vue de conclure un accord militaire dirigé contre Denikine.
Mais les deux gouvernements ne tomberont pas dans le piège.
Il est significatif qu'il ne soit pas fait mention de l'Arménie.
Est-ce l'annonce d'une entente avec les Turcs pour une action
conjuguée contre l'Arménie ? Cette thèse, soutenue par les
adversaires des bolcheviks, ne paraît pas évidente.
Le 7 janvier, Khankhoïski, après consultation avec War-
drope, haut-commissaire allié en Transcaucasie, rejette l'offre
de Tchitcherine. Le 14 janvier, à la séance solennelle à
l'Assemblée Constituante, Jordania, après un préambule
d'autosatisfaction exaltant la valeur culturelle du peuple
géorgien, s'exclame : « Nous n'avons besoin ni de mandats, ni
de tuteurs, nous sommes nos propres maîtres et nous nous
octroyons nos propres mandats [flèche lancée contre
l'Arménie] (...) Vous savez que la Russie des Soviets nous a
proposé une alliance militaire. Que signifie cette alliance ?
Cela signifie que nous devrions rompre nos liens avec l'Europe
comme eux l'ont fait, et tourner nos regards vers l'Orient où ils
cherchent de nouveaux alliés. Nous avons toujours choisi et
choisissons l'Occident (.-.)Je sais que nos ennemis diront que
nous sommes du côté des impérialistes, c'est pourquoi je dois
déclarer ici d'une façon catégorique que je préfère les
impérialistes de l'Occident aux fanatiques de l'Orient (54). »
La réaction de Moscou ne se fait pas attendre. Le 23 janvier,
Tchitcherine adresse une note de protestation à l'Azerbaïdjan,
lui reprochant « son alliance avec le commandement anglais,
protecteur de Denikine », et une autre le 31 janvier à la
Géorgie : « En soutenant au début de toutes ses forces
l'impérialisme allemand, en entretenant des relations cordiales
avec l'impérialisme agressif turc et en le félicitant pour la prise
de Bakou, ville transformée par la suite en une base d'agres–
sion impérialiste anglaise, le gouvernement géorgien a montré
qu'il soutient le mouvement contre-révolutionnaire dirigé
contre les Soviets (...) ce gouvernement traite maintenant avec
Churchill et Foch pour offrir une base d'attaque contre le
pouvoir des ouvriers et des paysans de Russie (55). » Les deux
républiques, en réalité, en attendant l'aide promise par
(54)
A.M.A.E.F., Europe-Russie, 628, f° 241.
(55)
Khatchapouridzé,
La lutte du peuple géorgien
(130),
doc. 534, pp. 535-536.
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Fonds A.R.A.M