Abgar, fils d'Arscham, monte sur le trône la
Vingt-quatrième année d'Arschavir, roi des Per–
ses (i ). Cet Abgar était appelé
Avag-haïr
(
homme
brave) à cause de sa bonté, de sa sagesse
( 2 ) ,
et
surtout à cause de sa haute stature. Les Grecs et
les Syriens, qui ne pouvaient bien prononcer son
nom, l'appelaient Abgar. La seconde année de
son règne, toutes les provinces de l'Arménie de–
vinrent tributaires des Romains. I l parut alors
un édit de César Auguste enjoignant, comme i l
est dit dans l'Evangile de saint Luc, de faire un
dénombrement général. Alors des procurateurs
romains furent envoyés en Arménie, y apportè–
rent l'image de l'empereur Auguste, et la placè–
rent dans tous les temples. En ce temps-là, naquit
Notre Sauveur Jésus-Christ, fils de Dieu.
Dans le même temps, Abgar et Hérode [An-
tipasl se brouillèrent, parce qu'Hérode voulait
que son image fût placée à côté de celle de César,
dans les temples de l'Arménie ; Abgar s'y opposa.
D'ailleurs Hérode, qui ne cherchait qu'une occa–
sion pour attaquer Abgar, envoya une armée
composée de Thraces et de Germains. pour faire
une incursion dans le pays des Perses, avec or–
dre de traverser les États d'Abgar. Abgar, loin de
consentir, s'oppose [au passage de cette armée],
en se fondant sur l'ordre de l'empereur qui disait
de la faire passer en Perse par le désert. Hérode
indigné et ne pouvant agir par lui-même, [tant
i l était] accablé de souffrances, en punition de
sa coupable conduite envers le Christ, comme le
raconte Josèphe, envoie son neveu Joseph, à qui
i l avait donné sa fille, unie en premières noces à
Phérour (Phéroras) son frère. Celui-là, à la tête
d'une armée considérable, précipitant sa marche
sur la Mésopotamie, se présenta devant le camp
d'Abgar, établi dans la province de Pouknan, fut
lue dans le combat, et son armée fut mise en dé–
route. Aussitôt après, Hérode mourut, et Ar-
chélaùs, son fils, fut nommé dynaste des Juifs par
Auguste (3).
CHAPITRE XXVI I .
Fondation de la ville cVÊdesse. — Court aperçu
sur la race de notre Illuminateur.,
(1)
Abgar, surnommé
Ouchama
par les Syriens, est
appelé Monobaze par Josèphe. I l régna de Tan 5 avant
J . - C , à Fan 32 après notre ère.
(2)
L'étymologie du nom d'Abgar, donnée ici parMoïse
de Khorène. est erronée, et, bien que Jules l'Africain.
cité par Eusèbe
(
Ckron.,
II, p. 296), semble confirmer
son explication : « à Édesse régna Abgar, homme par–
fait », cependant rien n'autorise à l'admettre.
(3)
Cf. Josèphe,
Antiq. jud.,
liv. XIV, ch. 27 ; liv.
XVII, ch. 10. —
Bell.jud.,
liv. I; ch. 13, 21. —M. de
Peu de temps après, Auguste mourut, et Ti–
bère lui succéda comme empereur des Romains.
Germanicns devint César et conduisit à Rome les
princes [du royaume] d'Arschavir et d'Abgar qui
ornèrent son triomphe, à la suite de la guerre où
ils avaient fait périr le neveu d'Hérode. Abgar,
irrité, médite des projets de révolte et se pré–
pare à la guerre. 11 éleva une ville sur le lien oc–
cupé par le camp des Arméniens, à l'endroit
même où précédemment elle gardait le passage de
l'Euphrate contré les entreprises de Cassius. Cette
nouvelle ville fut appelée Edesse. Abgar y trans–
porte sa cour qui était à Medzpin, tous ses dieux,
savoir : Nabok, Bel, Patnikal et Tarata
(1),
les
bibliothèques des écoles attachées aux temples, et
aussi les archives royales.
Ensuite, Arschavir étant mort, sonfilsArdas–
chès régna sur les Perses. Bien que ce ne soit pas
l'ordre chronologique, ni l'ordre systématique
que nous avons adopté pour la rédaction de ces
annales, nous allons, — puisqu'il est question
des descendants du roi Arschavir et d'Ardaschès
son fils, [auxquels la nation arménienne est re–
devable de la vraie croyance
( 2 ) ] ,
——
pour faire
honneur" à ces princes, les placer par anticipa–
tion près d'Ardaschès, afin que les lecteurs sa–
chent qu'ils sont bien issus de la race du brave
[
Arschag le Parthe]. Enfin nous noterons l'époque
de l'arrivée en Arménie, de leurs ancêtres, les
Garénian et les Sourénian, de qui descendent
saint Grégoire et les Gamsarian, lorsque, suivant
l'ordre des événements, nous atteindrons le règne
du roi sous lequel ils parurent (5).
Cependant Abgar échoua dans ses projets de
révolte ; des dissensions s'étant élevées entre ses
parents du royaume de Perse, i l se mit en mar–
che avec une armée pour apaiser et mire cesser
la discorde.
CHAPITRE XXVI I I .
Abgar va en Orient et maintient Ardaschès sur l
trône de Perse.
—
Il réconcilie sesfrères de qui
sont issus notre Illuminateur et sesparents.
Saulcy vient de publier tout récemment (Paris,
1807)
une
Histoire d'Hérode,
où l'auteur a rassemblé tous les
documents qui peuvent jeter un jour nouveau sur cette
période des annales juives, dont les événements pré–
sentent une foule de complications.
(1)
Cf.
Emin,
Beck. sur lepag. arm.,
trad. d'A. de
Stadlcr, p.
33
et
suiv.
(2)
Ce
qui est entre crochets [ ] est une addition que
l'on trouve seulement dans deux manuscrits.
(3)
Voir plus
bas.
les
eh. 28
et
58
du liv. I I .
Fonds A.R.A.M