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A la date du 31 octobre, M. Léopold Favre éc r i –
vait de Marache :
Avant-hier, la diaconesse-chef de l'hôpital allemand
a passé quelques heures dans un village, à 4 kilomètres
de Marache. C'est un village de 70 maisons ; i l y avait 4
ou 5 malades par maison, malades de tout âge, d'une
épidémie de dysenterie des plus violentes. Ces gens
se nourrissaient depuis longtemps de racines et d'une
sorte de grosse herbe. Leur village avait été brûlé ;
mais les maisons nouvelles, ou plutôt les réduits, sont
très malsains. Ils n'ont qu'une vingtaine de matelas
pour 400 habitants, presque pas une couverture. Dans
beaucoup de régions, ces Arméniens vont disparaître
par la misère, la mauvaise nourriture, les maladies de
toutes sortes, et pourtant ils sont incroyablement ré–
sistants. Cela fend le cœur. On voudrait pouvoir tout
secourir, et l'on sent que ce que l'on fait n'est qu'un
palliatif momentané.
A fin août le « Bible House » de Gonstantinople
recevait d'Adana une liste où était por té le nombre
des affamés et indigents à secourir . Vo i c i quelques
chiffres : à Adana 20000, à Marache 14000, à Al e -
xandrette et Deur tyol 9000, à Kes sab 3000, à Bagt-
ché 1500, entre Ta r s e , Mersine et Ant ioche p l u –
sieurs mi l l iers , etc. , etc.
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ils se serrent l'un contre l'autre à étouffer, mais c'est peu de
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chose pour tout ce monde ; le reste couche en plein air, à
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terre sous les arbres ou sous des manteaux étendus pour les
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préserver de la rosée. Car après l'accablante chaleur des jours
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d'Orient, une fraîcheur glacée tombe dans la plaine des mon-
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tagnes neigeuses, pénètre dans ces pauvres corps de citadins
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habitués au confortable. E t les maladies les déciment. Si cela
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devrait durer longtemps, i l n'en resterait bientôt plus . . .
Au
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pays des massacres,
par
JEAN D'ANNEZAY
Fonds A.R.A.M