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Un bout de d i a l ogue :
Combien en as-tu tué ? demande un Turc à un
autre.
La réponse m'échappa, mais elle était accompagnée
d'un geste éloquent. L ' i nd i v i du interpellé qui tenait en
main un grand coutelas le porta avec satisfaction à ses
lèvres et à son front.
On massacre du r an t deux j o u r s et deux n u i t s .
Gomme à Adana , comme pa r t ou t , on s'acharne sur
les hommes .
Le D
r
Ma r t i n écrit :
L'évêque, son collègue et un curé avec 14 autres Ar –
méniens furent assommés dans le sous-sol de l'église.
Les ecclésiastiques ont été soumis à des traitements
ignobles et à des tortures. Une bible fut fixée sur la
poitrine de l'évêque et a été brûlée en même temps que
sa barbe...
...
Le lendemain matin, les chefs mahométans p r i –
rent de force possession des femmes... De jeunes per–
sonnes ont été emmenées dans la montagne par la pire
racaille... On rapina toutes les maisons, on n'oublia
même pas une épingle.
M . Léopold Favre, q u i a visité An t i o che en octo–
b r e , écrit :
Le quartier arménien est situé à une des extrémités
de la ville, isolé du centre par un quartier turc, celui
des égorgeurs. I l est formé de ruelles étroites, t o r tueu –
ses, resserrées entre des murs. Dans ces murs sont
percées de petites portes qui donnent entrée chacune
dans une cour sur laquelle la maison est bâtie. Ces
portes, enfoncées au moment du massacre, ont été r e –
faites depuis et sont hermétiquement fermées. Nous
Fonds A.R.A.M