arménienne de franchir l'Euphiate et de faire des
incursions en Syrie.
Vers le même temps, Tigrane, qui se défie du
jeune Mithridate, qu'il soupçonne n'être point le
fils de sa sœur, ne lui donne aucune part à la
souveraineté, et refuse même de lui confier ses
propres États de l'Ibérie. Mithridate, méprisé de
la sorte par son oncle Tigrane, se révolte et se
retire auprès de César, qui lui donne la souve–
raineté de la ville de Pergame (Perga) et reçoit
de lui Tordre de se porter au secours d'Antipater,
père d'Hérode. Mithridate multiplie les cons–
tructions de Mazaca, qu'il nomme Césarée, en
l'honneur de César ( i ) . Dès lors cette ville fut dé–
tachée des domaines de l'Arménie.
CHAPITRE XIX.
Alliance de Tigrane et d Ardaschès. — Invasion
en Palestine. — Captivité du grand prêtre
Hyrcan et d'un grand nombre de Juifs.
A la suite de tous ces événements, Tigrane, at–
taqué par la maladie, offre à Ardaschès (a), roi
des Perses, de se réconcilier avec l u i , car celui-ci
avait été dépouillé du rang suprême par l'or–
gueilleux père de Tigrane. Cependant Tigrane, se
démettant spontanément du second rang, res–
titue, comme c'était le droit, le premier à Ardas–
chès, fait amitié avec ce prince, et en reçoit un
secours de troupes. En même temps, Tigrane
choisit Parzaphrane
(3),
chef de la satrapie des
Reschdouni, pour commander l'armée des Ar–
méniens et des Perses, l'envoie contre les Ro–
mains et lui ordonne de traiter avec les habitants
de la Syrie et de la Palestine. Un certain Paco-
rus, dont le père avait été roi de Syrie et était
parent d'Antigone, descendant d'AristobuIe
(4),
(1)
Voy. plus haut, liv. I , ch.
14.
(2)
Quelques manusc. écrivent ce nom
Arschez,
mais
c'est une erreur des copistes.
(3)
Le nom de ce personnage est donné sous la forme
BapÇaçàpvYj;,
par Josèphe (
Antiq.jud.
%
liv.
XIV,
ch.
23,
24, 25. —
Bell, jud.,
liv.
I ,
ch.
11).
(4)
Au dire de Cicéron
{
Lettres
219, 226,
éd. Nisard,
t. V, p.
204,209)
et de Justin (
I. XLII, § 4.),
ce Pacorus
ou Bakour était fils d'Orode, roi des Parthes. Josèphe
(
Antiq. jud.,
liv.
XIV,
ch.
24 )
dit aussi que Pacorus
était fils du roi des Parthes, sans donner le nom de son
père ;mais il comblecette lacune, dans sa
Guerre desJuifs
(
liv. I , ch.
11 )
,
en disant que Pacorus était fils du roi
Lysanias, qui avait succédé à Ptolémée son père, fils de
Mennéus (Maanou des Syriens). Nous ferons cependant
observer que celte généalogie est tout à fait erronée, car
Orode était fils dcPhraate III et frère de Mithridate m.
Ce dernier périt assassiné par Orode et fut remplacé
par lui sur le trône des Parthes, en l'an
53
av. notre ère.
s'avança au-devant de Parzaphrane, et promit au
chef des Reschdouni, général des Arméniens et
des Perses, cinq cents femmes d'une grande beauté
et mille talents d'or, si Parzaphrane voulait l'ai–
der, en dépouillant Hyrcan de la couronne de
Judée, à placer Antigone sur le trône.
Quand Hyrcan, grand-prêtre et roi des Juifs, et
Phasaël, frère d'Hérode, virent que Parzaphrane,
ayant mis en fuite l'armée romaine, après en avoir
précipité une partie dans la mer, et rejeté une
partie dans les villes, traversait le pays sans le mo–
lester, ils firent ensemble des propositions de
paix
à
Parzaphrane. Ce général envoie sans re–
tard Knel (i), grand échanson du roi d'Arménie,
de la maison des Kénonni
( 2 ) ,
à Jérusalem, avec
delà cavalerie, sous prétexte de traiter de la paix,
mais en réalité pour secourir Antigone. Hyrcan
ne permit pas au grand échanson d'entrer avec
toutes ses troupes à Jérusalem, mais seulement
avec cinq cents cavaliers. Le grand échanson,
usant de ruse, conseilla à Hyrcan d'aller s'en–
tendre avec Parzaphrane relativement à la dé–
solation du pays, lui promettant de lui prêter sa
médiation. Hyrcan ayant demandé nn serment à
Parzaphrane, celui-ci jure par leSoleil, par toutes
les divinités du ciel et de la terre, et par le soleil
(
la vie) d'Ardaschès et de Tigrane. Hyrcan, ras–
suré par ce serment, laisse Hérode à Jérusalem
et va trouver Parzaphrane avec Phasaël, frère
aîné d'Hérode, sur le rivage de la mer, dans un
village du nom d'Ecdippon.
Parzaphrane, usant de ruse, les reçut avec hon–
neur, puis, s'esquivant brusquement, i l donna
ordre aux soldats qui étaient là de se saisir des
deux étrangers et de les livrer à Antigone. Anti–
gone se jeta sur Hyrcan, lui conpa une oreille
avec les dents, afin que, si les temps changeaient,
i l ne pût plus exercer le suprême pontificat, car
la loi ordonne de n'élever à la dignité sacerdo–
tale que ceux qui ont tous leurs membres. Alors
Phasaël, frère d'Hérode, se frappe lui-même la
tête contre une pierre, et un médecin, appelé
par Antigone comme pour lui donner des soins,
introduit du poison dans la plaie, et le fait
mourir.
Parzaphrane ordonna au grand échanson d'Ar–
ménie de s'emparer de la personne d'Hérode à
Jérusalem, en lui tendant des embûches. L'é-
chanson s'avança jusqu'auprès des murailles pour
(1)
Selon Josèphe (
Antiq. Jud.,
liv. XIV, ch.
24),
le
nom du grand échanson était Pacorus. comme lefilsdu
roi des Parthes.
(2)
Cf. plus haut, liv. IT, ch. 7
Fonds A.R.A.M