histoires des temples de Sinope et du Pont; et
que personne n'en doute, car nous avons vn nous*
même, de nos yeux, ces manuscrits. Comme t é –
moignage et comme garantie, tu as encore l'His–
toire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée que le
bienheureux docteur Maschdotz fit traduire en
arménien (i). Cherche à Kéghakhouni (a), dans le
canton de Siounie, et tu auras dans le premier
dossier, numéro treize, la certitude que dans les
archives d'Édesse on trouve l'histoire de tous les
actes de nos premiers rois jusqu'à Abgar, et de–
puis Abgar jusqu'à Erouant (3). Je crois que tous
ces documents sont encore conservés dans cette
ville.
CHAPITRE
XI .
De notre Ardaschès premier.
Il s'empare du
premier rang.
Ardaschès succède à son père Arschag sur le
trône d'Arménie, la vingt-quatrième année du
règne d'Arschagan, roi des Perses (4)* Sa situation
ayant progressé, il ne se contente plus de la se–
conde place et il veut le premier rang ; Arschagan
lui cède la suprême royauté. Ardaschès était un
homme orgueilleux et belliqueux. 11 se bâtit en
Perse un palais ; il frappa monnaie à son effigie
(5) ;
il tint sous sa dépendance Arschagan, roi des
Perses, et déclara son propre fils Tigrane roi
d'Arménie.
Ardaschès confie l'éducation de sonfilsTigrane
à un jeune homme appelé Varaj, fils de Tad, de la
race de ICarnig, descendant de Kégham. Varaj
était un jeune homme renommé par son adresse
(1)
Mesrob, surnommé Maschdotz, dont la Biographie
est publiée en tête de ce volume. — Il est probable que
l'Histoire ecclésiastique d'Eusèfoe fut traduite en armé–
nien, non pas sur le texte original grec, mais sur la
version syriaque. Cette traduction arménienne existe
encore à présent en manuscrit dans plusieurs bibliothè–
ques, notamment à Edchmiadzin, à Saint-Lazare de Ve–
nise et à Paris.
(2)
Le canton de Kégharkhouni ou de Kéghakhouni, le
plus septentrional des districts de la Siounie, est situé sur
les rives sud-est du lac de Sévan, auquel il donnait quel–
quefois son nom (IndjWji,
Arm. anc,
p. 265.
Saint-
Martin,
Mém. sur VArm.
,
t I , p. 143).
(3)
Cette indication d'un classement méthodique d'ar–
chives, dès le cinquième siècle de notre ère, est fort in–
téressante, et c'est, à ma connaissance., la plus ancienne
mention que Ton trouve dans l'histoire de l'Orient
d'une organisation spéciale des documents conservés
dans un dépôt d'archives.
(4)
Ardaschès ou Artaxès I régna de Pan 114 à Pan
89
av. notre ère.
(5)
Aucune monnaie de ce prince ne nous est par–
venue.
et son habileté à tirer de l'arc. Créé surintendant
des chasses royales, il obtient encore des villages
sur les bords du fleuve H rastan ( i ) ; c'est de son
nom que sa race s'appelle Varajnouni. Ardaschès
donne sa fille Ardaschama en mariage à Mithridate
(
Mihrtad) (a), grand pteschkh deslbériens (VirkJ,
issu de la race de Mithridate, satrape de Darius,
qu'Alexandre plaça à la tête des captifs îbériens,
comme cela a été dit plus haut. Ardaschès confie
à Mithridate le gouvernement des montagnes du
Nord et de la mer du Pont.
CHAPITRE X I I .
Ardaschès part pour l'Occident, fait Crésus pri–
sonnier, et donne à TArménie les idoles qu'il a
enlevées.
Alors Ardaschès ordonne de lever en Orient et
au Nord une si grande armée qu'il ignore même
le nombre [des soldats qui la composent] ; mais
il ordonne à chacun de laisser dans les lieux par
où l'on passera et où l'on fera halte, une pierre
pour former un monticule, en souvenir d'une si
prodigieuse multitude. Ardaschès se dirige sur
l'Occident et fait prisonnier Crésus, roi de Lydie.
II trouva en Asie les statues de bronze doré
d'Artémis, d'Hercule et d'Apollon, et les fit porter
dans notre pays pour les ériger à Armavir (3).
Les pontifes qui étaient de la race des Vahnouni
dressèrent à Armavir les statues d'Apollon et
d'Artémis; mais la statue virile d'Hercule, faite
par Scyllis et Dipénus de Crète (4), qu'ils prirent
pour leur ancêtre Vahak'n, ils l'érigèrent dans le
canton deDaron, dans leur propre village d'Ascii-
dischad, après la mort d'Ardaschès.
Mais Ardaschès, ayant soumis la contrée située
entre les deux grandes mers, couvrit l'Océan de
la multitude de ses voiles pour asservir tout l'Oc–
cident. Rome était alors agitée par de grands
troubles (5), et personne n'oppose à Ardaschès-
une vive résistance. Mais je ne saurais dire par
(1)
Le Hrastan ou Hourasdan, actuellement Zangou-
Ked ou Zingui-Sou, prend sa source dans le Kara-bog-
haz et reçoit les eaux d'une autre rivière qui est ali–
mentée par celles du lac de Sèvan. Il traverse Erivan
et va se jeter dansl'Araxe. — Cf.la carte de la Trans-
caucasie, publiée par le comité topographique du Cau–
case, 1858.
(2)
Mithridate le Grand régna de l'an 123 à Pan 65
av. notre ère.
(3)
Cf. notre Collection, 1.1, p. 20, note 3.
(4)
Cf. Pline,
Bist. nat»
liv. XXXVI, ch. 4, § 1 ( éd .
Littré, dans la Collection des auteurs latins de M. M*
sard), et Cédrénus, p. 265.
(5)
La guerre civile de Mariuâ et de Sylia.
Fonds A.R.A.M