HISTOIRE
CHAPITRE XXXV .
egne de Sanadroug, — Meurtre des enfants
d'Abgar. — La princesse Hélène,
Sanadroug, étant monté sur le trône, 1ère des
troupes avec le secours des braves Bagratides et
Ardzrouni, ses tuteurs, et va déclarer la guerre
aux fils d'Abgar, pour s'assurer la possession de
tout le royaume. Pendant qu'il était occupé de
cette expédition, et comme par un effet de la
divine Providence, la mort d'Addée par le fils
d'Abgar fut vengée; car une colonne de marbre,
—
qu'il faisait ériger à Édesse sur le faîte de son
palais, lorsqu'il était en bas pour diriger les tra–
vaux, — échappa des mains des ouvriers, tomba
et lui écrasa les pieds.
Aussitôt un message des habitants de la ville
parvint à Sanadroug, lui demandant qu'il s'obli–
geât, par un traité, à ne pas les troubler [dans
l'exercice} du culte chréKen, et eux alors remet–
tront en ses mains la ville et les trésors royaux.
Sanadroug promit; mais ensuite il viola son ser–
ment. Il passa au fil de l'épée tous les enfants de
la maison d'Abgar, hormis les filles qu'il retira de
la ville pour les établir dans la province d'Hasch-
diank. Quant
à
la première des femmes d'Abgar,
appelée Hélène, il l'envoya à Kharran, ville qui
lui appartenait, lui laissant la souveraineté de
toute la Mésopotamie, en souvenir des bienfaits
qu'elle avait obtenus pour lui d'Abgar.
Cette Hélène, pieuse comme Abgar son époux,
n'accepta point de résider parmi des idolâtres, et
se rendit à Jérusalem au temps de Claude, à l'é–
poque de la famine prédite par Akab (i). Elle
acheta en Egypte, avec ses trésors, une immense
quantité de blé qu'elle distribua aux pauvres,
ainsi que le rapporte Josèphe (2)* Le tombeau
d'Hélène, [monument] vraiment remarquable, se
voit actuellement devant la porte de Jérusalem (3).
CHAPITRE XXXVI .
La ville de Medzpin reconstruite. — Êtymologie
du nom de Sanadroug, —- Sa mort.
De toutes les actions de Sanadroug, rien n'est
de Saints. — Cf. aussi J.-B. Aucher, Vies des Saints
arm. (en arm.), t. IV, p. 14-62.
(1)
Actes des Apôtr., XI, 28; XXI, 10.
(2)
Antiq. judaïq.,
liv. XX, ch. 2-4.— Cf. aussi
Tchamitch,
Hist. d?Arm.
t
t. I, p. 589.
(3)
Josèphe,
Antiq. jud.,
XX, 4, 3. —Eusèbe,
Hist,
eccl.,
il, 12. — Pausanias ( VIII, 16) parle de ce tom–
beau comme d'une merveille. —Voyez sur ce monu–
ment les descriptions qu'en ont «tftmnées les derniers
voyageur?, et notamment MM. de Saulcy et Renan, dans
les relations de leurs voyages en Palestine.
D'ARMÉNIE.
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plus digne de souvenir que la reconstruction de
laville de Medzpin ; car, cetteville ayant été ruinée
par un tremblement de terre, Sanadroug la dé–
molit, la rebâtit plus magnifiquement, l'entoura
d'une double enceinte de murailles avec des bas–
tions, et fit ériger, aumilieu [de la ville], sa statue
avec une seule pièce de monnaie dans la main,
ce qui signifiait : Tous mes trésors ont été dé–
pensés à construire cette ville, et il ne m'est plus
resté que cette seule [pièce].
Mais pourquoi ce prince fut-il appelé Sana–
droug ? Nous le dirons : c'est qu'Ode, sœur d'Ab–
gar, voyageant en hiver en Arménie, fut assaillie
dans les monts Gortouk par un tourbillon de
neige qui dispersa tous les voyageurs, au point
que le compagnon ignorait où son compagnon
avait été emporté. La gouvernante de Sanadroug,
Sanod, sœur de Piourab Bagratide et épouse de
Khosran Ardzrouni, prit l'enfant qui était encore
tout petit, le plaça sur son sein, et resta avec
lui sous la neige pendant trois jours et trois nuits.
C'est de là qu'est venue la fable {qui dit] qu'un
animal d'une nouvelle espèce, merveilleux et de
couleur blanche, envoyé par les dieux, garda
l'enfant. Mais, d'après nos informations, voici le
fait : un chien blanc, qui était avec les [gens]
envoyés à la découverte, trouva l'enfant et la
gouvernante. Cet enfant fut donc appelé Sana–
droug, du nom de sa gouvernante, c'est-à-dire :
don de Sanod
( 1 ) .
Sanadroug, monté sur le trône la douzième
année d'Ardaschès
1
,
roi des Perses, et ayant vécu
trente ans, mourut à la chasse d'un trait qui lui
traversa les entrailles, comme une punition des
I
tourments qu'il avait fait subir à sa sainte fille.
Léroubna, fils du scribe Apschatar (2), a recueilli
(1)
Le mot arménien
dourk
signifie « don ».
(2)
Lorsque j'ai publié le l*
r
volume de la Collection
des historiens d'Arménie, je n'avais pas eu connaissance
de l'apparition d'un ouvrage posthume du révérend Cu-
reton
(
Ancient syriac documents,...
éd. W.Wright;
Londres, 1864, in-4
0
.),
dans lequel le texte syriaque de
Léroubna a été donné d'après un ancien manuscrit pro–
venant dumonastère de SanctaMaria Deipara de Nitrie
(
The doctrine ofAddœus Ihe Apostle,
p. 6 et suiv. de
la vers, anglaise ; p. 5 et suiv. du texte syriaque ). De–
puis j'ai eu cet ouvrage entre les mains, et je profite
de cette occasion pour rectifier ici le nom de Léroubna
que Moïse de Khorène a donné sous une forme altérée,
et qui doit se lire
Laboubna
fils de Ebed-Schad-
daï.
A la fin de ce volume, je publierai, en addition
au I
e r
volume de notre Collection, la traduction fran–
çaise de la
doctrine d'Addée
par Laboubna, d'après le
texte syriaque original, et j'expliquerai les motifs qui
m'ont engagé à donner une version française de ce texte
qui servira de contrôle à la traduction arménienne et
à l'abrégé qu'en a donné Moïse de Khorène.
Fonds A.R.A.M