au sommet
[
du rocher], il fabrique des portes de bronze au
milieu de ces murailles, des escaliers en fer dans
l'intérieur jusqu'au-dessus de la porte, et place des
pièges entre les degrés des escaliers pour prendre
ceux qui voudraient, en montant furtivement,
attenter à la vie du roi. On dit que cet escalier
était double, de telle sorte qu'un côté servait aux
(1)
Ce récit des événements relatifs au règne d'Erouant
est différent de ceux que nous ont transmis Josèphe
et Tacite. Ces historiens racontent qu'un prince du nom
de Tiridate, roi de l'Arménie supérieure, après qu'iï
eut été couronné par Néron, combattit contre les Alains
qui avaient envahi la Médie et les pays voisins, et mourut
vers l'an 62 après notre ère. Erouant, qui était déjàmaître
des provinces de l'Arménie inférieure, obtint des Romains
la possession des États de Tiridate I, et leur cédaÉdesse
et toute la Mésopotamie. — Cf. Josèphe,
Antiq. jud.,
liv. XVIII, ch. 8. — Tacite,
Annal.,
II. 3; XIII, 34 et
suiv.; XIV, 26; XV, 1 et suiv.
(2)
Cf. Indjidji,
Arm. anc.,
p. 39J.
(3)
Cf. sur cefleuve,que les Turcs nomment l'Arpah-
tschai, Indjidji,
Antiq. de PArm.,
1.1,
p. 149. — Saint-
Martin,
Mém.,
t. I, p. 39.
officiers de la cour, pour les allants et venants
pendant le jour, et que l'autre côté était pour les
traîtres [qui auraient voulu pénétrer] la nuit.
CHAPITRE X L .
Comment Erouant construisit"Pakaran,ville des
idoles.
Erouant, ayant construit sa ville, y transporte
tout ce qui était à Armavir, excepté les idoles
qu'il ne juge pas à propos de placer dans sa [nou–
velle] capitale, redoutant l'afHuence de ceux qui
viendraient pour y sacrifier, car la ville ne pou–
vait être suffisamment gardée. A une distance de
quarante stades environ au nord, il éleva une
forteresse semblable à la sienne sur le fleuve
Akhourian, lui donna le nom de Pakaran (i), ce
qui signifie que, dans cette ville, il a réun i [tous]
les autels [des divinités], et il y transporte toutes
celles d'Armavir. Les temples étant construits, il
éleva son frère Erouaz [à la dignité de] grand-
prêtre.
CHAPITRE X L I .
Plantation d'une foret dite de la Multiplication.
Erouant plante aussi une grande forêt au nord
du fleuve, l'entoure d'une muraille pour y parquer
des daims légers, des cerfs, des onagres et des
sangliers. Ces animaux, croissant et se multipliant,
peuplèrent la forêt pour le grand plaisir du roi
aux époques de la chasse. Erouant appela cette
forêt du nom de forêt de laMultiplication.
CHAPITRE X L I I .
De la ville appelée Erouantaguerd.
Il m'est doux de parler de la gracieuse ville
d'Erouantaguerd (2), que ce même Erouant bâtit
[
d'une manière] si belle et si élégante. I l remplit
le centre de la grande vallée d'habitants et d'édi–
fices magnifiques, brillant comme la prunelle de
l'oeil. A l'entour de l'endroit habité s'étend une
ceinture de jardins fleuris et odoriférants, comme
autour de la prunelle se décrit le cercle de l'œil.
D'innombrables vignobles imitent le contour
frangé et gracieuxdes paupières. Sa forme arquée,
au nord, est vraiment comparable aux sourcils
de gracieuses jeunes filles ; au sud, la forme unie
des prairies ressemble à la beauté des joues bien
lisses. Le fleuve avec ses rives, comme une bouche
:
(
t) Cf. Indjidji,
Arm. anc.,
p. 394.
(2)
Cf. Indjidji,
Arm. anc,
p. 392 et suiv.
Fonds A.R.A.M