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De partout des clameurs s'élèvent : « Coupez,
coupez les giaours ! » si sauvages qu'elles domi –
nent par moments le crépitement de la fusillade.
Et par toute la ville ce n'est plus qu'une chasse à
l'homme, une ruée formidable sur un peuple fou
d'épouvante. Hommes, femmes, enfants fuient de
tous côtés, éperdus, sans direction, vont buter
contre les murs, tombent comme foudroyés. On
les tue à coups de fusil, à coups de couteau, avec
des gourdins, avec des haches, avec des pierres.
On voit des bandes de trente ou quarante i nd i v i –
dus s'acharner sur une même victime : un enfant
porte les traces de 51 coups de sabre et de yata–
gan. D'autres bandits font le guet au débouché
des ruelles, se jetant brusquement sur l'Arménien
qui passe en fuyant. La troupe fait cause com–
mune avec la populace. I l se trouve des offi–
ciers pour tenter d'arrêter leurs hommes, mais
des hodjas interviennent qui ont vite fait d'entraî–
ner les hésitants. Cependant, écrit le consul d'An–
gleterre :
Les hodjas étaient divisés. J'en ai rencontré qui es–
sayaient de calmer la foule. D'autres s'étaient emparés
de fusils et tiraient eux aussi.
On massacre sous les yeux des autorités, avec
l'assistance des policiers qui font office de rabat–
teurs et signalent aux égorgeurs la proie qui va
leur échapper. Et partout après le meurtre vient le
pillage, après le pillage l'incendie.
Fonds A.R.A.M