HISTOIRE ]
Valarsace fait reconstruire la ville de Sémira-
mis et élever dans beaucoup d'endroits, pour des
populations nombreuses, des bourgs importants.
H fait régner également un ordre parfait, fixe
les heures d'audience, des conseils et des diver–
tissements. I l divise la milice en première, se–
conde, troisième classe, et ainsi de suite. I l nomme
deux rapporteurs chargés de rappeler par écrit
au roi, l'un, le bien à faire ; l'autre, les vengeances
à exercer. I l enjoint au premier de prévenir le
roi, dans sa colère, qu'il donne des ordres iniques,
et de le rappeler à la justice et à la philanthropie.
I l crée des justiciers dans les villes et les cam–
pagnes. I l ordonne aux citadins de tenir un rang
supérieur à celui des paysans, à ceux-ci d'honoré?
les citadins comme leurs supérieurs, enfin aux
gens des villes de ne pas être hautains envers les
paysans, mais de se conduire en frères pour main–
tenir le bon ordre et conserver l'harmonie, sans
jalousie, ce qui est la cause du bonheur et de ia
tranquillité de la vie. 11 établit encore d'autres
institutions du même genre.
Valarsace, ayant plusieurs fils, ne jugea pas
convenable de les garder tous à Medzpin. I l les
envoie en conséquence demeurer dans le canton
de Haschdiank et dans la vallée frontière hors de
Daron, leur laissant tous les villages avec une
addition de revenus particuliers et de traitements
pris sur le trésor royal. Valarsace garde près
de lui son fils aîné, appelé Arsace (Arschag), pour
lui assurer le trône, et son petit-fils Ardaschès
qu'il aime tendrement. C'était en effet un enfant
vraiment intelligent, de belle venue, et qui faisait
présager de futures actions d'éclat. Ce. fut dès
lors un principe chez les Arsacides, qu'il ne restât
près du roi qu'un seul fils, l'héritier de la cou–
ronne, et que les autres fils et filles allassent
aux contrées de Haschdiank, apanage de la race.
Cependant Valarsace, après avoir accompli tous
ces faits et cette magnifique organisation, meurt
à Medzpin, après vingt-deux ans de règne.
CHAPITRE "IX.
De notre Arsace (Arschag) premier. — Ses faits
et gestes.
Arsace, fils de Valarsace, règne treize ans sur
les^Arméniens. Jaloux de suivre les traces des ver–
tus de son père, i l fit aussi beaucoup de sages
institutions, déclara la guerre aux habitants du
Pont, et laissa sur le rivage de la grande mer une
marque de sa victoire. Prenant sa lance dont la
pointe était bien affilée et qui était trempée dans
le sang des reptiles, il la brandit, étant à pied,
('
ARMÉNIE:
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d'un bras vigoureux, et la fait pénétrer profondé–
ment dans une colonne de pierre très-dure qu'il
érigea au bord de la mer.
A cette époque de son règne, surviennent de
grands troubles dans les gorges de la chaîne du
Caucase, au pays des Boulgars; grand nombre
d'habitants émigrèrent dans notre pays, se fixèrent
au-dessous de Gog, dans des plaines très-fertiles
et abondantes en blé, et y restèrent longtemps.
Les fils de Pakarad, inquiétés par Arsace [qui
voulait les contraindre] à adorer les idoles, pé–
rirent noblement au nombre de deux, martyrs de
la foi de leurs pères. Je n'hésite pas à proclamer
qu'ils ont suivi l'exemple des Ananéens et des
hléazaréens. Les autres [membres de cette famille]
consentent seulement à chevaucher le jour du
sabbat pour aller à la chasse ou en expédition, et
à ne plus faire circoncire leurs enfants dans l'a–
venir. Comme ils n'étaient pas mariés, Arsace fit
défense dans toutes' les satrapies de leur donner
des femmes en mariage, s'ils ne faisaient serment
de renoncer à la circoncision. Ils se soumettent
seulement à ces deux conditions, mais ils refusent
d'adorer les idoles.
Ici se termine le récit du vénérable Mar Apas
Catina.
CHAPITRE X.
i
D'où cette histoire est-elle tirée après le livre de
Mar Apas Catina?
Nous commencerons à te raconter les événe–
ments d'après le cinquième livre de [Jules l'iAfri-
cain le chronographe (i), dont le témoignage est
confirmé par Josèphe, Hippolyte
(
i)
et beaucoup
d'autres auteurs grecs; car l'Africain a extrait
des manuscrits et des archives d'Édesse, c'est-à-
dire Ourrha
(3),
tout ce qui concernait l'histoire
de nos rois. Ces livres avaient été apportés de
Medzpin; mais l'Africain mit à profit aussi les
(1)
Sextus Julius Africanus, auteur chrétien du troi-
*
sièrae siècle de notre ère, écrivit en grec une Chroni–
que embrassant
l
'
histoire universelle depuis Adam
jusqu'au règne de
l
'
empereur Béliogabale. Des fragments
de cet ouvrage nous ont été conservés dans les recueils
de Routh et du cardinal A. Mai.
(2)
On ne connaît d'autre écrivain de ce nom que saint
Hippolyte, métropolitain de l'Arabie, qui souffrit le mar–
tyre sous le règne d'Alexandre Sévère. Saint Hippolyte
avait composé plusieurs ouvrages qui ont été réunis dans
la Bibliothèque des Pères.
(3)
Ville de la province d'Aghdznik, et capitale de la
toparchie de POsrhoène, à
l
'
époque des Abgar (S. Martin,
Mém. sur VArm.,
tij
I ,
p. 158). — Cf. aussi plus bas,
liv.
I I ,
ch. 27.
Fonds A.R.A.M