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A la colonne des victimes, i l faut encore inscr i re
tous ceux qu i sont sortis de cet enfer infirmes,
estropiés, impuissants pour tout t r ava i l ; ceux qu i
ont été frappés de folie et encore les femmes et les
enfants convertis à l'islamisme, les jeunes filles
enlevées, outragées, claustrées à tout jamais pour
r emp l i r un rôle cruel et bestial. On fit en Gilicie
une moisson abondante de jeunes filles dont quel–
ques-unes furent vendues par lots ou au détail. Un
mois après le massacre, on v i t arriver à Sivas, à
neuf j our s de marche d'Adana, un convoi de v i e r –
ges achetées comme esclaves. D'autres cargaisons
de chair vivante furent dirigés sur divers points
d'Anatolie. Plus tard, par suite des réclamations
des autorités ecclésiastiques arméniennes, ravis–
seurs et [traficants ont dû restituer une partie de
leurs proies. Mais en quel lamentable état les mal–
heureuses, de toutes jeunes enfants pour la plupart,
étaient r é d u i t e s P r e s q u e toutes portaient en elles
le f r u i t des infamies qu'elles eurent à subi r . I l en
est qu i se sont donné la mo r t ; d'autres furent re –
cueillies dans des hospices pour être soignées.
1
«
Les musulmans delà basse classe, dit M. Jean d'Annezay,
«
se vantent impudemment de leurs forfaits de tout genre. Les
«
notables, plus prudents, n'en causent qu'en petit comité. L'un
«
d'eux dit en riant devant un Européen qu'à
partir de dix ans,
«
il n'y a plus de filles arméniennes, plus que des femmes ».
Op. cit.
Fonds A.R.A.M