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MOÏSE DE KHORÈNE.
tous les faits qui se sont passés du temps d'Abgar
et de Sanadroug et les a déposés dans les archives
d'Édesse.
CHAPITRE XXXVII.
Rèsne d'Erouant. —Meurtre des fils de Sana-
droug. «— Ardaschès échappe a lit mort par
la fuite.
A la mort de Sanadroug ( i),son royaume tombe
dans l'anarchie : un certain Erouant
( 2 )
fils d'une
[
femme! arsacide, règne la huitième année du
dernier Darius. Voici ce qu'on raconte de lai :
Une femme de race arsacide, d'une stature élevée,
d'unefigurehorrible et repoussante, que personne
n'avait voulu épouser, met au monde deux fils
par suite d'un honteux commerce, comme Pasi-
phaé [enfantai le Minotaure. Ces, enfants gran–
dirent et prirent les noms d'Erouant et d'Erouaz.
Parvenu à l'âge viril, Erouant devint courageux
et d'une force colossale ; de plus, ayant été em–
ployé comme inspecteur et commandant par Sa–
nadroug, i l acquiert une si grande gloire que
bientôt i l devient le premier des satrapes armé–
niens. Timide et généreux, il gagnait tous les cœurs.
A la mort de Sanadroug, tous proclamèrent roi
unanimement Erouant, sans l'intervention d'aucun
thahatir
bagratide (3).
Dès qu'Erouant fut installé sur le trône, i l
conçut des craintes du côté des fils de Sanadroug
et les extermina tous ; i l parait que l'on tira ven–
geance des fils d'Abgar massacrés. Un seul, nommé
Ardaschès, échappe ; sa gouvernante s'enfuit avec
lui dans les contrées de Her
(4),
là où sont les pâ–
turages de Maghkhazan, donne avis au gouverneur
de cet enfant, Senipad, fils de Piourad Bagratide,
[
qui résidait] au canton de Sber
(5)
,
dans le
village de Sempadavan
(6).
Lorsque Sempad, fils
de Piourad, apprend l'horrible nouvelle de la
mort de Sanadroug, du massacre de ses enfants,
il prend avec lui ses deux filles, Sempadanouïsch
et Sempadouhi, i l les installe à Palpert
(7),
en
(1)
Ce prince,
qui
était monté sur le trône
l
'
an 36 et
mourut en 58 de notre ère, est appelé Izate par Josèphe
{
Ant. jud.,
XX, 2, 3, 4).
(2)
Erouant monta sur le trône d'une partie de l'Ar–
ménie l'an 58 et régna jusqu'en 78.
(3)
Cf. Moïse de Khorène,
Hist. d'Arm.,
liv. II, ch.
3, 7.
(4)
Canton
de la
Persarménie (Indjidji,
Arm. anc ,
page 155).
(5)
La
Syspiritis
de Strabon (
Géogr.,
liv. XI, ch. 14
§ 12 ), et de Constantin Porphyrogénète, appelée
Si*pira,
par Cicéron, était située dans la Haute-Arménie.
(6)
Cf. Indjidji,
Arm.
anc., p. 26.
(7)
Cf. Indjidji,
op. cit.,
p. 26, note 3.
laissant la garde de la forteresse
à
des hommes
courageux. Ensuite il sedirige, avec sa seule femme
et quelques serviteurs, sur les traces du jeune Ar–
daschès. Informé de ce fait, le roi Erouant lance
des espions. C'est pourquoi, errant pendant long–
temps sur les montagnes et dans les plaines, à
pied, avec l'enfant, sous différents déguisements,
Sempad l'élève dans des cabanes, au milieu des
bergers, jusqu'à ce qu'enfin, trouvant l'occasion
favorable, il passe près de Darius, roi des Perses.
Comme Sempad était brave et connu depuis long–
temps, i l reçoit un accueil honorable de la part
des généraux perses. De plus l'enfant est admis
parmi les fils du roi, et ils reçurent pour résidence
les cantons de Pad et d'Ozora.
CHAPITRE XXXVIH.
Efforts d'Erouant pour s*emp ver du jeune
daschès. — Comment il abandonne la Més
potamie.
Erouant, en réfléchissant à l'ennemi de sa
royauté qui grandissait en Médie, ne pouvait, la
haine au cœur, goûter un seul moment de repos.
Sans cesse éveillé, i l était constamment assiégé
par cette pensée, et dans le sommeil il était trou–
blé par des songes effrayants. C'est pourquoi i l
sollicitait par des ambassadeurs et avec des pré–
sents le roi des Perses à lui livrer Ardaschès, di–
sant
r
«
Toi, du même sang que moi, mon proche
parent, pourquoi élever le Mède Ardaschès, mon
ennemi et celui de ma royauté, sur la foi des
paroles du brigand Sempad qui prétend qn'Ar-
daschès est fils de Sanadroug? I l veut mire du fils
d'un pâtre et d'un bouvier un Arsacide, en ré–
pandant le bruit que c'est ton sang et ton proche
parent. Cependant ce n'est pas le fils de Sana–
droug, et Sempad, par suite d'une imposture, a
rencontré un enfant de Médie, et se joue [de
toi.] » Erouant dépêcha aussi plusieurs fois vers
Sempad, pour lui dire : «A quoi bon toutes ces
intrigues inutiles?Trompé par une gouvernante,
tu élèves le fils d'un Mède contre moi. » Toutefois
Erouant ne reçoit pas de réponses favorables, et
il envoie l'ordre d'exterminer les braves qui sont
à Païpert, fait captives les filles de Sempad, les
enferme dans la
forteresse
d'Ani, sans user envers
elles de violences.
Erouant, protégé par les Romains, n'éprouve
aucun dommage sous Vespasien et Titus, moyen–
nant qu'il leur cédât la Mésopotamie. Depuis ce
moment, l'autorité des Arméniens sur ce pays
cessa d'exister, et Erouant tirait des Arméniens,
Fonds A.R.A.M