HISTOIRE D
[
les habitants de] sa ville; puis, imposant ses
mains sur Abgar, i l lui rendit la santé. 11 guérit
aussi un goutteux appelé Abdiou, patricien de
la ville, très-honoré dans la maison du roi. I l
guérit encore tous les malades et les infirmes de
la ville, et tous eurent la foi. Abgar fut baptisé,
et, avec lui, tous [les habitants] de la ville; les
temples des faux dieux furent fermés, et les sta–
tues des idoles, [qui étaient placées] sur les autels
et, les colonnes, furent dissimulées sous [d'épais–
ses nattes de] roseaux. Abgar ne contraignait per–
sonne par la force à embrasser la foi ; mais de
jour en jour le nombre des croyants augmentait.
L'apôtre Thaddée baptisa un fabricant de [
tiares de soie, appelé Addée, le consacra , l'é- j
tablit à Édesse et le laissa au roi à sa place. En–
suite, ayant reçu un édit du roi, qui exigeait que
tous écoutassent l'Évangile du Christ, Thaddée
s'en alla trouver Sanadroug, neveu (fils de la
sœur) d'Abgar, que ce prince avait établi comme
chef du pays et de l'armée.
Abgar se plut à écrire à l'empereur Tibère la
lettre suivante :
Lettre d Abgar h Tibère.
«
Abgar, roi des Arméniens, à son seigneur
Tibère, empereur des Romains, salut.
«
Je sais que rien n'est ignoré de ta ma–
jesté ; mais, comme ton ami, je te ferai encore
mieux connaître les faits par écrit. Les Juifs qui
habitent dans les cantons de la Palestine ont cru–
cifié Jésus, sans péché, après tant de bienfaits',
tant de prodiges, tant de miracles opérés en leur
faveur jusqu'à ressusciter les morts. Crois-lebien,
ce ne sont pas là des effets de la puissance d'un
simple mortel, mais ce sont [des manifestations]
divines. Au moment où ils l'ont mis en croix, le
soleil s'obscurcit, la terre fut ébranlée jusque dans
ses fondements. Jésus lui-même, le troisième
jour, ressuscita d'entre les morts et apparut à
plusieurs [personnes]. Aujourd'hui, en tous
lieux, son nom, invoqué par ses disciples, produit
les plus grands miracles. Ce qui m'est arrivé, à
moi-même, en est la preuve manifeste. Ta ma–
jesté sait donc ce qu'elle doit ordonner à l'égard
du peuple juif quia commis ce forfait; elle sait
si elle doit publier partout l'univers l'ordre d'a–
dorer le Christ comme le Dieu véritable. Sois en
santé. »
Réponse de Tibère à la lettre d'Abgar.
Tibère, empereur des Romains, à Abgar,
roi des Arméniens, salut.
HISTOR. ARMÉNIENS. — T. I I .
'
ARMÉNIE.
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«
On a lu devant moi ta lettre amicale, et on
t'adresse de ma part des remercîments. Quoique
nous ayons déjà entendu raconter ces faits par
plusieurs, Pilate, de son côté, nous a officielle–
ment informé des miracles opérés par Jésus. C'est
ainsi qu'étant ressuscité d'entre les morts, plu–
sieurs l'ont reconnu pour être Dieu. En consé–
quence , j ' a i voulu moi aussi faire ce que tu pro–
poses; mais, comme i l est d'usage chez les Ro–
mains de ne pas admettre un Dieu [nouveau] sur
l'ordre du souverain seulement, tant que le sénat
ne s'est pas réuni pour discuter l'affaire, j'ai donc
du proposer l'admission de ce Dieu au sénat qui
l'a rejeté avec mépris, parce qu'elle n'avait pas
été examinée d'abord par l u i . Toutefois nous
avons donné ordre à tous ceux à qui cela con–
viendra de recevoir Jésus parmi les dieux ; et
nous avons menacé de mort quiconque parlera
en mal des chrétiens ( i ) . Quant aux Juifs qui ont
osé crucifier Jésus, qui, ainsi que je l'ai appris,
ne méritait ni la croix, ni la mort, mais était
digne d'être honoré et adoré, j'examinerai l'af–
faire quand j'aurai apaisé la révolte des Hispa-
niens
( 2 ) ,
et je traiterai ces Juifs selon leur mé–
rite. »
Abgar écrit encore une lettre à Tibère.
«
Abgar, roi des Arméniens, à son seigneur
Tibère, empereur des Romains, salut.
«
J'ai reçu la lettre écrite de la part de ta ma–
jesté, et je me suis réjoui des ordres émanés de
ta sagesse. Si tu le permets, mon avis est que la
conduite du sénat est ridicule ; car, selon la rai–
son , c'est d'après le jugement des hommes que
se confère la divinité. Ainsi donc, si Dieu ne con–
vient pas à l'homme, i l ne peut être Dieu, car i l
faut de toute nécessité que Dieu soit accepté par
l'homme
(3).
Donc, mon seigneur pensera qu'il
est juste d'envoyer un autre gouverneur à Jéru–
salem, en place de Pilate qui doit être chassé avec
ignominie de l'emploi élevé où tu l'avais appelé;
car i l a fait la volonté des Juifs et crucifié le Christ
injustement et sans ton ordre. Je souhaite que tu
conserves la santé. »
Abgar, ayant écrit cette lettre, en déposa la
copie avec celle des autres dans les archives. 11
écrivit ensuite au jeune Nersès (Nersèh), roi d'As–
syrie, à Babylone
(
sic).
(1)
Cf. Tertullien,
Apol.,
ch. V.
(2)
Cf. Suétone,
Tiber.,
ch.
41,40.
Tacite,
Annal.,
VI. —
Vell. Paterc.,liv.
II,
ch.
39.
(3)
Cf. Tertullien,
Apol.,
ch. V.
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Fonds A.R.A.M