nous en faisons ouvrir quelques-unes. Tout a été pillé,
les maisons sont absolument vides, les volets arrachés
et pendants. Par-ci, par-là, sur les planchers, une large
tache brunâtre que Ton a recouverte de sable ; près
d'une ouverture, dans un mur , la marque d'une main
ensanglantée ; dans une maison, le sang a coulé à t r a –
vers les planchers supérieurs ; cinq hommes ont été
égorgés au premier étage et un au rez-de-chaussée ; leurs
femmes et leurs enfants assistaient à la boucherie. Une
femme qui nous accompagne a perdu en quelques mi –
nutes son père, sa mère, trois frères, sept cousins.
Nous arrivons au sommet du quartier à l'église armé–
nienne. La cour est remplie de meubles brisés, de
débris, de matelas, de chiffons, d'objets de toute sortes.
C'est ce que les Turcs ont rendu des objets pillés, rien
que des choses sans valeur, des matelas dont ils ont
gardé la laine pour eux, presque pas un objet utile n'a
été restitué. Dans un angle de la cour se voit la maison
du prêtre arménien. On l u i a enduit la barbe de pétrole
et on y a mis le feu, puis on l'a jeté du premier étage.
I l y avait une masse de réfugiés dans le j a r d i n et dans
l'église même. L'intérieur a été criblé de coups de feu,
on a sorti les hommes cachés entre la voûte et le t o i t
et on les a égorgés. Le haut du j a r d i n est fermé par un
gros mur qui donne sur la campagne; les collines r o –
cheuses sont tout près; les Arméniens adultes ont
réussi à gravir ce mur et à sauter au dehors ; on les a
poursuivis dans la montagne jusqu'à ce que le dernier
homme ait été tué.
Les cadavres f u r en t j etés dans l ' O r o n t e ; d ' aut res
enfoncés dans une fosse, sous une couche d ' o r d u –
res et de détritus. D'après le D
r
Ma r t i n , des êtres
v i vant s y aura i ent été ensevelis.
Le nomb r e des v i c t ime s à An t i o c he est de 141,
dont 6 j eunes filles. Surv i vant s mâles : 22. Le reste
Fonds A.R.A.M