92
MOÏSE DE KHORÈNE.
et n'accomplit aucune action d'éclat. Adonné à
la bonne chère et à la boisson, i l errait dans les
marais, dans les roseaux et les rochers, pour
chasser les onagres et les sangliers. Peu soucieux
de ce qui regardait la sagesse, l a valeur et la
bonne renommée ; véritablement esclave de son
ventre, il en augmentait sans cesse la rotondité.
Se voyant méprisé de ses soldats,
à
cause de son
excessive mollesse et de sa dégoûtante glouton–
nerie, et surtout
à
cause de la perte de la Méso–
potamie, qu'Antoine lui avait enlevée, Arda-
vazt, indigné, ordonne de réunir les dix mille
hommes de la province d'Adherbadagan, les habi–
tants delà montagne du Caucase avec les Aghouank
et les Ibères (Virk), et il se porte sur la Mésopo–
tamie, d'où il expulse les garnisons romaines.
CHAP I TRE X X I I I .
Antoinefait Ardavazt prisonnier,
Antoine rugit comme un lion furieux, et Cléo-
pâtre l'excite encore davantage, parce qu'elle
nourrissait dans son cœur le souvenir des persé–
cutions endurées par son aïeule, de la part de
Tigrane. Antoine devint le bourreau non-seule–
ment des Arméniens, mais de beaucoup de rois,
dont il confisqua les Etats. C'est pourquoi, immo–
lant un grand nombre de rois, i l donne leurs do–
maines à Cléopâtre, à l'exception de Ty r et de
Sidon et des pays situés près du fleuve Eleuthère
(
Azad). Antoine, avec ses troupes, marche contre
Ardavazt, et, étant entré en Mésopotamie, taille
en pièces l'armée arménienne, fait le roi prison–
nier et revient en Egypte pour offrir à Cléopâtre
Ardavazt, fils de Tigrane, avec beaucoup de butin
fait pendant la guerre (i).
(1)
Cf. sur tous ces événements les historiens grecs et
romains, notamment : Appien,
Bell. Parth.,
ad cale
Plutarque,
Lucullus.
Dion Cassius,
Hist. rom.,
liv. XL, XLIX. — Velléius Patcrcuïus,
Hist. romaine,
1.
II,
passim.
Josèphe,
Antiq. jud.,
liv. XV, ch. 5.
Bell, jud.,
liv. I , ch. 13. — Les historiens occiden–
taux racontent d'une manière très-différente les évé-
nernents accomplis en Arménie à cette époque de troubles
et de confusion. Moïse de Khorène, qui n'a eu en vue
dans son Histoire que de rapporter les faits relatifs à
la branche royale des Arsacides, a passé sous silence
tous les événements qui eurent lieu dans la Haute Ar–
ménie, alors au pouvoir des Romains, et il s'est borné
seulement à donner le récit des faits accomplis dans
l'Arménie inférieure et dans la Mésopotamie. Aussi,
pour se faire une idée exacte de la situation de l'Ar–
ménie à l'époque où nous sommes arrivé, il faut tenir
compte des renseignements que nous ont fournis les
historiens romains, et recourir aux sources latines qui
sont fort abondantes. Nous nous contenterons de men–
tionner sommairement les plus importantes, parce que
CHAP I TRE
XXIV.
Règne d'Arscham. — L'Arménie est en partie
soumise au tribut des Romains, pour la pre–
mière fois, — Délivrance d Hyrcan. — Périls
que la race des Bagratides court à cause
tle lui,
L a vingtième année et vers la fin du règne d'Ar-
[
da] schès, les troupes arméniennes, rassemblées
par ses ordres, élurent pour roi Arscham ou Ar-
same (i), fils d'Ardaschès frère de Tigrane, père
d'Abgar. Quelques Syriens le nomment Ma-
nova ( 2 ) , selon l'usage commun à plusieurs prin–
ces d'avoir deux noms, comme Hérode Agrippa,
comme Titus Antonin ou Titus Justus. Mais, comme
cette même année mourut Ar[da]schès laissant la
couronne de Perse à son fils Arschavir encore en
bas âge, i l n'y eut personne qui vint en aide à
Arscham contre les Romains. C'est pourquoi Ars–
cham signe la paix avec ses ennemis, leur paye
tribut pour les contrées de la Mésopotamie et de
Césarée, entre les mains d'Hérode. C'est alors que
l'Arménie commença à être en partie tributaire
des Romains.
Vers le même temps, Arscham entra en fureur
contre Enanus, général [de la cavalerie], et qui po–
sait la couronne sur la tête des rois, parce qu'il
avait délivré Hyrcan, grand—prêtre des Juifs, fait
autrefois prisonnier par Parzaphrane Reschdouni,
au temps de Tigrane (3). Enanus s'excuse auprès
les faits qui sont rapportés dans les livres de ces écri–
vains sont suffisamment connus. Nous renvoyons donc
le lecteur aux ouvrages de Josèphe, de Tacite, de Fie–
ras, de V. Paterculus, de Suétone, de Dion Cassius,
d'Orose, etc., qui entrent dans les détails les plus cir–
constanciés sur les victoires de Corbulon, la puissance
de Pharasmane, roi d'ibérie, rétablissement de son
frère Mithridate sur le trône d'Arménie et sa fin mal–
heureuse, les aventures de Rhadamiste, fils de Pharas–
mane, et Pavénement de Tiridatc, frère de Vologèse, roi
des Parthes, qui semblamettre un terme aux malheurs
de l'Arménie.
(1)
Arscham régna à Nisibe, avec l'assentiment des
Parthes, de Pan 38 à Tan 10 avant notre ère.
(2)
Ce nom de Manova, qui est une forme de l'ap–
pellation syrienne
Maanou,
était en effet le nom que les
Syriens donnaient à Arsame ou Arscham, puisque nous
le trouvons ainsi
mentionné
par Denys de Thelmahr
(
Chron. syr.,
p. 71, éd. Tullhcrg), qui lui attribue éga–
lement le surnom de
Saphéloul.
L'appellation Maanou,
dont les Arméniens avaient fait Manova, se retrouve
sous la forme Monobaze, et c'est en effet sous cette
forme que nous la voyons mentionnée dans Josèphe
4
(
Antiq. jud.
t
liv. XX, ch. 2),qui dit que Monobaze,
probablement le même que notre Arscham, était roi de
l'Adiabènc, Mové6aÇo; ôxôv!\8ia6r,vwv ftoetXcvç.
(3)
Cf. Josèphe
(
Antiq. jud.,
liv. XV, ch. 2 ), qui dit
Fonds A.R.A.M