HISTOIRE
Abgar, étant allé en Orient, trouva sur le trône
de Perse Ardaschès,filsd'Arschavir, et les frères
d'Ardaschès en lutte avec lui ; car ce dernier vou–
lait régner sur eux dans sa postérité, et eux ne
voulaient passe soumettre à ses prétentions. C'est
pourquoi Ardaschès les cerne de toutes parts,
en les menaçant de tes faire mourir. La division
régnait parmi leurs soldats, leurs parents et leurs
alliés ; car le roi Arschavir avait trois fils et une
fille : l'aîné était le roi Ardaschès lui-même, le
second Garèn, le troisième Sourèn, et leur sœur,
appelée Goschm, était mariée au général de tous
les Arik, choisi parleur père Arschavir (i).
Alors Abgar persuade aux fils d'Arschavir de
faire la paix, et stipule ainsi les conditions : Ar
daschès régnera avec sa postérité, comme i l vou–
lait, et ses frères seront appelés Pahlav, du nom
de leur ville et de leur vaste et fertile domaine,
de manière que leur satrapie soit la plus noble et
la première de toutes celles de la Perse, comme
étant d'origine vraiment royale. I l est stipulé en
outre, par des traités et des
serments,
qu'en cas
d'extinction de la ligne masculine d'Ardaschès, ses
frères arriveront au trône. Après la descendance
régnante d'Ardaschès, ses frères sont distingués en
trois branches appelées : race de Garèn Pahlav,
race de Sourèn Pahlav, et la race de leur sœur,
Asbahabed Pahlav, du titre d'honneur porté par
son mari.
On dit saint Grégoire issu de la race de Sourèn
Pahlav, et les Gamsariande la race Garèn Pahlav.
Nous raconterons plus tard les circonstances de la
venue de ces personnages, ne rappelant seule–
ment ici leurs noms à côté d'Ardaschès, que pour
que tu saches que ces grandes races sont bien
du sang de Valarsace, c'est-à-dire la postérité
d'Arsace le Grand, son frère.
Tout étant réglé de la sorte, Abgar, muni du
texte du traité, retourne [dans son royaume],
malade et en proie à d'intolérables douleurs.
CHAPITRE XXIX.
Abgar revient d'Orient. Il secourt Arétas contre
Hérode le tétrarque.
A son retour d'Orient, Abgar apprend que les
Romains le soupçonnaient d'y être allé pour lever
une armée. En conséquence, i l expose aux pro–
curateurs romains les causes de son voyage en
(
I) Cf. Agathange, p.
114,
not.
1
du
1.1
de notre Col–
lection,
D'ARMÉNIE.
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Perse et le traité
signé entre
Ardaschès et ses
frères. Toutefois on n'ajouta pas foi à ses rap–
ports , car il était calomnié par ses ennemis, Pi -
late, Hérode le tétrarque, Lysanias ( Lousina) et
Philippe. Abgar, s'étant rendu dans sa ville d'E-
desse, se ligua avec Arétas, roi de Pétra (des
Pétréens), lui fournit des auxiliaires sous la con–
duite de Kosran (i) Ardzrouni, pour faire la
guerre à Hérode. Celui-ci avait d'abord épousé la
fille d'Arétas, puis l'avait répudiée pour prendre
Hérodiade, du vivant même de son mari, cir–
constance pour laquelle il avait fait mourir Jean-
Baptiste (Méguerdich). Ainsi la guerre entre Hé–
rode et Arétas éclata à cause de l'injure faite à la
fille de ce dernier. Les troupes d'Hérode, brus–
quement attaquées, furent écrasées, grâce au con–
cours des braves Arméniens, comme si la divine
Providence eut voulu tirer vengeance de la mort
du Raptiste
( 2 ) .
CHAPITRE XXX.
Abgar envoie h Marinus des princes qui, h cette
occasion, voient Jésus notre Sauveur, ce qui /ut
le début de la conversion d'Abgar*
Vers ce temps-là, Marinus, fils de Storog (Eus-
torge), fut investi par l'empereur de la charge
de commandant de la Phénicie, de la Palestine,
de la Syrie et de la Mésopotamie. Abgar lui en–
voya deux de sesprincipaux officiers, Mar-lkap (3),
prince d'Aghdznik, et Sanipsicéramus (Scham*
schagram), chef de la maison des Abahouni, ainsi
qu'Ananus (Anan), son favori. Les envoyés se ren–
dirent dans la ville de Bethkoubin pour faire
connaître à Marinus les causes du voyage d'Abgar
en Orient, en lui montrant le traité conclu entre
Ardaschès et ses frères, et en même temps pour
invoquer l'appui de Marinus. Ils rencontrèrent
ce dernier à Eleuthéropolis. Marinus reçut avec
courtoisie et distinction les députés, et fit cette
réponse à Abgar : « Ne redoute rien de la part
de l'empereur, pourvu que tu acquittes réguliè–
rement le tribut. »
A leur retour, les députés allèrent à Jérusalem
pour voir le Christ notre Sauveur, attirés par la
renommée de ses miracles. Devenus eux-mêmes
témoins oculaires de ses prodiges, ils en firent
(1)
Kosran est peut-être une altération pour Khouran
qu'on lit dans Thomas Ardzrouni, p.
49-53.
(2)
Cf. Josèphe,
Antiq. jud.,
liv. XVHI, ch. 6.
(3)
Un manusc. donne la variante
Sariha.
Fonds A.R.A.M