HISTOIRE
quelle influence s'éleva cet effroyable tumulte, et
ces troupes innombrables s'exterminèrent mu–
tuellement. Ardaschès fuit et meurt, dit-on, de
la main de ses soldats, après vingt-cinq ans de
règne (i).
Ardaschès, ayant enlevé encore dans l'Hellade
les statues de Zeus, d'Artémis, d'Athéné, d'Hé-
phaestos et d'Aphrodite, les fait transporter en
Arménie. Ces statues ne sont pas encore arrivées
au centre du pays, que déjà on répand la nouvelle
de la mort d'Ardaschès ; on fuit, on jette ces statues
dans le fort d'Ani ; mais les prêtres, s'attachant à
ces idoles, restent près d'elles.
CHAPITRE X I I I .
Preuves des conquêtes d?Ardaschès et comment
il fit Crésus prisonnier, diaprés les autres
historiens.
Ces faits sont racontés par les historiens grecs,
non pas seulement par un seul ou par deux, mais
par un grand nombre. Doutant encore de la vé–
rité, nous avons fait beaucoup de recherches mi–
nutieuses, car nous avions su, par certaines his–
toires, que Cyrus avait tué Crésus et s'était emparé
du royaume de Lydie; on rapporte aussi les
combats de Crésus et de Nectanébo. Ce Nectanébo
est le dernier roi d'Egypte, selon Manéthon, et
selon d'autres il serait le père d'Alexandre. Nous
trouvons Crésus deux cents ans avant Nectanébo,
et Nectanébo deux cents ans avant Ardaschès
premier, roi d'Arménie.
Mais, puisque beaucoup d'historiens disent que
notre Ardaschès prit Crésus et qu'ils rapportent
ce fait avec des détails circonstanciés, je veux
bien le croire; car Polycrate s'exprime ainsi *
«
Ardaschès le Parthe me parait bien supérieur à
Alexandre de Macédoine, parce que, tout en res–
tant dans son propre pays, il commanda à Thèbes
(
I) Moïse de Khorène et les autres historiens armé-
.
niens, après lui, semblent avoir confondu ensemble les
expéditions d'Ardaschès avec celles de son fils Ti-
grane, car les Grecs attribuent au second toutes les
conquêtes queMoïsemet sur le compte de son père Ardas–
chès. Saint-Martin, dans sonouvrage posthume intitulé :
Fragments d'une Hist. des Arsacides
(
t. I, p. 62 et
suiv.), a cherché à concilier les récits des Grecs et des
Arméniens, en expliquant comment il a pu se faire
que ceux-ci ont confondu Ardaechès avec Tigrane
qui portait, au dire d'Appien
(
Debello Mithr.,
civ),
le même nomque son père. Ce qui est certain, c'est
que les expéditions que Moïse dit avoir
été faites
par
Ardaschès ne sont admissibles dans l'histoire qu'à la
condition de les considérer comme étant les mêmes
que celles que Mithridate, aidé de Tigrane, son parent
et son allié, entreprit contre les Romains.
D'ARMÉNIE.
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et à Babylone; et, sans franchir le fleuve Halys,,
il tailla en pièces les troupes lydiennes et prit
Crésus. Avant son arrivée en Asie, son nom était
connu dans le château de l'Attique (Eddigé).
Malheur à sa destinée ! Si, du moins, il était mort
sur le trône, et non dans une défaite ! »
Evagoras (Evagaros) dit également : « La guerre
d'Alexandre et de Darius est peu de chose, com–
parativement à celles d'Ardaschès; car la pous–
sière soulevée par la marche. d'Alexandre et de
Darius obscurcissait la clarté du jour ; mais Ar –
daschès cacha le soleil avec la multitude des–
flèches lancées, et produisit les ténèbres, faisant
ainsi une nuit artificielle au milieu du jour. I l ne
laisse pas un seul des Lydiens prendre la fuite
pour annoncer la nouvelle [de leur défaite], et il
fait mettre leur roi Crésus dans une chaudière de
fer. A cause d'Ardaschès, les torrents ne grossirent
pas le fleuve; ses eaux, absorbées par les soldats,,
s'étaient abaissées comme en hiver. Ardaschès
rendit les nombres impuissants à calculer la mul–
titude de ses troupes, au point qu'il fallût plutôt
recourir aux mesures qu'aux chiffres. 11 ne se
glorifiait pas de cela, mais il pleurait en disant :
Hélas! ma gloire est passagère! »
Camadrus s'exprime ainsi : « Les Lydiens, dans
leur orgueil, se laissèrent tromper par la réponse
de l'oracle pythique à Crésus :
«
Crésus, en passant l'Halys, brisera la puis–
sance. »
Il entendait la puissance des étrangers, et il se
brise lui-même. Fait prisonnier par le Parthe
Ardaschès, il est jeté dans une chaudière de fer.
Alors Crésus, se rappelant les paroles de Solon
l'Athénien, dit dans sa langue : « O Solon, ô
Solon! tu avais bien raison de ne pas vouloir
proclamer le bonheur d'un homme jusqu'au mo–
ment de sa fin. » Ce qu'ayant entendu les gens les*
plus rapprochés de lui, ils rapportèrent à Ardas–
chès que Crésus invoquait quelque nouveau dieu.
Ardaschès, touché de compassion, se fit amener
le captif, l'interrogea, et, ayant compris son in–
vocation , il fit cesser les tortures. »
Phléton (Phlégon) écrit : « Le Parthe Ardaschès
était devenu de tous les rois le plus puissant;
non-seulement il défit les Lydiens, enchaîna Cré–
sus, mais encore, dans l'Hellespont et dans la
Thrace, il changea la nature des éléments; sur
terre, il marchait à pleines voiles; sur mer, il mar–
chait à pied. 11 menaça la Thessalie; sa renommée
plongea toute la Grèce dans la stupeur; il défit
les Lacédémoniens, mit en fuite les Phocéens; les
Locriens se donnèrent à lui et les Béotiens firent
partie de ses peuples. Toute l'Hellade lui payait
Fonds A.R.A.M