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d'avril » I Depuis, bon nombre d'entre eux se sont
décidés à rentrer dans le pays^ natal et à essayer
d'y refaire leur vie. I l s y t rouvèrent à peine de
quoi s'abriter :
Le mauvais temps et les nuits plus froides ne per–
mettent plus de vivre sous les tentes comme pendant
les beaux jours. Tous ces débris de familles, décimées
ou dispersées, ont donc reflué peu à peu vers Adana,
qui n'a plus que des ruines informes pour recevoir et
loger ses habitants ! Tous ces malheureux grouillent
maintenant dans d'infects taudis.
Dans une cour de moins de vingt mètres carrés, j'ai
compté soixante personnes ; la terre nue pour plan–
cher, pas même la natte qu'on trouve partout, jusque
dans les maisons les plus pauvres. Pour toit une ter–
rasse délabrée qui laisse passer l'eau comme un crible.
Pauvres gens ! Ils seraient mieux en plein champ ; ils
auraient la moisissure en moins, et en plus un air res
?
pirable.
Si vous aviez la curiosité de visiter les quartiers in–
cendiés, vous seriez surpris, comme je l'ai été, de voir
surgir du sein des ruines des ombres blotties sous une
sorte de toiture noire et basse, que son peu d'élévation
a préservée de l'incendie, et qui maintenant sert de
refuge et d'asile à ses propriétaires. C'est dans ce nid
de hiboux qu'ils grelotteront cet hiyer et attendront
les beaux jours
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.
Dans la ville d'Adana, 1190 maisons, 5 écoles ,
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égl ises , tout le marché arménien avaient été la
proie des flammes. Nous avons vu qu'à Tarse 800
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Rapport de la mission catholique (« Œuvre d'Orient » de
Paris).
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Rapport de la mission catholique (Œuvre d'Orient de
Paris).
Fonds A.R.A.M