HISTOIRE D'ARMÉNIE.
91
[
chercher à] tromper Hérode. Mois celui-ci ne
donna pas dans le piège, et, craignant de rester
davantage dans la ville, tant il redoutait la fac–
tion d'Antigone, il s'enfuit nuitamment et en secret
chez les Iduméens, en laissant sa famille dans la
forteresse de Masandan ( i) ; puis il se hâta d'aller à
Rome. Cependant l'armée arménienne, grossie
des soldats de la faction d'Antigone, entra à Jé–
rusalem sans molester aucunement les habitants* et
se contenta de saisir les biens d'Hyrcan [qui mon–
taient à] plus de trois cents talents. Tout le pays
est envahi; on pille tous les partisans d'Hyrcan,
la ville de Marissa
( 2 )
est prise, et Antigone est
établi comme roi. Ensuite Hyrcan, chargé de
chaînes, est conduit avec les captifs devant T i –
grane (3). Tigrane ordonne à Parzaphrane de
transporter les captifs juifs de Marissa dans la
ville de Sémiramis (Van) ; et Tigrane, trois ans
après ces événements, meurt après avoir régné
trente ans.
CHAPITRE X X .
Autreguerre des Arméniens contre les Romains.
—
Défaite de SiIon et de Ventidius.
Arrivé à Rome, Hérode se présente devant
Antoine, César et le sénat; et il expose sa fidélité
envers les Romains. Investi de la royauté de
la Judée par Antoine, il reçoit de lui comme
auxiliaire le général Ventidius, avec une armée
romaine, afin de combattre les Arméniens et
d'anéantir Antigone. Arrivé en Syrie, Ventidius
met en fuite l'armée arménienne, laisse Silon
pour leur résister près de l'Euphrate, et. après
avoir mis à mort Pacorus, il retourne à Jérusalem
pour attaquer Antigone. Cependant les Armé–
niens, ayant reçu de nouveaux renforts de la
Perse, fondent sur Silon, le culbutent, le rejet–
tent sur Ventidius, et font couler des flots de
sang (4).
(1)
Masandan était une forteresse del'Idumee, située
à peu de distance de la mer Morte, et qui faisait autre–
fois partie de la tribu de Juda. M. de Saulcy, dans son
Voyage autour de la mer Morte,
a retrouvé son em–
placement.
(2)
Marisa, Marissa ou Marésa, était une ville de la
tribu de Juda, qui est citée dans le liv. II des Para-
lipomènes, ch. XI, V. 8 ; XIV, 9-10; XX, 37. —Mich.,
1, 15. —
I l Machab., XII, 35.
(3)
Cf. Josèphe,
Antiq.jud.,
liv. XIV, ch. 23-25. —
Bell. jud.,
liv. I, ch. i l .
(4)
Cf. Josèphe,
Antiq. jud.,
liv. XIV ch. 26. —
Bell.jud.,
liv. I, ch, 12.
CHAPITRE X X I .
Comment Antoinefond lui-même sur l'armée ar–
ménienne, et s'empare de Samosate,
Antoine, au comble de la fureur, accourt en
personne à la tête de toute l'armée romaine, et,
arrive à Samosate, i l apprend la mort deTigrane.
Il s'empare de la ville, et, laissant à Sosius le soin
de se porter au secours d'Hérode pour combattre
contre Antigone à Jérusalem, il va prendre ses
quartiers d'hiver en Egypte. Enflammé d'amour,
il courait plein d'ardeur vers Cléopâtre, reine
d'Egypte. Cette Cléopâtre était la fille de Ptolé-
mée Dionysos (1), neveu de Cléopâtre Ptolémaïs
et ami d'Hérode. C'est pourquoi Antoine recom–
mande chaudement la cause d'Hérode à Sosius.
Sosius, après avoir combattu vaillamment, s'em–
pare de Jérusalem, met à mort Antigone et ré–
tablit Hérode comme roi de toute la Judée et de
la Galilée (a).
CHAPITRE XX I I .
Règne d
1
Ardavazt. —- Guerre contre les Romains
Ardavazt (3), fils de Tigrane, règne sur les Armé–
niens. Celui-ci établit ses frères et ses sœurs dans
les cantons d'Aghiovid (4) et d'Arpéran (5), leur
abandonne une partie des droits royaux perçus
sur les villages de cette contrée, avec des revenus
et des rentes particulières (6), sur le même pied
que ses parents établis dans les régions d'Hasch-
diank, pour augmenter l'éclat de leur rang et
rendre leur position plus royale encore que celle
des autres Arsacides. Seulement il les force à ne
point vivre en Ararat, lieu de la résidence royale.
Ardavazt ne fit rien autre chose de remarquable
(1)
Appien et d'autres écrivains assurent que cette
princesse était à la fois la sœur et la femme de Pto-
lémée Dionysos.
(2)
Cf. Josèphe,
Antiq. jud.,
liv. XIV, ch. 27, 28,
liv. XV, ch. 1 etsuiv.
—
Bell.jud.,
liv. I, ch. 12-14.
(3)
Ardavazt I
e r
,
associé au trône par son père Ti–
grane, en l'an 55 avant notre ère, reste seul maître du
pouvoir en 36. 11 est fait prisonnier par Antoine en 34,
et mis à mort en Egypte.
(4)
Canton de. la province de Douroupéran, que Tho–
mas Ardzrouni et Vartan placent dans le canton de Pez-
nouni.
(5)
Ce nom me parait être altéré, et il n'est pas im–
possible d'y reconnaître le nom de la province de Dou–
roupéran , qu'une erreur de copiste aurait dénaturé en
celui d'Arpéran (Cf. Indjidji,
Arm. anc,
p. 193, note 2 ).
(6)
Selon Moïse de Khorène (
Hist. d'Arm.,
II, 61-62 );
Ardavazt II aurait agi de la même façon avec les mem–
bres de sa famille.
Fonds A.R.A.M