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Lettre a"Abgar à Nersès.
«
Abgar, roi des Arméniens, à mon fils Nersès,
salut.
«
J'ai reçu ta lettre ; j'ai brisé les fers de Bé-
rose et je lui ai remis ses offenses. Si cela te con–
vient, nomme-le gouverneur de Ninive. Quant à
ce que tu m'écris de t'envoyer ce médecin qui fait
des miracles et prêche un autre Dieu supérieur au
Feu et à l'Eau, afin que tu puisses le voir et l'en–
tendre, [sache que] ce n'est point un médecin
selon l'art des hommes, mais qu'il est un disciple
du fils de Dieu, Créateur du feu et de l'eau, et
destiné à venir [évangéliser] les contrées de l'Ar–
ménie. Toutefois un de ses principaux compa–
gnons, appelé Simon (i), est envoyé dans les con–
trées de la Perse. Cherche-le et tu l'entendras, toi,
ainsi que ton père Ardaschès. I l guérira tous vos
maux, et vous conduira dans le chemin de la vie. »
Abgar écrit encore à Ardaschès, roi de Perse,
la lettre suivante :
Lettre d'Abgar à Ardaschès,
«
Abgar, roi des Arméniens, à Ardaschès, mon
frère, roi des Perses (a), salut.
«
Je sais que tu as entendu parler de Jésus-
Christ, fils de Dieu, que les Juifs ont crucifié, qui
est ressuscité d'entre les morts et qui a envoyé
ses disciples par tout l'univers pour instruire les
hommes. L'un de ses principaux disciples, nommé
Simon, se trouve dans les États ' de ta majesté.
Cherche-le, tu le trouveras; i l vous guérira de
toutes vos maladies, il vous conduira dans le chemin
de la vie, et tu croiras à ses paroles, toi, tes frères
et tous ceux qui sont soumis à ton autorité. I l m'est
bien doux de penser que mes parents, selon la
chair, seront aussi mes parents et mes amis selon
l'esprit. »
Abgar n'avait pas encore reçu la réponse à
ces lettres, lorsqu'il mourut après trente-huit ans
de règne (3).
CHAPITRE X X X I V .
Martyre de nos Apôtres.
Après la mort d'Abgar, le royaume d'Arménie
se divisa en deux parties : Ananoun, fils d'Abgar,
fut couronné roi à Édesse, et son neveu (le fils de
sa sœur) Sanadroug [régna] en Arménie. Ce qui
(1)
Il s'agit ici de Simon le Cananéen, comme l'indi–
quent les martyrologes arméniens.
(2)
Trois mss. donnent la variante,
roi des rois.
(
S) Selon deux mss.
trente-deux ans.
se passa de leur temps a été écrit antérieurement
par d'autres : l'arrivée de l'apôtre en Arménie
et la conversion de Sanadroug, son apostasie par
crainte des satrapes arméniens, le martyre de
l'apôtre et de ses compagnons dans le canton de
Schavarschan,appelé aujourd'hui Ardaz, la pierre
s'entr'ouvrant pour recevoir le corps de l'apôtre,
l'enlèvement de ce corps par ses disciples, son in–
humation dans la plaine, le martyre de San-
toukhd, fille du roi, près de la route, l'invention
des reliques des deux saints, et leur translation
dans les grottes (1), faits relevés par d'autres [écri–
vains] avant nous, ainsi que nous Pavons dit,
et que nous n'ftvons pas cru nécessaire de rappeler
en détail. De même aussi, ce qui a trait au mar–
tyre d'Addée, disciple de l'apôtre à Édesse, or–
donné pat le fils d'Abgar, a été raconté par d'au–
tres avant nous.
Celui qui régna après la mort de son père
n'hérita pas des vertus paternelles, car i l ouvrit
les temples des idoles et retourna au paganisme.
U envoya dire à Addée : « Fabrique-moi une
tiare en étoffe tissée d'or, comme celles que tu fai–
sais pour mon père. » U lui fut répondu : « Mes
mains ne fabriqueront pas de tiare pour le prince
indigne qui n'adore pas le Christ, Dieu vivant. »
Aussitôt le roi chargea un de ses gardes d'aller
trancher les pieds d'Addée avec le glaive. Le sol–
dat, étant venu et ayant vu le saint homme assis
sur le siège doctoral, lui coupa les jambes avec
son épée, et aussitôt le saint rendit l'esprit. Nous
mentionnons ce fait sommairement, parce que
d'autres l'ont déjà raconté.
Vint ensuite en Arménie l'apôtre Barthélémy
qui fut martyrisé chez nous, dans la ville d'Arev-
pan
( 2 ) .
Quant à Simon, envoyé en Perse, je ne
puis pas rapporter avec certitude ce qu'il y fit, ni
où i l souffrit le martyre, parce que l'on raconte
qu'un Simon apôtre fut martyrisé à Vériospora (3).
Est-ce vrai? et pourquoi vint-il là? Je l'ignore.
J'ai seulement noté ce fait pour que tu saches que
j e n'épargne aucun soin pour te dire tout ce qui
est nécessaire (4).
(1)
Un ins.,
sur le chemin.
La légende de ces
saints dit :
dans la montagne.
(2)
Cf. Indjidji,
Ârm. anc,
p. 509. —Le nom de
cette localité est altéré dans tous les martyrologes et
dans tous les historiens.
(3)
Ce nom est corrompu et paraît, d'après les plus
anciens martyrologes arméniens, devoir se lire :
dans
le pays des Bretons,
ce qui est conforme à la lecture
que nous trouvons dans le martyrologe grec.
(4)
Les faits que rapporte ici Moïse en abrégé sont
relatés dans les martyrologes arméniens et les Vies
Fonds A.R.A.M