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ver avec chaque progrès de la vraie civilisation,
comme ils sont sûrs de tomber à chaque recul. Pen–
dant un millier d'années environ, ils ont été oppri–
més, et il serait vain de prétendre que leur caractère
n'a pas souffert par suite des habitudes de soumis–
sion qu'ils ont du contracter. Ils ont été des
rayas,
exploités par des races qui leur sont généralement
inférieures par l'intelligence, et je n'ai pas besoin
d'insister sur les résultats qui ont été amenés par
cette situation. On doit plutôt s'étonner que leurs
défauts ne soient pas plus prononcés. D'autre part,
ils ont des vertus qu'on leur reconnaît rarement. Le
fait qu'en Turquie on leur interdit tout port d'armes,
a conduit fréquemment des observateurs superfi–
ciels à les accuser de lâcheté. On les jugerait diffé–
remment, s'ils pouvaient être mis, à ce propos, sur un
rang d'égalité avec leurs ennemis les Kurdes. En
tout cas, lorsqu'ils en ont eu la possibilité, ils n'ont
pas manqué l'occasion de montrer des qualités mar–
tiales, soit dans le haut commandement, soit sous le
rapport du courage individuel. Loris Melikoff, le
général, qui commandait en chef l'armée victorieuse
dans la campagne d'Asie, en
1877,
était un Arménien
du district de Lori. Dans cette même campagne, le
plus brillant général de l'armée russe, était un Armé–
nien, Tergukasofl, qui combina et exécuta la superbe
attaque du fort Azizié, pendant le siège d'Erzeroum,
et y laissa sa vie. Si l'onme demandait ce qui carac–
térise les Arméniens et les distingue des autres
Orientaux, je serais disposé à souligner surtout une
qualité connue dans le langage populaire sous le nom
de
gr i t
(
endurance). C'est la qualité à laquelle ils doi–
vent leur salut comme peuple et, sous ce rapport,
ils ne sont surpassés par aucune nation européenne.
Fonds A.R.A.M