tribut par terreur. Peu de temps après, ses
malheurs dépassèrent ceux de tous les autres,
Cyrus combattant contre les Massage tes, Da–
rius chez les Scythes, Cambyse chez les Éthiopiens,
n'éprouvèrent pas tant d'infortunes. C'est peu de
chose que la disgrâce de Xerxès, dans son expé–
dition de Grèce, abandonnant ses trésors et ses
tentes, car i l s'échappa sain et sauf. Mais.lui, si
fier de ses grands triomphes, il est assassiné par
ses propres soldats. »
Je considère ces récits comme dignes de foi ; et
le Crésus qui, dit-on, vivait sous Cyrus et sous
Nectanébo, je le regarde comme un personnage
imaginaire, à moins que plusieurs rois n'aient
porté le même nom, comme c'est l'usage pour
beaucoup.
CHAPITRE X I V .
Règne de Tigrane [piltran) II. — Sa résistance
aux armées grecques. —II construit des tem–
ples. — Il envahit la Palestine.
Après Ardaschès I
e r
,
son fils Tigrane monte
sur le trône ( i ) , dans la dix-neuvième année du
règne d'Arschagan, roi des Perses. Tigrane, ayant
rassemblé les forces arméniennes, se porte contre
celles des Grecs, qui, après la mort de son père
Ardaschès et la dispersion de ses troupes, étaient
parvenus par une marche progressive jusque
dans notre pays. Tigrane les attaque et les re–
pousse; Tigrane remet ensuite à son beau-frère
Mithridate
( 2 )
(
Mihrtad) le gouvernement de Ma-
zaca (Césarée) et des provinces méditerranéennes,
lui laisse une armée nombreuse et retourne dans
notre pays.
Son premier soin fut de construire des tem–
ples; mais les prêtres venus de Grèce, craignant
d'être relégués au fond de l'Arménie, prétendi–
rent que les présages [avaient ordonné] que les
idoles voulaient se fixer dans ces lieux. Tigrane,
cédant [à leurs vœux], érige la statue de Jupiter
(
Zeus) Olympien sur le rocher d'Ani, la statue
d'Athéné à Thil, la statue d'Artémis à Eriza, celle
d'Héphaestos à Pakaïarindch (3). Quant à la statue
d'Aphrodite, comme l'amante d'Hercule, il la
(1)
Tigrane II régna de Tan 89 à Pan 36 avant notre
ère.
(2)
Selon le témoignage de Plutarque (
Lucullus )
et d'Appièn
(
Bell. Mithr.,
vm ), Mithridate aurait été
le beau-père de Tigrane. — Cf. aussi Hemnon, dans
les
Frcujm. hist: grxc.
de M. Ch. Millier, t. III, page
549,
§ 43.
(3)
Cf. J.-B. Emin,
Recherches sur lepagan. arm.,
trad. d'A. de Stadler,
passim.
fait porter
à
côté de celle d'Hercule
à
Aschdis-
chad ( lieu des sacrifices ). Irrité contre les
Vahnouni qui avaient dressé dans leurs propres
domaines la statue d'Hercule envoyée par son
père , il les dépouille du sacerdoce et confisque
le village où elle était élevée.
Ayant construit des temples et dressé devant
[
ces sanctuaires] des autels, le roi ordonne à tous
ses satrapes d'offrir des sacrifices [aux dieux] et
de les adorer. La famille des Bagratides s'y re–
fuse, et un de ses membres, nommé Asout, qui
avait méprisé les idoles, a la langue conpée. Les
autres ne furent pas inquiétés, parce qu'ils con–
sentirent à manger de la chair des victimes et de
la viande de porc, bien qu'ils ne sacrifiassent pas
eux-mêmes et n'adorassent point les idoles. Pour
cette raison, Tigrane leur enlève le commande*
ment de l'armée, mais il ne leur ôte pas celui de
la cavalerie auquel est attaché le droit de poser
la couronne sur la tête du roi. Ensuite Tigrane
va en Mésopotamie, y trouve la statue de Pars-
'
chamin, faite d'ivoire, de cristal et d'argent; il la
fait enlever et dresser dans le bourg de Thortan.
Sans plus tarder, Tigrane se porte en Pales–
tine (1) pour demander raison à Cléopâtre, fille de
Ptolémée, des insolences de sonfilsDionysos envers
son père (Ardaschès). I l fait prisonniers un grand
nombre de Juifs et assiège la ville de Ptolémaïs...
La reine des Juifs, Alexandra, c'est-à-dire Messa-
line (a), femme d'Alexandre, fils de Jean, fils de
Simon, frère de JudaMacchabée, qui alors occu–
pait le trône de Judée, obtint à force" d'argent
que Tigrane se retirerait; car ce prince avait
reçu l'avis qu'un brigand nommé Vaïgoun dévas–
tait l'Arménie, et qu'il avait occupé une montagne
inexpugnable qui, du nom de ce brigand, fut
alors appelée Vaïgounikh (3).
CHAPITRE XV .
Pompée, général romain, tombe sur nous. —Prise
deMazaca (Césarée). —Mort de Mithridate.
En ce temps-là, Pompée, qui était à la tète des
(1)
Josèphe, qui parle de cette expédition de Tigrane
en Palestine
(
Antiq. jud.,
liv. XIII, ch. 24; —
Bell,
jud.,
liv. I , ch. 4), dit en effet que ce prince, après
s'être emparé de Ptolémaïs, et avoir reçu les ambassa–
deurs d'Alexandre, qu'il renvoya avec des paroles d'es–
pérance, rentra dans ses États, parce qu'il avait appris
l'invasion de l'Arménie par Lucullus, qui ravageait tout
le pays.
(2)
Elle est appelée Scléné par Josèphe.
(3)
Cette montagne, située dans la province d'Artzakh,
donna son nom à un des quatorze cantons de cette con–
trée ( Cf.
Géogr.
de Moïse de Khorène, dans Saint-Mar–
tin,
Mém. sur l'Arm.,
t. II, p. 364-365.)
Fonds A.R.A.M