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vingt soldats, tirant sans hésiter sur un chrétien, si
le chef le commande, mais cherchant à éluder le com–
mandement s'il s'agit d'un frère musulman. L'officier
essaye de parlementer avec les Tcherkess qui ont pour
l u i un grand respect. Ils l u i embrassent les mains, se
disent ses enfants, affirment ne pas vouloir faire du
mal aux Européens, mais demandent qu'on leur laisse
tuer des Arméniens. Le commandant veut les en dis–
suader. Ils ne comprennent pas son insistance à dé–
fendre ces chiens de giaours. Enfin ils se mettent à
l'œuvre; les Turcs s'en mêlent. Ceux des Arméniens
qui sont armés se défendent tant qu'ils peuvent,
barricadés dans leurs maisons, mais ils sont en m i –
norité
Nous savons par d'autres témoins que ce pr e –
mier massacre a été vite réprimé. Mais aussitôt
que l'officier commandant la gendarmer i e de Mi s -
sis fut parti pour se por ter au secours de Hadjine,
Tur c s et Tcherkess ont repr i s ia besogne i n t e r –
r ompue . A Mi ss i s , n'ont survécu au massacre que
80
personnes du sexe féminin et 6 mâles, en comp –
tant les enfants à la mame l l e . Dans ce b ou r g où
seuls deux Arméniens exerçaient le métier de f o r –
ge r on , les Tur c s , ne voulant pas se t rouver plus
t ard au dépourvu, avaient pris la précaution de
les mettre en sûreté, non sans les avoir forcés à se
conver t i r à l'islamisme.
Un grand nombre dé j eunes filles de Missis ont
été brûlées vives. Comme la maison où elles
étaient réfugiées flambait, la p l upar t d'entre elles
s'attachèrent ensemble par les cheveux, s'enga-
geant ainsi à ne pas se séparer et à mo u r i r plutôt
Fonds A.R.A.M