part à Abgar. Celui-ci, saisi d'admiration, crut
vraiment que Jésus était le fils de Dieu, et dit :
«
Ces miracles ne sont pas d'un homme, mais
d'un Dieu ! I l n'est personne ici-bas qui ait le pou-
voir de ressusciter les morts, si ce n'est Dieu ! »
Abgar souffrait, par tout le corps, de 'douleurs
aiguës qu'il avait contractées en Perse, sept ans
auparavant, et les hommes n'avaient pu apporter
aucun soulagement à ses maux. I l fit porter une
lettre suppliante à Jésus, le conjurant de venir
le guérir de ses douleurs. Cette lettre était ainsi
conçue :
CHAPITRE XXX I .
Lettre etAbgar au Sauveur Jésus-Christ.
«
Abgar, fils d'Arscham, toparque [prince du
pays), à Jésus, Sauveur et bienfaiteur [de l'huma–
nité], qui as apparu dans le pays de Jérusalem,
salut :
«
J'ai entendu parler de toi et des guérisons
opérées par tes mains, sans l'emploi des
remèdes
et des plantes. Car i l est dit que tu fais que les
aveugles voient, que les boiteux marchent et que
les lépreux, sont guéris. Tu chasses les malins es–
prits; tu guéris les malheureux affligés de longues
maladies ; enfin tu ressuscites les morts. Comme
j'ai entendu parler de toutes ces merveilles opé–
rées par toi, je n'hésite pas à croire, ou que tu es
Dieu descendu du ciel pour faire de tels prodiges,
ou bien lefilsde Dieu, toi qui opères de si grandes
choses. En conséquence je t'ai donc écrit, te sup–
pliant de daigner venir vers moi afin de me gué–
rir du mal qui me dévore. J'ai entendu dire
aussi que les Juifs murmurent contre toi et veu–
lent te livrer au supplice. Je possède une ville
petite, mais [dont le séjour est] agréable; elle
suffira à nous deux. »
Les porteurs de ce message rencontrèrent Jésus
à Jérusalem, événement confirmé par les paroles
de l'Evangile : « Quelques-uns d'entre les païens
vinrent trouver Jésus ; mais ceux qui les entendi–
rent , n'osant rapporter à Jésus ce qu'ils avaient
entendu, le dirent à Philippe et à André qui ra7
contaient tout à Jésus. »
Le Sauveur n'accepta pas alors l'invitation qui
lui était adressée, mais i l voulut bien honorer
Abgar d'une réponse dont voici le sens :
CHAPITRE XXX I I .
Réponse à la lettre ri'Abgar, écrite par l'apôtre
Thomas, d'après tordre du Sauveur.
«
Heureux celui qui croit en moi sans m'avoir
vu! car i l est écrit de moi : « Ceux qui mevoient
ne croiront point en moi; et ceux qui ne me
voient point, croiront et
vivront.
*
Quant à ce
que tu m'as écrit de venir près de t o i , i l me faut
accomplir ici tontes les choses pour lesquelles j'ai
été envoyé, et, lorsque j'aurai tout accompli, je
monterai vers Celui qui m'a envoyé; et quand je
m'en irai, j'enverrai on de mes disciples qui gué–
rira tes maux, te donnera la vie, à toi et à tous
ceux qui sont avec toi. »
Anan, courrierd'Abgar, lui apporta cette lettre,
ainsi que l'image du Sauveur qui se trouve encore
à présent à Édesse.
CHAPITRE XXX I I L .
PrédicaÛon de t apôtre Thaddée à Édesse. —*
Copie de cinq lettres.
Après l'ascension de notre Sauveur, l'apôtre
Thomas, l'un des douze, envoya un des soixante-
dix disciples, Thaddée, dans la ville d'Édesse,
pour guérir Abgar et évangéliser selon la parole
du Seigneur. Thaddée se rendit dans la maison
de Tobie, prince juif que l'on dit être de la race
des Ragratides (Pakradouni). Ce Tobie, ayant été
persécuté par ( i ) Arscham , n'abjura pas cepen–
dant avec ses autres parents le judaïsme, mais i l
en observa les lois jusqu'au moment où i l crut
au Christ. Bientôt le nom de Thaddée se répandit
dans toute la ville. Abgar, en apprenant sa pré–
sence , dit : « C'est bien celui au sujet duquel
Jésus m'a écrit, » et i l le manda aussitôt auprès de
lui. Lorsque Thaddée entra, une apparition mer–
veilleuse éclaira sa face aux yeux d'Abgar, qui se
leva tout à coup de sou trône, tomba la face
contre terre et se prosterna devant l'apôtre. Tous
les princes qui étaient présents furent saisis d'é-
tonnement, car ils n'avaient point remarqué la
vision. « Es-tu vraiment, dit Abgar, le disciple de
Jésus àjamais béni, qu'il m'a promis de m'envoyer,
et peux-tu me délivrer, de mes maux ? » — « Je
le suis, dit Thaddée; si tu crois en Jésus-Christ,
fils de Dieu, les vœux de ton cœur seront exau–
cés. » — « J'ai cru en lui, reprit Abgar, et en son
Père ; c'est pourquoi je voulais aller à la téte de
mes troupes exterminer les Juifs qui ont crucifié
Jésus, si je n'en eusse été empêché par la puis–
sance romaine. »
Dès lors Thaddée se mit à évangéliser le roi et
(1)
Deux msc, au lieu du mot
khosial,
qui veut dire
«
ayant fui ou évité », donnent la variante
khouschial,
i qui a la signification de « ayant été persécuté ou tour-
| mente». Cette dernière acception doit être préférée, se-
Ion moi.
Fonds A.R.A.M