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Nous entendons — écrit une missionnaire catho–
lique, sœur Marie-Sophie — le fracas des portes que
Ton brise, des coffres-forts que l'on défonce, des meu–
bles que l'on jette dans la rue...
Vers le soir, plusieurs incendies s'allument à la
fois. On asperge les maisons de pétrole et on y
met le feu. Des familles entières y sont asphy–
xiées, carbonisées. Les malheureux qui essayent
de fuir le brasier sont assommés dans les rues par
les légions d'assassins qui les traquent et les
pourchassent.
Cependant dans trois de leurs quartiers les A r –
méniens tiennent bon. Sur plus d'un point ils
résisteront 24 ou 48 heures, repoussant à p l u –
sieurs reprises les agresseurs, leur infligeant
même de grosses pertes. A Ters-Kapou, ils s'em–
pareront d'une mosquée et mettront en fuite les
hordes turques. Ailleurs ils sont cinq à tenir en
échçc une forte bande. Quelques-uns font même
d'audacieuses sorties pour se porter au secours de
maisons arméniennes isolées. Par endroits les
troupes elles-mêmes qui prennent part à l'assaut
sont obligées de reculer: c'est que les assaillants,
quoique plus nombreux et mieux armés, attaquent
à découvert, alors que les Arméniens sont solide–
ment barricadés dans certaines rues et se battent
d'ailleurs avec le courage du désespoir. Les mu–
sulmans, « indignés, exaspérés, — écrit un consul
dans une lettre privée — de voir les Arméniens se
défendre » n'en sont que plus féroces.
Dans l'après-midi de cette première journée,
Fonds A.R.A.M