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A Gonstantinople, des dames de la société armé–
nienne ont organisé une œuvre où des orphelines
de Gilicie, dont beaucoup âgées à peine de douze
ans, attendent leur délivrance.
Pendant que se poursuivait le massacre, une
partie des populations côtières ont fui le pays.
Rien de plus pitoyable que ces épaves d'un peuple
dispersées à tous les vents au hasard des navires
qui les ont recueillies.
A demi-morts d'épouvante, de fatigue et de faim, la
plupart ne se souvenaient plus de grand'chose. A plu–
sieurs il fallut de longs jours avant de recouvrer la
mémoire. Certains ne savaient point de combien de
membres se composait leur famille avant le drame, et
des semaines ont été nécessaires souvent pour recons–
tituer un foyer non pas détruit, mais simplement
dispersé. Tel individu tenu pour mort avait gagné
l'Egypte, tandis que sa femme s'était réfugiée à Chypre
et ses enfants en Syrie *.
De même, au lendemain des troubles, ceux qui
malgré l'interdiction de quitter le pays, réussirent
à se sauver, ont gagné Chypre, le Liban, l'Egypte,
l'Amérique. Durant tout l'été, les églises armé–
niennes du Caire et d'Alexandrie étaient remplies
de réfugiés « dont plusieurs n'avaient pas pu chan–
ger de linge depuis les événements du mois
1
La
Revue,
1
e r
nov. 1909, les
Vêpres Ciliciennes,
par
GEORGES
VAYSSIÉ.
Fonds A.R.A.M